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Un noël avec Moto Hagio

moto-hagio-anthologieRécompensé par les prix les plus prestigieux au Japon depuis ses débuts dans les années 70, Moto Hagio n’avait jusque-là fait l’objet que d’une unique publication en France avec ce qui passe pour son chef-d’œuvre Le Cœur de Thomas (Kaze). Porté par la relation tragique entre deux jeunes garçons dans une Europe fin-de-siècle idéalisée, ce manga pour filles nimbé d’homo-érotisme, se révèle alors particulièrement audacieux renouvelant considérablement un genre miné par un sentimentalisme niais et une vision par trop masculine. A l’instar de Riyoko Ikeda et des autres membres des Fleurs de l’an 24, l’arrivée de Moto Hagio puise dans les figures chères au genre (le travestissement, l’androgynie déjà à l’œuvre dans la Princesse Saphir de Tezuka) en y apportant une morgue et une violence tragique propres à faire fantasmer les jeunes filles. Ici, les cœurs sont purs mais les âmes torturées, les passions instables et fluctuantes, l’identité sexuelle, elle, se confond dans un trouble devenant le terreau idéal d’un questionnement sur l’identité comme un écho à l’adolescence, âge des mutations. Tel un ange noir, le héros « mogiesque » est une projection désincarnée, on le retrouve hermaphrodite, déshumanisé ou meurtri dans son corps, violenté par la nature ou par la perversité humaine. Toujours en marge de la société, il est de fait un être à part, mais rarement soumis. Composée de deux recueils distincts avec une partie relevant du conte et de la science-fiction (« De la rêverie »), quand l’autre volume déroule des histoires plus réalistes ou oniriques (« De l’humain »), cette anthologie aide à saisir la modernité-radicalité de Moto Hagio et l’essence de son romantisme noir.  Fables sur l’exclusion ou le rejet maternel, lien indissociable entre Eros et Thanatos, l’auteur embrasse souvent des sujets tabous comme dans l’impressionnant « Le Coquetier », récit crépusculaire autour d’une fille de joie, et d’un jeune éphèbe traumatisé par des adultes concupiscents au temps de l’Occupation. Ultime provocation, elle signe même une farce macabre autour d’un matricide, réalisée pour un magazine à l’occasion d’un Spécial fête des mères !

 

Moto Hagio Anthologie

(Deux recueils sous coffret comprenant De la rêverie et De l’Humain)

illustration nous étions onze (c) Hagio Glenat

Moto Hagio (DR)

Glénat

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