5 épisodes horrifiques à voir

Horreur

Dimanche dernier, l’un des maîtres de l’horreur, Wes Craven, s’est éteint dans sa demeure de Los Angeles des suites d’une tumeur au cerveau. Connu par les plus jeunes générations pour la série de films Scream, il avait conquis les plus vieux il y a bien longtemps devant, par exemple, La colline a des yeux ou Les griffes de la nuit.

Peur, monstruosité et cauchemar peuvent aussi qualifier de nombreuses séries télé. Le slasher, ce genre mettant en scène les meurtres d’un psychopathe et qui a fait les beaux jours de Wes Craven, en est l’une des composantes. Mais il existe d’autres formes de traitement de l’épouvante. Sélection de 5 épisodes montrant la variété des facettes possibles.

 

LongDistanceCall

« Conversation avec l’au-delà » – La Quatrième Dimension

Diffusion : 31 mars 1961 – Titre original : Long Distance Call

L’histoire. Billy est un enfant chouchouté par des parents aimants. Le jour de son anniversaire, il reçoit un téléphone de la part de sa grand-mère, malade, pour qu’ils continuent à discuter une fois qu’elle sera « partie ». Billy se met alors à agir bizarrement…

Et l’on démarre par un épisode de la série culte La Quatrième Dimension. Classé à de nombreuses reprises comme l’un des plus éprouvants, il a la particularité – c’était normal à l’époque mais aujourd’hui, c’est toujours étonnant… – de ne rien montrer qui soit choquant ou visuellement violent. Toute sa force, et c’est le point commun des meilleures œuvres d’horreur, est de suggérer plutôt que de montrer. Suggérer le sentiment d’effroi qui s’invite dans l’esprit des parents de Billy, découvrant petit à petit que leur enfant parle à un téléphone. Jusqu’à y risquer sa vie.

C’est peut-être moins fort aujourd’hui qu’il ne l’a été plus de 50 ans auparavant mais les esprits n’étaient pas encore éduqués à l’image comme ils le sont aujourd’hui. Le scénario semble peut-être naïf et un peu simple, s’appuyant uniquement sur l’hypothèse d’un esprit qui hanterait un objet. Mais sa manière de le filmer, sans effet, sans artifice, est salvateur de nos jours. Seule la simple voix d’un enfant qui discute derrière une porte permet à l’imagination de se mettre en marche.

Écrit par Charles Beaumont et William Idelson.

 

Home

« La Meute » – X-Files

Diffusion : 11 octobre 1996 – Titre original : Home

L’histoire. Mulder et Scully sont envoyés à Home, une petite ville de Pennsylvanie comptant seulement quelque centaines d’habitants. Le cadavre d’un bébé, retrouvé mort et enterré, mène les agents du FBI sur la piste de la famille Peacock, dont les trois frères, tous mal-formés, agissent plus qu’étrangement.

Coup de marketing ou pas, cet épisode est le seul d’X-Files a n’avoir jamais eu le droit à une rediffusion – et le seul à rafler le tampon TV-MA qui déconseille les moins de 17 ans à regarder le programme. Pourquoi ? La Meute n’est pas avare en horreur visuelle. Une femme privée de jambes et de bras, un bébé mort et enterré vivant, et trois frères tous mal-formés… L’épisode s’inscrit parfaitement dans la thématique du monstre de la semaine. Au pluriel.

Mais cette horreur est porteuse de sens. A l’origine de ces malformations, il y a surtout l’inceste et une vive critique des milieux reculés et conservateurs. On apprend dès le début de l’épisode que les Peacock vivent en autarcie depuis la guerre de Sécession. Comme l’explique Sullivan Le Postec sur son blog, Home propose ainsi « une remise en cause brutale des American values, et notamment de la famille posée comme valeur absolue« . Pour toutes ces raisons, Home figure parmi les épisodes préférés des fans de X-Files, et certainement à raison.

Écrit par Glen Morgan et James Wong.

 

ThatsMyDog

« Une nuit de chien » – Six Feet Under

Diffusion : 18 juillet 2004 – Titre original : That’s My Dog

L’histoire. Sur la route, David Fisher prend un autostoppeur, Jake. Mais le voyage tourne à la prise d’otage. Jake, armé, utilise David à ses fins et n’entend pas le relâcher. David est tétanisé par la peur.

S’il fallait choisir un seul épisode incarnant l’horreur dans une série télé, je sélectionnerai probablement That’s My Dog. Il incarne une rupture violente et évidente avec le reste du ton de la série, toujours grave mais jamais sans poésie, ironie ou amour pour ses personnages. Ici, il n’y a pas de place pour l’amour. David fait l’expérience du mal absolu qui s’incruste dans tous les pixels de l’écran. Absolu car, selon Tristan Garcia dans Six Feet Under – Nos vies sans destin, il remet en cause le lien qui unit tous les personnages de la série, celui du langage. « Jake introduit le Mal dans la série parce qu’il dissocie les actes et les paroles » dit-il.

