Le mangaka, cet inconnu, suite.

Suite au post d »hier autour du « mystère » qui entoure les mangakas, me revient une anecdote amusante contée par Sylvain Gérand, le dynamique responsable des éditions Humeurs, microstructure éditoriale spécialisée dans l »underground graphique qui publie ces jours-ci une somptueuse anthologie avec la crème des auteurs alternatifs de la planète, L »Horreur est humaine, Vol.2 n°1. Parmi eux des Japonais bien sûr qui, bien que situés « à la marge de la marge », illustrent aussi à leur manière les rapports souvent malaisés qu »entretiennent les éditeurs français avec les mangakas japonais.

 

Car il a fallu en effet toute l »abnégation et l »envie des éditions Humeurs pour rentrer en relation avec certaines des auteurs qu »elles rêvaient d’éditer. Surtout quand ceux-ci semblent vouer un culte à leur marginalité au point de refuser tout contact avec les outils de communication moderne que sont internet ou le téléphone…

Comment dès lors procéder pour obtenir l »accord d »un dessinateur pour une publication française ? Rien de plus simple. Il suffit de contacter l »éditeur japonais qui s »arrangera pour fixer un rendez-vous à l »auteur dans une cabine téléphonique tokyoite et de dire à l »éditeur français d »appeler ladite cabine à une date et à une heure précises pour que l »artiste, comme par magie, réponde. Si vous ne parlez pas japonais, comme Sylvain Gérand, faites alors appel aux bonnes volontés et à vos lointaines relations, contactez par exemple le père d »un ami japonais pour faire office de traducteur de dernière minute en vous excusant d »avance du dérangement. Puis téléphonez le jour venu. Et attendez que l »auteur réponde…

Même si c »est l »échec, ne vous découragez-pas et reprenez un autre rendez-vous téléphonique avec lui via l »éditeur japonais non sans oublier de plaider votre bonne foi. A nouveau organisez le tout pour que chacun se tienne prêt à l »heure H, la minute M, la seconde S…

Sauf que dans le cas de l »opiniâtre Sylvain, le téléphone sonna une nouvelle fois fébrilement et piteusement dans le vide.

De guerre lasse, le responsable d »Humeurs se décida à envoyer un mail pour expliquer le nouveau cafouillage à l »éditeur japonais, qui lui renverra le contrat signé autorisant la publication de l »auteur non sans juger l »attitude des éditions Humeurs « peu professionnelle ».

Voilà une petite histoire édifiante à méditer par tous les aspirants éditeurs de manga !

P.S: pour info, l’éditeur japonais en question est la prestigieuse Seirindo (maison alternative qui publia les premiers Suehiro Maruo) et l’auteur étourdi (?) se nomme Keizo Miyanashi. Il est connu comme musicien et ses oeuvres graphiques splendides ressemblent à ce que vous pouvez voir ci-dessus. Humeurs préparent actuellement la publication d’un recueil de ses travaux.


Catégories : Ambiance

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