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Le retour à la terre de Yeon-sik Hong

La démarche est moins radicale, l’ambition certainement plus modeste. Avec Histoire d’un couple, Yeon-sik Hong rejoint pourtant le catalogue intimiste prestigieux de l’éditeur angoumoisin Ego comme X, au côté des œuvres monuments de Yoshiharu Tsuge ou encore Fabrice Neaud. Dans une veine semi-autobiographique, ce « Retour à la terre » à la sauce coréenne revient sur le départ de deux citadins quittant Séoul pour rejoindre Pocheon, un paradis naturel situé dans le nord montagneux et reculé de la péninsule. Entre émerveillement bucolique printanier et solitude mortifère hivernale, Yeon-sik Hong décrit l’apprentissage difficile de cette vie rurale qui révèlera en lui une crise personnelle et professionnelle profonde. Alternant les registres, l’album qui sait se faire grave avec légèreté, saisit la morgue triste du quotidien mais aussi ses instants de magie à coups de pages contemplatives splendides, voire –plus inattendus – de passages chantés délicieusement guillerets. De passage au FIBD d’Angoulême, l’artiste qui s’est définitivement résolu à travailler dans l’antichambre de la production commerciale signe désormais des œuvres qui lui ressemblent. Une raison pour Mang’Arte de le rencontrer.

Yeon-sik Hong (c) Nicolas Trespallé

Yeon-sik Hong (c) Nicolas Trespallé

 Pouvez-vous vous présenter au public français, comment êtes-vous devenu dessinateur de BD ?

Quand j’avais 20 ans, j’ai fait un apprentissage dans un studio pour apprendre la bande dessinée. J’ai réalisé ensuite une histoire courte pour un concours de bande dessinée organisé par un magazine. C’est comme ça que j’ai mis un pied dans le milieu avant d’enchaîner les commandes dans le domaine de la BD éducative. Histoire d’un couple est mon premier album véritablement personnel. Il a été publié en 2012 en Corée du Sud.

Pourquoi avoir choisi au départ la BD éducative ?

C’est un secteur éditorial très florissant en Corée qui reste toujours en demande de dessinateurs. C’était surtout une façon de gagner ma vie.  Ca m’a sans doute aidé sur le plan du style et au niveau de la technique pour avoir une narration efficace. Mais pendant des années, je n’ai pas pu  faire ce que j’aimais. En réalisant Histoire d’un couple, j’étais trop heureux, j’en pleurais presque d’émotion !

Votre album raconte votre départ de Séoul avec votre femme pour vivre à Pocheon, un endroit montagneux superbe mais très isolé.  Comment est née l’envie d’évoquer cette expérience en BD?

Je pensais que raconter ma vie avec ma femme pouvait être un point de départ amusant.  Je ne réfléchissais pas alors en terme de publication. Il se trouve que je voulais fuir Séoul,  le loyer était trop cher, la vie trop difficile, trop bruyante. Le livre raconte la difficulté à m’adapter à la vie à la campagne, j’étais trop isolé, stressé et j’ai déprimé à cause de cela.

Rompant avec le réalisme, Yeon-sik Hong s'offre des séquences chantées en forme de parenthèses décalées (c) Hong/Ego comme X

Rompant avec le réalisme, Yeon-sik Hong s’offre des séquences chantées en forme de parenthèses décalées (c) Hong/Ego comme X

L’arrivée à Pocheon se double bientôt de la remise en cause de votre statut d’auteur de BD commerciale, mal payé, endetté et perpétuellement brimé par ses éditeurs. Cette situation vous était-elle spécifique ?

C’est pour tout le monde pareil ! Si un dessinateur en a marre et dit qu’il abandonne à son éditeur, celui-ci sait déjà qu’il y a des jeunes derrière pour le remplacer. Seule une poignée d’auteurs gagnent très bien leur vie dans ce système, pour la majorité des autres, c’est plus dur. Ca a été aussi la motivation principale du livre, je n’avais pas peur de connaître de trop grande difficulté financière car je connaissais déjà le pire. Depuis que j’ai fait cette BD, j’ai d’ailleurs arrêté les commandes.

Le choix du noir et blanc s’est-il imposé pour des raisons économiques ou esthétiques?

Quand j’étais petit, je lisais des BD en noir et blanc et lors de mon apprentissage, je faisais aussi du noir et blanc, j’y étais donc habitué. En Corée en ce moment, il existe beaucoup de BD réalisées en direction d’internet. Elles sont créées sur palette informatique et toutes en couleur. C’est très à la mode. Moi, j’aime le contact avec le papier. Je peux faire de la couleur mais pas sur ordinateur, je préfère le mode « artisanal ». Dans la version coréenne d’Histoire d’un couple, il existe quelques pages en couleur mais je n’aimais pas trop le rendu et on a décidé de tout enlever pour la version française.

Vous prenez manifestement un grand plaisir  à dessiner la nature…

Je ne voulais pas faire quelque chose de trop épurée et j’ai souhaité m’attacher aux détails. J’ai préféré simplifier les personnages pour en accentuer l’expressivité et dépeindre les paysages précisément pour en souligner le sublime, l’immensité, et marquer aussi le changement des saisons. Au début, j’ai beaucoup utilisé de photos. Je ne voulais pas me tromper et montrer, par exemple, l’éclosion d’une fleur à une mauvaise période de l’année.  

La description de la nature et des saisons, au centre du travail de Yeon-Sik Hong (c) Hong/Ego comme X

La description de la nature et des saisons, au centre du travail de Yeon-Sik Hong (c) Hong/Ego comme X

Pocheon ne se situe pas très loin de la frontière avec la Corée du Nord. Etonnamment, vous ne parlez jamais de cette proximité avec le pays voisin dans votre album.

On vit tous les jours avec [la Corée du Nord, ndlr], alors on n’y pense pas trop…

Propos recueillis par Nicolas Trespallé, à Angoulême le 31 janvier 2014

Traduction du coréen Yoon-suk Park  

[texte et photos © Mangarte blog/Nicolas Trespallé- sauf mention contraire]  

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