Olivier Père

Un jour sans fin de Harold Ramis

Dans le cadre de son « Summer of the 90’s » ARTE diffuse dimanche 10 août à 20h45 un film qui a incontestablement marqué les années 90 : Un jour sans fin (Groundhog Day, 1992) de Harold Ramis.

Phil Connors (Bill Murray), journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire sans aucun enthousiasme son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l’on fête le « Jour de la marmotte » (« Groundhog Day »). Dans l’impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d’intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue qu’il déteste. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu’il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février…

Bill Murray, Andie MacDowell et Chris Elliot dans Un jour sans fin

Bill Murray, Andie MacDowell et Chris Elliot dans Un jour sans fin

Réussite miraculeuse, Un jour sans fin célèbre les noces de la comédie romantique et des paradoxes spatio-temporels, à l’instar du grand classique et titre matriciel de tout un courant du cinéma américain, La vie est belle de Frank Capra. On pourrait aller plus loin et comparer Un jour sans fin aux fictions expérimentales d’Alain Resnais et leurs jeux sur les réalités alternatives, en particulier le diptyque Smoking/No Smoking : rapprochement encouragé à l’époque par la sortie des deux (trois) films à quelques mois d’intervalle.

Mais Ramis et le scénariste Danny Rubin n’ont pas besoin de la validation de la modernité européenne pour signer un film à la narration aussi audacieuse. L’histoire du cinéma américain est parsemée de films qui bouleversent la linéarité, la question du point de vue et de la place du spectateur pour se livrer à des explorations, angéliques ou cauchemardesques, de la psyché humaine et aussi de l’art de raconter des histoires, de The Swimmer à Fight Club en passant par les chefs-d’œuvre de Mankiewicz.

 

Ici l’idée structurale est d’accorder une chance de salut à un personnage cynique et désagréable qui va s’humaniser et tomber amoureux de sa collègue au fur et à mesure que se répète infiniment la même journée (désastreuse) avec une multitudes de variations tragi-comiques inattendues.

Impossible d’évoquer Un jour sans fin sans souligner la performance extraordinaire de Bill Murray, qui s’empare de ce rôle en or et exprime avec une subtilité qu’on ne lui connaissait pas une palette variée d’émotions et un humour ravageur.

Un jour sans fin constitue sans aucun doute un pivot dans la carrière de Bill Murray, qui recueillit avec ce films tous les suffrages et élargit sa popularité en dehors des Etats-Unis, choisissant par la suite de se consacrer à projets ambitieux du cinéma indépendant avec la nouvelle génération des auteurs américains, Tim Burton, Sofia Coppola, les frères Farrelli, Jim Jarmusch et surtout Wes Anderson qui en fera son acteur fétiche.

 

Lire aussi l’entretien inédit avec Harold Ramis posté au moment de la disparition du réalisateur.

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2014/02/25/entretien-inedit-avec-harold-ramis/

 

 

 

 

 

 

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