atrabile, enfer, hong, kungfu, lianhuanhua, little, old, tak, tatwing, wan

BDHK ! Petite plongée dans la BD hongkongaise

A la découverte de la BD hongkongaise: BDHK!

Capitale mondiale du film d »action depuis Bruce Lee, on sait moins que Hong-Kong possède le troisième marché mondial de la BD derrière le Japon et les Etats-Unis. L »exposition Kaléidoscope au dernier Festival d »Angoulême et la présence de quelques pointures de la BD d »aujourd »hui ont permis de mesurer la vitalité de la création hongkongaise contemporaine, fruit d »une longue histoire débutée dans le boom économique d »après-guerre.

Petit aperçu de cet autre manhua.

Si on peut faire remonter l »histoire de la BD à Hong-Kong dès les années 20 avec la popularité du lianhuanhua, la bande dessinée traditionnelle chinoise, il faut vraiment attendre les années 60 et le décollage démographique et économique de Hong-Kong pour que la « Perle de l »Orient » s »impose réellement comme une terre d »élection pour la bande dessinée. Avec l »amélioration du niveau de vie et la stabilité politique et sociale s »amorcent une ruée massive vers les loisirs bon marché. Avec le cinéma, le manhua hongkongais s »offre comme une réponse appropriée pour un public demandeur qui, dès 1964, se passionne pour Old Master Q, un héros charismatique imaginé par Alfonso Won. Habilement, celui-ci pioche alors dans la vie de tous les jours des Hongkongais pour tirer le sel de cette histoire familiale drôle et légère en qui tout le monde aime à se reconnaître. La popularité de la série sonne le début de l »âge d »or de la BD hongkongaise.

Old Master Q, une série au charme intemporel lue par les 7 à 77 ans

Peu de temps après, en 1966, apparaît l »impétueuse Miss 13 Dots une héroïne dans l »air du temps à l »allure moderne et élégante. Symbole d »une nouvelle féminité, elle incarne l »image rêvée de la jeune hongkongaise, tout ce que les jeunes lectrices aspirent à être : une grande sœur accessible, drôle et optimiste, aidant les pauvres et les faibles en rêvant de beaux lendemains. Mais son incroyable succès tient d »abord dans son look qui rompt avec les codes vestimentaires traditionnels. En icône de la mode, Miss 13 Dots traverse chaque aventure avec des  tenues toujours différentes d »une page à l »autre voire d »une case à l »autre ; un fan de la série aurait ainsi recensé 1728 tenus dans les 28 premiers numéros ! La dessinatrice Lee Wai-chun, puise alors son inspiration dans le mode de vie occidental et dans un glamour hollywoodien très Audrey Hepburn. Sans le dire, elles invitent les lectrices à étudier et copier les tenues de l »héroïne. Ce faisant, elle participe à créer la nouvelle mode de la rue et accompagne l’évolution sociale en marche dans la société.

Miss 13 Dots ou l »élégance de la nouvelle femme hongkongaise

Dans l »ombre de ces deux créateurs, une nouvelle vague d »artistes se lancent dans le medium empruntant à la modernité narrative du manga plus que dans les canons graphiques du lianhuanha de Hui Guan-man, ou Ng Gei-ping. En quelques années, le manhua devient une manne pour les éditeurs et se structure en marché. Pour capter les lecteurs, les auteurs n »hésitent pas à s »inspirer des succès du moment venus d »autres médias. En 1967, la TV commence à rentrer dans les foyers et la vogue des super-héros bat son plein. Si certains créent leurs personnages, d »autres détournent carrément les créations venues du Japon ou des Etats-Unis sans se soucier des questions de copyright. A la fin des années 60, Tony Wong Yuk-long se taille un petit succès en s »inspirant du Ultraman japonais avant de surfer en 1971 sur le boom phénoménal des films de Kung-fu avec son teigneux Little Rogues.  Le héros qui combat les criminels et toutes les formes d »injustice, devient la star des cours de récré avec 120 000 exemplaires vendus par numéro faisant de Wong, un géant dans le milieu de la BD. La BD de kung-fu devient la norme de la production et les imitations de Little Rogues fleurissent. Naturellement, Bruce Lee fait l »objet d »une série éponyme sous le crayon de Seung-gun Siu-bo.  Pour les Hongkongais nés après-guerre sur le sol de l »archipel et non en Chine continentale, Littles Rogues et Bruce Lee sont bien plus que des simples héros de papier mais personnifient l’énergie de la jeunesse dans cet archipel profondément chamboulé par le miracle économique d »après-guerre.

 

Little Rogues vs un simili-Hulk (on notera au passage la petite gerbe de sang en bas à droite du plus bel effet, preuve que la baston ca fait mal et que la censure n »est pas encore passée par-là)

 

En 1975, le gouvernement s »inquiète pourtant du succès auprès de la jeunesse de ces manhua jugés parfois violents. Wong est contraint de renommer son Little Rogues (« Petit filou ») sous le titre plus transparent de Dragon and Tigers Heroes et d »exporter l »action de Hong-Kong et ses triades vers un environnement moins familier du Japon. Ce qui n »empêche pas la série d »avoir encore plus de succès… Malgré cette loi permissive marquant néanmoins une légitimation de la BD au sein des institutions, l »essor exponentiel du manhua se poursuit nécessitant un nouveau mode de production.

