Chiu row long, FIBD angouleme 2012, manhua, seediq, taiwan

Chiu Row-Long et le manhua taiwanais à l’honneur

Après une présence inaugurale mais discrète en 2011, la BD taïwanaise s’est davantage dévoilée à l’occasion du dernier festival d’Angoulême. A travers un échantillon certes resserré mais emblématique de la scène locale, une sélection de vingt noms aux univers divers et marqués ont structuré une expo classique organisée en grandes phases chronologiques. En ressort une production pleine de potentiel où se côtoie un style ludique grand public « ACG » (Animation-Comic-Game) et d’autres tendances s’éloignant du style manga et du pur divertissement pour embrasser des problématiques propres à Taiwan et à son histoire. Peu de chances donc de voir cette variété d’œuvres arrivés de ce côté-ci de la planète, mais suffisant pour s’autoriser un petit focus sur ces auteurs talentueux à la démarche quasi politique. Rencontres avec CHIU Row-Long et TPcat.

CHIU Row-Long

Né en 1965, le dessinateur au visage jovial Chiu Row-Long fait presque figure d’ancien dans le monde de la BD taïwanaise. Il ne vit pourtant pas de son art et travaille principalement dans l’audiovisuel. Reste que son œuvre est la première production taïwanaise saluée d’une distinction internationale avec un prix d’illustration décerné en 2009, à l’occasion du premier festival de la BD d’Algérie. Pour lui, la BD est une vocation de toujours, il dit d’ailleurs que « si les BD n’existaient pas [il] serai[t] mort à l’école primaire… mort d’ennui ». Plus sérieusement, la BD s’est imposé à lui comme la forme artistique idoine pour combattre l’amnésie et l’indifférence de la société taïwanaise au regard de la tribu Seediq, une communauté aborigène dont il tente de préserver et transmettre la mémoire. Il se sent indéniablement porteur d’une responsabilité vis-à-vis de ce peuple humilié qui s’est soulevé pendant la Seconde guerre mondiale au moment de l’Occupation nippone. Sa femme, originaire de cette tribu, a été à la base de ce projet ambitieux l’incitant à entreprendre des recherches sur les traditions et les coutumes perdues des Seediq. Sans l’avoir vraiment recherché, Chiu Row Long est devenu l’un des plus brillants spécialistes du sujet et le dépositaire officieux de cette culture, saluant sans relâche la grandeur de ces révoltés : «Au cours de son histoire, Taiwan a été colonisé par plusieurs pays différents, mais le combat des aborigènes contre les Japonais étaient différents des autres. C’est pour mourir dignement qu’ils se sont levés » admire-t-il.

Dans son travail, CHIU Row Long veut réhabiliter la culture seediq

Sa BD titrée originellement La révolte des Wushe, a été rééditée sous le nom de Seediq Bale, ce qui signifie les « vrais êtres humains », manière de souligner la grandeur de ceux qu’on jugeait alors comme des sauvages avec leurs visages tatoués et leurs rites ancestraux. Avec modestie, Chiu Row-Long a permis de remettre en lumière cette tragédie, et cette ethnie qui voyait dans l’apparition d’un arc en ciel une passerelle vers le royaume des morts. S’il avoue que sa BD a eu un écho commercial modeste dans l’archipel, elle a ouvert le débat et généré des adaptations TV, un film et la production de documentaires. Au moment de nous quitter, il se plie à la traditionnelle photo, sans oublier de prendre la pose avec sa pipe, beau vestige de l’art Seediq.

A suivre, TPCat…

(c) Nicolas Trespallé

Un défenseur de la culture Seediq

photo (c) Nicolas Trespallé

Catégories : Interview mangaka · Portrait

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