That 70’s show

Après une petite pause bien méritée, Mang’actu est de retour, non pour vous parler de K-pop ni de drama, encore moins de shônen hystériques et de shojos sucrés mais encore et toujours de mangas comme on l’aime: oldies but goodies, gentiment décalés, si ce n’est méchamment déglinguos. 

Cyborg 009 t.10
Shotaro Ichinomori
Glénat Vintage

 

La collection Vintage de Glénat ambitionne de présenter  aux lecteurs français la crème de la crème des classiques du manga populaire, de ceux qui ont marqué l’Histoire du medium au Japon. Le drame, c’est que personne ne le sait ou -plus triste- ne daigne vouloir s’y intéresser… Si on vous a déjà parlé dans ses pages du Rocky Balboa du manga Ashita no Joe, Glénat a inauguré la collection avec le pêchu Cyborg 009, une série SF humaniste dans la tradition d’Astro Boy conçue par le prolixe Ichinomori, challenger officieux de Tezuka durant les décennies d’après-guerre. Pour dire vite, Cyborg 009 tourne autour d’un groupe de super-agents secrets protégeant la terre des différentes menaces qui la guettent. Celui-ci a la particularité de réunir des créatures mi-humaines-mi machines et issus de différentes nations, rejoignant en cela ce modèle universaliste utopique qui faisait la modernité des Pionniers de l’espérance, le space opera fameux de Gillon et Lécureux.

D’aventures pêchues et désordonnées au départ, on retrouve au sommaire de ce tome 10 un grand récit qui vire presque à l’expérimental dans sa façon de diluer l’action dans des grandes phases contemplatives. L’aventure se concentre sur la crise existentielle du personnage principal, l’énergique Joe Shimamura, enquêtant sur la mort tragique d’un archéologue sur l’Ile de Pâques alors que ce dernier était peut-être sur le point de percer le plus grand mystère de l’humanité : son origine. Pas moins ! Devant les abysses qui s’ouvrent à lui, Joe, l’homme machine, entre dans les tourments d’une quête intérieure qui l’invite à s’interroger sur l’émergence du savoir, cette soif de connaissance qui a permis aux Hommes de s’affranchir de la nature, de domestiquer le feu, de découvrir la science, l’ingénierie, avec cette question en latence: d’où vient ce génie humain? Ichinomori se repaît des paysages iconiques fait d’énigmatiques statues de l’île de Paques, des pyramides millénaires et  spécule sur ce besoin de croire en une force transcendante par delà le temps et l’espace et trouve une explication en impliquant des créatures venues d’ailleurs. L’idée franchement bogdanovienne a de quoi faire sourire, n’empêche ce n’est pas tous les jours qu’un manga censé divertir la jeunesse s’offre le luxe de citer dans ses pages Nietzsche, Shakespeare, Alexander Pope, et le Véda hindouiste.

 

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James Block, un sportif noir rejeté par une bourgeoise blanche développe une haine farouche contre la société qu’il juge hypocrite. Doté d’une arme révolutionnaire qui rend invisible, il se retrouve accidentellement défiguré, prend le nom de Alabaster et jure de faire payer à l’Humanité son malheur. Devenu un super-méchant cruel et misanthrope ce fantômas hardcore de Tezuka se distingue par sa violence et sa fougue anarchisante. Surtout le Dieu du manga ne lésine par sur les images d’humains et d’animaux écorchés vifs, offrant quelques moments horrifiques qui ont dû traumatiser en leur temps bien des lecteurs. Pas essentiel mais toujours au dessus de la production manga courante, c’est déjà pas mal. (Alabaster, Flblb)

Catégories : Mang'actu

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