Les années 70 datent en effet un basculement dans le système de création du manhua qui passe d »une forme d »artisanat à une véritable rationalisation de la création. A l »instar du Japon mais poussé ici à ses limites, les BD commerciales sont la résultante d »un travail collectif répondant à une logique quasi-industrielle. Produites à la chaîne par des petites mains aux ordres du créateur, le manhua est le résultat d »une « taylorisation artistique » rigoureuse. Autour du créateur, s »activent des « ouvriers graphiques » spécialisés dans l »application des lignes de vitesse, quand d »autres se consacrent à dessiner des nervures et des muscles tandis que certains ont le privilège de participer à l »élaboration du scénario. Si les plus talentueux ou les plus chanceux auront peut-être un jour l »opportunité d »être à la tête de leur propre série, beaucoup seront condamnés à rester des petites mains. Bien que controversé, ce système de création aboutissant à une certaine uniformisation de la production est pourtant le seul moyen de livrer une quantité de lecture suffisante pour une population toujours plus nombreuse et friantes de nouvelles aventures.

Les années 80 marquent une forme d »apogée pour la bande dessinée encore peu soumise à la concurrence de loisirs bon marché. Au milieu des années 80, Tony Wong rachète l »un des plus gros éditeurs locaux, les éditions Seung-gun pour fonder Jademan comics, un éditeur bientôt côté à la bourse de Hong-Kong. Après s »être inspirée de la TV et du cinéma pour se développer dans les années 60/70, c »est à présent la bande dessinée qui sert de moteur créatif pour les autres médias. La série Teddy Boy fait l »objet ainsi de 14 adaptations cinématographiques. Les populaires Chinese Hero, The Storm Riders se déclinent en nombreux produits dérivés, films, jeux vidéo… Les séries se veulent aussi plus complexes et ambitieuses. The Storm Riders best-seller de la décennie puise habilement dans l »héritage des séries de kung-fu des sixties en y apportant une touche de réalisme dans un style qui rappelle le mangaka Ikegami (Crying Freeman) avec son mélange d »action, de violence et d »amitiés viriles. Hong-Kong qui est passé d »un pays de col bleu à un pays de col blanc en à peine une génération voit une offre de plus en plus éclectiques apparaître et on peut lire des comédies romantiques urbaines comme le populaire Feel 100% de Lau Wan-kit, du thriller, du manhua d »horreur ou de jeux… En 1987 avec son premier récit Tong men shiao nian, Li Chi-tak marque la génération des années 80/90 en cassant l »image lisse de paradis exotique de Hong-Kong. Laï tat tat wing développe lui un style pêchu, exubérant et gore dès 1995, dont on peut se faire une idée en France en ouvrant L »enfer de Jade (Hua Shu).

Quelques exemples de créations des années 80

A la fin des années 90 pourtant, l »industrie traverse une profonde remise en cause liée à une chute significative des ventes. L »avènement de nouveaux loisirs liés aux innovations technologiques entraîne de nouveaux centres d »intérêts pour le public et facilite aussi le piratage. Depuis 97 et la rétrocession à la Chine, le manhua hongkongais doit aussi se repositionner alors que la Chine continentale tend à attirer et absorber les nouveaux talents de la scène hongkongaise. L »émergence d »une classe moyenne offre un débouché de choix pour le manhua hongkongais même il reste à gérer le problème de la censure qui interdit de traiter de certains sujets tandis que persistent des différences culturelles liés à l »isolement historique de la Chine jusqu »aux années 80/90.

Des synergies se sont certes nouées entre les nouveaux acteurs du loisir et les industries culturelles liées au marché de l »édition BD. Mais si les lecteurs ont pris l »habitude de lire en ligne sur téléphone mobile plutôt que sur papier il se pose toujours la question d »un nouveau modèle économique à établir. Les ventes de Chinese Hero se sont ainsi effondrées au cours des années 90 de 200 000 à 60 000 exemplaires. A l »image du Hong-Kong Comics Festival devenu en 2006 le festival Ani-Com, le marché se doit de trouver de nouveaux débouchés en s »ouvrant plus que jamais vers l »animation et le jeu-vidéo. Des séries à succès comme le vieux Old Master Q sont déclinés en jeux mais le risque est de voir la BD n »être plus aujourd »hui qu »un simple produit dérivé dans la chaîne des media-mix.

Reste que face à ces interrogations que partagent aujourd »hui les éditeurs japonais ou occidentaux, des auteurs continuent à créer et à préserver la flamme des pionniers. La création hongkongaise commerciale commence à s »exporter et à être reconnue, à l »instar de Lee Chi-ching, lauréat du premier International Manga Awards. D »autres créateurs, loin des considérations du marché, élaborent une œuvre en marge sans se soucier forcément de leur débouché économique. Cette BD hongkongaise indépendante et alternative mue par un esprit Do It Yourself a permis de révéler des talents très personnels comme Chihoi édité en France par Atrabile (Le Train) ou Ahko de Pourquoi j »veux manger mon chien (Hua Shu) en creusant des thèmes nouveaux et universels sur la place de l »homme dans la société moderne. Loin des séries de genre stéréotypés, cette approche nouvelle de certains auteurs laisse à penser que la vraie richesse du manhua hk d »aujourd »hui repose peut-être dans ces personnalités les plus marginales.

 « Impressions Angoulême soleil couchant », tel pourrait être le titre de cette œuvre improvisée devant le public angoumoisin par Yeung Hok-tak, le samedi 29 janvier.

[photos + texte ©Nicolas Trespallé – Mang »Arte blog]

Remerciements Julie Rhéaume du Fibd

En savoir plus :

Liens vers les sites d »auteurs hongkongais :

Au-Yeung Ying chai : www.auyeungishere.com

Kongkee : www.penguinlab.net

Chihoi : www.chihoi.net

Yeung hok tak : http://kicklamb.com

Lee wai chun: www.miss13dots.com

Stella so: www.smstella.com

Laitattatwing: http://zh-tw.facebook.com/laitattatwing

 

Catalogue d »exposition: The Kaleidoscope- History of Hong-Kong Comics

 

 

Catégories : Portrait

Comments