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Les Trois Mousquetaires du gekiga

 

De gauche à droite: Tatsumi, Saito, Matsumoto

De gauche à droite: Tatsumi, Saito, Matsumoto

Dans la famille des homonymes du manga, Masahiko Matsumoto n’est certes pas le plus connu des amateurs, peinant à exister derrière l’ombre gigantesque d’un Leiji (Captain HarlockAlbator) ou d’un Taiyou Matsumoto (Amer Béton). Redécouvert tardivement au Japon en partie grâce à la publication de La Fille du bureau de tabac, anthologie de chroniques sensibles sur la vie de Japonais moyens dans les années 70,  le mangaka, disparu en 2005, n’est pas l’homme d’un héros ou d’une série. Plutôt l’un de ses artisans dont la carrière suit une trajectoire professionnelle un peu chaotique brouillant un peu plus son image auprès d’un lectorat qui n’a pas toujours fait le lien entre ses œuvres personnelles et une production alimentaire plus anodine et peut-être mal assumée à l’instar de mangas érotiques dessinés sous pseudonyme. La publication de Gekiga Fanatics au début des années 80, aide précisément à resituer la place et le rôle de Masahiko Matsumoto dans le développement du manga moderne en tant que pionnier, avec Yoshihiro Tatsumi et Takao Saito,  d’une nouvelle forme de manga où l’humour et la légèreté font place au réalisme et à un encrage social plus marqué. Rompant avec le story-manga de Tezuka, cette approche conceptualisée sous le nom de gekiga par Yoshihiro Tatsumi est encore en gestation aux moments où se déroule le récit, Matsumoto s’intéressant précisément aux mois qui ont précédé la naissance de cette nouvelle vague.  Plus que d’esthétique ou de vision artistique, il est ici question d’apprentissage de la vie pour trois jeunes adultes qui, à l’approche de la vingtaine, consacrent d’abord l’essentiel de leur énergie à réaliser un rêve improbable : vivre professionnellement de leur passion. On est alors au milieu des années 50 à Osaka et le manga s’impose comme un  loisir populaire et bon marché qui s’arrache d’abord dans des librairies de prêt pour un montant modique auprès d’un lumpenproletariat urbain. Véritables ouvriers du dessin, les trois amis abattent les planches avec un enthousiasme aveugle, oubliant les soucis matériels et l’opprobre familial dans la camaraderie et l’alcool. Sans romantisme ni idéalisation de cette jeunesse bohème, le dessinateur dévoile que leur envie impérieuse d’originalité est née empiriquement, dans la nécessité de se démarquer face à une concurrence impitoyable entre les auteurs. Plus encore, cette radicalité fut un gage de survie et d’indépendance vis-à-vis d’éditeurs margoulins qui n’hésitaient pas à exploiter sans vergogne le talent de cette main-d’œuvre interchangeable. Masahiko se place étonnamment en retrait dans cette autobiographie drôle et émouvante, comme un observateur neutre et distant de son histoire, pour laisser pleinement la place à Yoshihiro Tatsumi et à Takao Saito, ancien coiffeur que l’on découvre en bagarreur hâbleur et travailleur forcené, des qualités qui l’aideront sans doute à s’ériger, la décennie suivante, en poids lourd du manga grand public avec son « übermensch » Golgo 13. Plus de 20 ans après, c’est cette fois Tatsumi qui apportera une autre lecture, encore plus personnelle, sur cette période de bouillonnement créatif dans son magnifique, Une Vie dans les marges. Il va s’en dire que ces deux témoignages complémentaires s’avèrent indispensables pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du manga.

Gekiga Fanatics

éd. Le Lézard Noir

Masahiko Matsumoto gekiga_fanatics

Gekiga-Fanatics-

Catégories : Mang'actu

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