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TX : Taiwan Comics

Après la BD hongkongaise, on poursuit notre petit tour d »horizon de la BD asiatique avec un focus sur un autre manhua, la BD taiwanaise, qui éclot lentement malgré la prégnance du manga et l »ombre du voisin chinois. Grâce à quelques initiatives audacieuses, celle-ci se découvre enfin au monde. Rencontre avec Li-Chin Lin, éditrice de la revue TX et auteur bientôt publiée en France chez Ca et Là.

 

A quand remontent les débuts de la BD taïwanaise ?

Je ne suis pas une grande spécialiste mais les premières créations sont apparues avant la Seconde Guerre mondiale. La première BD taïwanaise fut publiée en 1935. Il s »agissait du «recueil de Ching-Lung Shen» par Ching-Lung Shen (alias CHEN Bing-Hung). L »inspiration était alors celle de la BD américaine. Dans les années 50/60, il y a eu un vrai boom dans la création, jusqu »à ce que le gouvernement instaure une loi de protection de la jeunesse comparable à la loi française du 16 juillet 1949. Elle a été mise en pratique en 1966. Ca a stoppé net le développement créatif local et il a fallu attendre les années 80 pour voir l »amorce d »un renouveau sous l »influence du manga japonais et de créateurs indépendants. Beaucoup de nouveaux auteurs ont pu alors s »exprimer grâce au développement de revues et d »éditeurs spécialisés.

 

Comment ont réagi les auteurs de BD à l »époque de cette loi? Y a-t-il eu une génération sacrifiée ?

Oui, beaucoup d »auteurs ont dû changer de métier, d »autres ont été contraints de brider leur créativité. Le marché s »est effondré. Il a fallu attendre les années 80 et la fin de la loi martiale, instaurée après-guerre dans le pays, pour que les créateurs puissent enfin s »épanouir.

 

Quelle a été la grande série de la BD taïwanaise ?

 

Avant que le manga ne domine totalement le marché de Taïwan, un jeune sabreur Chu-Ge Shi-Lan (Chu-Ge le Quatrième) a conquis le cœur des jeunes lecteurs à partir des années 1950. Il combattait contre des méchants. Les recettes de son succès reposaient sur le suspense et le rythme. Sa popularité fut telle que les générations suivantes ont eu bien du mal à trouver un successeur équivalent. Le personnage est né de l »imagination de Hong-Jia YEH (1923-1990).

 

Ci-dessous, Chu-Ge Shi-Lan en action

 

Comment se porte le marché de BD à Taiwan aujourd »hui ?

Il subit une petite crise depuis les années 90. Il y a toujours beaucoup d »éditeurs BD mais ils sont spécialisés dans la création manga. Un grand nombre d »auteurs qui ont émergé dans les années 80 sont aussi partis travailler en Chine. L »ouverture du pays a fait naître une forte demande en auteurs expérimentés. L »argent a fait partir les talents et Taiwan subit un peu une « fuite des cerveaux ». La contrepartie, c »est qu »ils ne peuvent aborder certains sujets, comme la politique. La représentation du corps est également plus réglementée.

 

Parlez-nous de votre revue TX ?

C »est une petite revue éditant un collectif d »auteurs dans l »esprit des fanzines occidentaux. On tire à 900 exemplaires. Le but est de présenter la création taïwanaise, les jeunes talents comme ceux de l »ancienne génération qui a émergé dans les années 80, à l »image de CHEN Hung-Yao (photo ci-dessous). On essaye de présenter au public un autre style de BD, différent du manga. C »est difficile car les lecteurs sont habitués aux codes de la BD japonaise. Des éditeurs généralistes commencent à éditer des créations indépendantes ou de la BD occidentale comme Moebius, Bilal, Sfar… On essaye de faire comme eux, de montrer autres choses…

CHEN Hung-Yao en dédicace

En dehors de ce travail éditorial, vous êtes aussi dessinatrice de BD. Quel a été votre parcours ?

 

Je suis arrivé en France en 1999 après avoir passé une licence d »Histoire à Taïwan. Au départ, je voulais faire des études de dessin et travailler comme illustratrice jeunesse. Puis, j »ai passé un entretien à l »Ecole Supérieur de l »Image d »Angoulême et j »ai décidé de rester pour apprendre à faire de la bande dessinée, un langage qui m »intéressait. De là, est né un projet de BD inspiré de mon expérience personnelle. J »y parle d »une petite fille qui grandit dans un pays où l »on apprend à mépriser les autres cultures de l »île afin de devenir « chinoise » ce qui implique qu »elle doive renier la culture de ses grands-parents. En effet, la langue et la culture chinoises étaient considérées comme plus nobles. Elle se rend compte de cet endoctrinement et essaye de s »en sortir. Le titre provisoire de la BD est Formose, le nom donné par des marins portugais à Taïwan. La sortie est prévue avant la fin d »année, aux éditions Ca et Là.

 

[photos + texte ©Nicolas Trespallé – Mang »Arte blog]

 

 

Pour se procurer TX (version bilingue français/anglais) :

Contactez : yamvolant@yahoo.com

site de TAIWAN COMIX

http://www.facebook.com/Taiwan.Comix#!/Taiwan.Comix?sk=info

Le site perso de  Li-Chin LIN :

http://grandpapier.org/_li-chin_

Catégories : Portrait

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