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TPCat sort ses griffes

Espoir de la nouvelle génération, celle qui se fait appeler « TPCat » nourri pareillement un attrait pour l’histoire complexe de son pays mais adopte de son côté un angle distant et gentiment satirique. Preuve de son esprit iconoclaste, elle tire son pseudo d’une vieille bande dessinée élaborée à l’époque de ses années fac, lors de ses études d’art à Kinston en Angleterre. « TP », c’est pour Toilet Paper, car elle voit un peu la vie comme un rouleau de papier toilette. Quand on se risque à lui demander le sens de la métaphore, on loue sa philosophie potache qui ferait s’étrangler Confucius: « On y laisse des traces, et il faut savoir l’apprécier car chacun n’a qu’un rouleau à sa disposition». Dont acte…

TPCat, une auteur anticonformiste (c) Nicolas Trespallé

Son regard décalé se retrouve dans son style graphique hérité de son séjour européen qui lui a permis d’élargir son imaginaire esthétique et de prendre du recul sur son pays. Rappelant la démarche de son amie Li-chi Lin (cf. Formose), ce départ a été formateur et lui a ouvert l’esprit : « J’ai pu enfin regarder ma culture, me mettre à la juger » reconnaît-elle. Chose peu courante dans le manhua taïwanais, elle travaille ses dessins en couleur et utilise des animaux pour incarner des types humains dans des récits qui s’inspirent de la situation géopolitique épineuse de Taïwan… Gare donc à son style mignon «kawai », ses histoires autorisent souvent un double niveau de lecture. Dans « L’île au poisson », elle parle ainsi d’un coin stratégique réel de l’archipel taïwanais convoitée par les trois puissances régionales locales. De cette dispute réduite à un affrontement puéril, le Japon apparaît sous la forme d’un renard, le panda symbolise la Chine, l’ours, Taiwan, et l’aigle, les Etats-Unis. Le poisson, victime de la chamaillerie se désole de cette dispute sans fin : « Avant, je n’étais qu’une petite ile inconnue, sans aucun ami. Maintenant, tout le monde convoite mes ressources,… Je suis contente d’être aussi populaire, mais cela me cause aussi beaucoup de tourments ».

Des problèmes géopolitiques vus à travers les mésaventures d’un renard ou d’un panda…

A travers son conte animalier, TPCat fait office, sans en avoir l’air, d’éditorialiste politique mais se garde bien de trancher la réalité complexe. Au lecteur de tirer la morale de l’histoire…

Remerciements à Lin Li-Chin et Julie Rhéaume du FIBD
(c) Nicolas Trespallé

A noter que le Centre Pompidou propose une semaine taïwanaise du 18 au 22 avril dans le cadre de la manifestation Planète Manga!

Catégories : Ambiance

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