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Ecce Homo, ecce Otomo!

(c) Otomo, Glénat

(c) Otomo, Glénat

Katsuhiro Otomo, immortel créateur de la saga post-apocalyptique Akira, consacré Grand Prix d’Angoulême. Il était temps!

(c) Otomo, Domu, Les Humanoïdes Associés

(c) Otomo, Domu, Les Humanoïdes Associés

Il aura fallu 42 ans pour que le festival d’Angoulême sacre enfin un auteur japonais de la plus prestigieuse des récompenses : le Grand Prix de la BD. L’évolution du système d’élection impliquant désormais quelques 2000 créateurs a permis de remettre au premier plan cet artiste capital qui a profondément chamboulé le monde de la BD avec son œuvre phare Akira débarquée à la fin des années 80 en France grâce à l’entremise heureuse pour ne pas dire chanceuse d’un éditeur pionnier Jacques Glénat parti au Japon pour démarcher les éditeurs nippons. Le style hyper-dynamique et réaliste, l’ambiance cyberpunk no future, la nervosité d’un découpage délayé empruntant aux codes cinématographiques, ont contribué à bouleverser les mœurs de la BD franco-belge et fait naître des vocations chez toute une nouvelle génération. Par son ampleur narrative et ses audaces formelles ébouriffantes (on se souvient de la destruction fascinante de Néo-Tokyo sur des dizaines de pages) Otomo a sans doute contribué à changer l’image de la création japonaise conspuée alors à l’époque comme une simple « japoniaiserie ». A l’instar de Taniguchi, Otomo incarne cette forme de créateurs passeurs qui sont allés chercher chez les auteurs occidentaux une source d’émancipation artistique pour créer leur propre style, Otomo avouant avoir été durablement inspiré par la découverte de Métal Hurlant (Heavy Metal) et plus particulièrement de Moebius alors plongé dans ses premières expérimentations formelles avec Arzak. Rappelons aussi que son premier récit publié fut aussi une adaptation BD de Matéo Falcone de Mérimée !

En consacrant, ce créateur immense, et sans enlever aux génies des deux autres auteurs en lice Alan Moore et Hermann, Angoulême honore tout un pan de la production BD mondiale dont il nous reste encore tant de choses à découvrir, le manga, et rend un hommage indirect à son « Dieu » Tezuka passé incognito lors de sa venue au festival en 1982 et fondateur du manga moderne.Pris par sa carrière d’animateur (outre la réalisation de l’anime Akira, on lui doit notamment Steamboy fascinante bonbonnière steampunk), de scénariste pour d’autres mangakas ou de réalisateur de film live (Mushishi), Otomo s’est éloigné depuis longtemps de la BD comme si son grand œuvre était définitivement derrière lui. Espérons que ce Grand Prix commémoratif ne soit pas qu’une énième récompense de prestige pour Otomo, mais le détonateur d’un retour appuyé à la plume et à ses pinceaux.

A lire :

Akira, Glenat

Domu, Les Humanoïdes associés

Katsuhiro Otomo Anthology, Kana

(c) Katsuhiro Otomo

(c) Katsuhiro Otomo

Catégories : Mang'actu

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