Olivier Père

Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo

Dans le cadre de son cycle de films autour du centenaire de la Guerre de 14-18 ARTE diffuse ce soir à 22h30 un long métrage exceptionnel à plus d’un titre : Johnny s’en va-t-en guerre (Johnny Got his Gun, 1971.) Le premier jour de la Première Guerre mondiale, un jeune engagé volontaire américain est grièvement blessé par un obus. Amputé des quatre membres, défiguré, aveugle, sourd et muet, il est cruellement maintenu en vie par les médecins. Il ne lui reste plus que son cerveau pour se souvenir et rêver.

Johnny s’en va-t-en guerre est l’unique film réalisé par le scénariste Dalton Trumbo, célèbre pour avoir été un des « dix d’Hollywood », victime du maccarthysme qui fut contraint après un séjour en prison de travailler plus de dix ans sous pseudonyme à Hollywood avant de pouvoir retrouver son vrai nom au générique d’un film (pour Exodus d’Otto Preminger et Spartacus de Stanley Kubrick.) En adaptant son propre roman (écrit en 1939) à l’écran, Trumbo signe un pamphlet antimilitariste et pacifiste – mais aussi un plaidoyer pour la mort assistée – rendu bouleversant par le sort atroce de son personnage principal, que le spectateur accompagne dans son calvaire grâce à une voix-off. La mise en scène de Trumbo fait alterner le noir et blanc et de la couleur et organise les multiples souvenirs et voyages mentaux de son protagoniste, dont une rencontre avec le Christ, interprété par Donald Sutherland. Luis Buñuel, grand admirateur du film à l’instar de Jean Renoir, fut également tenté d’adapter le roman avant que Trumbo ne le mette lui-même en scène. Johnny s’en va-t-en guerre, sélectionné de justesse au Festival de Cannes en 1971, y obtenait le Grand prix spécial du jury et le Prix de la Critique Internationale. Le réquisitoire de Trumbo contre l’absurdité de toutes les guerres trouvait un écho retentissant auprès des opposants à l’intervention américaine au Viêt Nam.

 

A noter : du 26 mars au 5 mai la Cinémathèque française proposera un cycle d’une soixantaine de titres autour du Centenaire de la Première Guerre mondiale, avec bien sûr les films proposés sur ARTE et bien d’autres chefs-d’oeuvre et classiques de l’histoire du cinéma évoquant directement (La Grande Parade, Les Ailes, Pour l’exemple, Les Hommes contre, …) ou indirectement (La Chambre verte) ce conflit, avec une approche patriotique, belliciste ou au contraire pacifiste selon les pays ou les époques. Plus une table ronde sur le sujet.

 

 

Catégories : Sur ARTE

2 commentaires

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    Friedkin (écriture avec le torse dans “L’Exorciste”), Lynch (l’avorton immobile d’ “Eraserhead”) et Amenabar (le ‘véridique’ “Mar adentro”) se souviendront aussi de Johnny… N’oublions pas la remarquable partition du grand Jerry Fielding, compagnon de route d’Eastwood, Peckinpah et Winner, dont les chœurs d’outre-tombe durant la scène du ‘train des morts’ résonnent avec d’autres convois sans retour (“Shoah” s’ouvrait d’ailleurs sur la chanson d’un survivant).

    https://www.youtube.com/wat

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