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Makoto Yukimura en interview!

Makoto Yukimura, auteur de Planètes et Vinland Saga en interview!

Dès sa première réalisation Planètes (Panini), Makoto Yukimura imprimait son originalité en convoquant une SF intimiste et contemplative qui spéculait sur  le vertige de l’espace infini mis à la portée de l’homme de la rue. En choisissant de dépeindre le quotidien d’un groupe d »éboueurs du futur, le mangaka offrait en effet une réflexion crédible sur les implications psychologique et métaphysique qui naissent dès lors que l’impossible devient possible. Après  ce coup d »essai en forme de coup de maître, son oeuvre se prolonge à présent autour de Vinland Saga (Kurokawa) fresque historique épique nous plongeant dans les arcanes de la société viking de l’an mille. Exploitant à fond le spectaculaire du sujet, cette série très documentée révèle une ambition manifeste à  brosser la réalité d »une culture construite entièrement sur la violence.

A bientôt 34 ans, Makoto Yukimura a décidément l’étoffe d’un grand. Avec humour et modestie, il a répondu à nos questions et, malgré son planning angoumoisin serré, a même pris le temps de nous dédicacer l »impavide Askelaad… A savourer en vidéo rien que pour vous!

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D’où vous vient votre intérêt pour le manga ?

En seconde, j’étais vraiment très très mauvais à l »école. On était alors environ 300 élèves et moi l’avant-dernier du lycée, vous vous rendez compte ? J »étais un sale gosse incapable de faire quelque-chose quand on me disait «il faut faire ça» ! Vers 16 ans, j’ai compris que me donner à fond dans ce qui ne m’intéressait pas m’était impossible. Et le manga, vous savez, il y en a énormément au Japon, c’est très facile de les aimer…

Votre première série Planètes raconte la conquête de l’espace vue à travers le quotidien d’éboueurs de l’espace. Pourquoi avoir voulu traiter de ce sujet sous cet angle inattendu?

Ca a été très simple. J’étais chez un libraire et je suis tombé sur un livre assez particulier qui traitait des débris de l »espace. Je trouvais passionnant de se dire que ces minuscules débris sont en fait extrêmement dangereux et préjudiciables à l’humanité alors que personne n’en est vraiment conscient. Quand on constate cela, ça rend l’information encore plus précieuse et c’est ce qui va pousser à en faire une histoire.

Ce récit mêle une vraie rigueur scientifique avec une approche psychologique poussée des personnages. C’est quelque-chose qui vient de vos lectures de manga ou plutôt de la littérature de science-fiction anglo-saxonne, d’auteurs comme Gregory Benford ou Allen Steele ?

Je suis surtout influencé par Arthur C. Clarke. Je ne sais pas si on peut dire que nos œuvres se ressemblent mais j’en suis fortement imprégné. Bien entendu, j’ai été beaucoup marqué par des auteurs japonais de SF car au Japon nous avons la chance d’avoir beaucoup d »auteurs nationaux qui sont portés sur la science-fiction. Nous avons en particulier un écrivain spécialiste de la SF vraiment très bon qui s’appelle Tani Kôshû. Je pense que son œuvre a été essentielle pour moi.

Planètes est une série plutôt brève…

En effet, tant qu’on n’a pas débarrassé l »espace de tous ses débris, l’histoire pourrait continuer indéfiniment… J’ai voulu prendre un peu de recul parce que je désirais raconter des choses différentes et les thèmes que je voulais aborder ne pouvaient pas prendre place dans un cadre futuriste. Il fallait qu’ils s’intègrent dans un monde où la violence est quotidienne. C’est pour cette raison que j »ai déplacé ma narration dans le monde des vikings avec Vinland Saga. Je pense que lorsque j’aurai fini de raconter tout ce que je veux, peut-être que je retournerai à des univers de SF et à Planètes.

Vinland Saga est un projet très ambitieux où vous appréhendez la société viking sous tous ses aspects, politiques, militaires, sociaux, religieux… On imagine un travail de documentation considérable en amont…

C’était très important. Cela m’a pris environ un an de recherches avant de débuter la série. Pendant toute cette période de manière consciente ou inconsciente, j’ai passé mon temps à préparer cette série.