Cette trahison, c’est aussi ce qu’ont ressenti une partie des téléspectateurs, choqués de voir que leur personnage préféré, parce que riche et complexe, subisse une telle torture. D’autant que si David s’est arrêté, ce n’est pas uniquement pour lui venir en aide. Il souhaite aussi flirter avec lui et mettre en pratique la libre relation qu’il entretient avec Keith, son compagnon. Le retour de bâton est d’autant plus violent. Cet épisode montre comment il est compliqué de faire face au mal, dépossédé de tous nos moyens rationnels.

Écrit par Scott Buck.

 

WhiteBear

« La chasse » – Black Mirror

Diffusion : 18 février 2013 – Titre original : White Bear

L’histoire. Une jeune femme se réveille dans une chambre mais ne se souvient de rien. En sortant, elle rencontre des personnes qui la filment mais ne lui viennent jamais en aide. Et puis un homme masqué débarque et souhaite de toute évidence la tuer.

Au rayon horrifique, la série anglaise Black Mirror fait figure d’exemple. Pourtant, son crédo, ce sont les médias, les nouvelles technologies… et leurs usages. Chaque épisode aurait pu être repris dans cette liste mais celui-ci, peut-être plus que tous les autres, mérite sa place. Cependant, il faut l’avoir vu en entier car la révélation, qui remet tout en cause, ajoute à la traque sordide entre l’homme masqué et la jeune femme une facette encore plus ignoble.

C’est ici le concept de justice que Charlie Brooker, son créateur, met en pratique. Et il avance une hypothèse atroce, celle d’une justice du divertissement. Pour cela, il s’appuie sur l’impression que notre société est de plus en plus voyeuse et revancharde, qu’elle voudrait voir la terreur éprouvée par une personne qui a répandu le mal autour d’elle. Justice et humiliation publique au profit du divertissement et de l’assouvissement d’un désir de vengeance. Cette société que Charlie Brooker nous pointe du doigt fait froid dans le dos. Prenons cet épisode comme un avertissement pour éviter à tout prix qu’elle s’invite dans notre réel.

Écrit par Charlie Brooker.

 

TheHarrowing

« The Harrowing » – Inside N.9

Diffusion : 12 mars 2014

L’histoire. Katy est engagée par Tabitha et son frère Hector pour garder leur manoir un soir. Andras, leur autre frère, serait handicapé et ne peut bouger de sa chambre située à l’étage. Mais Katy va découvrir une vérité bien plus sombre…

Tout comme Black Mirror, Inside No.9 est une série anthologique. Chaque épisode raconte donc une nouvelle histoire avec des nouveaux enjeux et des nouveaux personnages. The Harrowing est l’épisode 6, final, de la saison 1. Ce n’est pas le plus apprécié de la saison, ni par le public ou la critique, ni par moi. Mais il parvient très bien à retranscrire une horreur, qui fait d’ailleurs légèrement écho à Long Distance Call, celle de la place des personnes âgées dans notre société.

Et à plusieurs reprises au cours de l’épisode, il y est question assez nettement. Si bien que malgré ses artifices gothiques, The Harrowing aborde une problématique très concrète. « Je suis contente d’avoir trouvé quelqu’un comme vous. Quelqu’un en qui je puisse avoir confiance. Un soutien » explique Tabitha à Katy qui n’est là pourtant que pour une nuit. Quand Katy découvre plus loin les conditions de vie d’Andras, elle explose : « Vous êtes tous fous. C’est de la maltraitance. Votre frère n’est pas possédé. C’est un vieillard apeuré attaché à ce lit depuis 50 ans. »

Au final, cet épisode mélange sans le savoir la question de la vieillesse de Conversation avec l’au-delà, celle de la famille de La Meute, celle de la folie irrationnelle de That’s My Dog et, enfin, d’une problématique sociétale comme dans La chasse. Plus j’y pense et plus The Harrowing gagne, a posteriori, une place importante dans mon coeur de sériephile.

Écrit par Steve Pemberton et Reece Shearsmith.

 

Il aurait été vain de ma part d’aborder toutes les séries horrifiques, notamment celles qui abordaient le genre de manière plus frontale. Mais j’attends avec intérêt vos expériences d’un épisode qui vous aura marqué, aussi bien dans l’horreur qui y est décrite que celle qui y est suggérée.

Catégories : Chronique · Drama · Série américaine · Série anglaise