Le mangaka, cet inconnu

On imagine mal en France et plus largement en Occident, l »aura attachée au métier d »auteur de manga, encore moins lorsque l »on parle de mangaka à succès. Qualifié d »un honorifique Sensei (« maître »), parfois multimillionnaire à l »instar de Rumiko Takahashi qui ferait partie des dix plus grandes fortunes de l »Archipel, celui-ci jouit d »un statut que l »on pourrait assimiler, pour dire vite, à celui  d »une star hollywoodienne. Mais une star hollywoodienne « à l »ancienne » dans tout ce qu »elle a d »inaccessible, les éditeurs se plaisant du reste à cultiver ce parfum de mystère en servant de filtre protecteur entre le commun des mortels et l »auteur, lequel se retrouve dès lors prisonnier plus ou moins volontaire de sa tour d »ivoire.

Cette discrétion savamment entretenue n »est d »ailleurs pas pour faciliter le travail des historiens du manga et des journalistes, Christian Marmonnier, collaborateur du Dico Manga des éditions Fleurus, me confiait en début d »année les difficultés rencontrées pour élaborer certaines notices biographiques tant il est parfois complexe de dénicher une information aussi banale que la date de naissance d »un auteur. Il est vrai que celui-ci n »aide pas toujours pas à la tâche et il n »y a qu »à jeter un œil sur les rabats de couverture d »un manga, espace souvent dédié aux causeries du mangaka, pour constater que celui-ci prend un malin plaisir à parler de tout et (surtout) de rien, limitant sa plongée introspective en disséminant au compte-goutte des informations essentielles du genre « j »adore les chats, mon signe astrologique chinois est le dragon, j »espère que vous allez vous amuser en lisant ce manga, hihi »… Plutôt frustrant, donc.

Tout cela pour vous dire que le déplacement d »une star du manga donne l »occasion unique de découvrir qui se cache derrière une froide signature, d »en savoir plus sur le processus artistique et les dessous de la création d »une série, mieux encore il permet parfois d »entrevoir une personnalité…

Cette année à Japan Expo, c »est ni plus ni moins que le dessinateur de Death Note, Takeshi Obata, qui fera le déplacement, manière de fêter le carton de la série en France qui devrait voir son millionième exemplaire écoulé durant le festival. Un évènement d »autant plus rare, quand on sait la réticence coutumière des éditeurs japonais à voir leur poulain (ou plutôt leur poule aux yeux d »or) s »éloigner quelques jours de leur table à dessin. 

Oui, mais voilà, à venue exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Et le revers de la médaille, tient dans un courriel reçu la semaine dernière par les journalistes précisant les desiderata de l »auteur qui ne désire ni être filmé, ni photographié et se refuse à répondre à des questions liées à des sujets bien précis, patiemment listés et dont on vous passera le détail. Au cours de la conférence de presse chacun devra donc montrer patte blanche et faire contre mauvaise fortune bon cœur, en jouant le jeu. A croire que préserver le secret fait partie intégrante du boulot de mangaka…

 

Catégories : Portrait

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