Plus précisément, quelles ont été vos sources ? Vous avez lu des mangas sur le sujet, vous vous êtes penché sur des travaux d’historiens ?

Je me suis concentré sur les livres et travaux des historiens tout simplement car il n »existait pas de mangas de vikings. Je suis le premier au Japon à les dépeindre de manière réaliste. Le seul viking que nous connaissions vraiment au Japon, c »était un petit dessin animé que vous connaissez certainement aussi en France qui s »appelait Vic le viking. Évidemment, j’ai regardé la cinquantaine d’épisodes avec beaucoup d’attention et je pense que malgré tout, j »ai dû subir l’influence de cette série enfantine.

Ah oui, c’est-à-dire ?

C »est difficile de vous donner des exemples précis parce que c »est surtout prégnant après le volume 5 qui vient tout juste de sortir en France. Mais, par exemple, vous souvenez-vous que dans Vic le viking, le père de Vic n’était pas très «viking» dans le sens où, finalement, il montrait beaucoup d »amour à son fils. Il ne pouvait pas s’en sortir sans lui, à chaque fois qu’il se retrouvait sans son fils, il pleurait en invoquant son nom ! Et je dois dire que j’ai très apprécié le lien qu’il y avait entre eux. Finalement, quand on lit Vinland Saga, on constate que beaucoup d’histoires tournent autour de la filiation.

Reste que quand on est un Japonais qui vit au XXIè s, comment fait-on pour se mettre dans la tête d’un viking vivant à l’an mille ?

C’est vraiment très difficile ! Je suis obligé d »utiliser mon imagination au maximum, je ne vois que ça. En plus vous savez, l’été, Tokyo est une capitale extrêmement chaude et je me retrouve en général à porter uniquement un slip et en pleine canicule à dessiner des paysages complètement enneigés ! Çà me demande effectivement beaucoup d’efforts pour faire le viking ! (rires)

Une chose remarquable de votre série est que vous vous gardez de glorifier vos vikings. Si l »on cherche des héros dans Vinland Saga, il faudrait regarder plutôt du côté des civils et des victimes…

Oui, on peut dire ça. Je n »ai absolument pas l’intention de dépeindre positivement des personnages violents et sans morale. Mes personnages vivent en général de la violence et ce n’est pas ça qui les rend beaux et puissants. En fait, les véritables guerriers ne sont pas encore vraiment apparus dans Vinland Saga. Vous les verrez peut-être si vous continuez à lire la série. La véritable essence du guerrier apparaitra plus tard.

Dans Planètes et Vinland Saga, on retrouve la présence de religieux, en particulier chrétiens. J »imagine que ce n’est pas fortuit ?

Vous savez, je viens d »un pays où l’identité religieuse n »est pas vraiment déterminante. Moi-même, je ne suis pas quelqu’un de fervent vis-à-vis de la religion mais je respecte profondément les gens qui ont des croyances et j’aime à les dépeindre. Je pense que la religion a été fondée par des gens qui essayaient de réfléchir de tout leur être et de toute leur âme à la manière la plus juste et la plus fondamentale d’exister en cohérence avec l »environnement. Pour moi, intégrer ces personnages est une marque de respect pour l’Histoire et pour tout ce qui a découlé des religions et ce qu’elles ont apporté à l »évolution de l »humanité. De plus, cela donne une petite touche réaliste.

Combien de tomes envisagez-vous pour Vinland Saga ?

La question m »a été posée lors de ma conférence et j »ai répondu que j’irai environ à 25 tomes. Malheureusement, c »est au moment où j »ai prononcé ces mots que je me suis dit : « Je suis fou, j »arriverais jamais à écrire 25 tomes ! Qu »est-ce que j’ai dit là !». Je me sens un peu comme le marathonien qui vient juste de faire 5 km et comme lui, je me dis qu »il ne faut absolument pas que je pense à la suite! Il faut vraiment que je me concentre sur ma piste et que je continue à courir droit devant moi !

Propos recueillis par Nicolas Trespallé. Angoulême, 30 janvier 2010

(Traduction de Grégoire Hellot)

Remerciements chaleureux à Julie Rhéaume du FIBD, à Estelle Revelant et Grégoire Hellot de Kurokawa

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