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Rectify, la saison de la maturité

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La série la plus lente et la plus mystérieuse de la télévision a fait son grand retour, cet été, sur la chaîne américaine Sundance. Que faut-il attendre de ces nouveaux épisodes de Rectify ? Du bien, du bien et encore du bien.

Okay, j’ai un peu vendu la mèche mais il le fallait, car ce n’était pas gagné. Le souvenir de sa deuxième saison, décevante, m’était resté en travers de la gorge. Comme le rythme de la série suit, peu ou prou, l’idée qu’un épisode vaut une journée, nous avions du subir les laborieuses conséquences du passage à tabac de Daniel Holden, le personnage principal, à la fin de saison 1. C’est-à-dire : le voir à l’hôpital pendant 4 épisodes sans pouvoir bouger un petit doigt.

Et pourtant, toute la promesse de la série, c’était que celui-ci exerce le concept de liberté dans toute sa candeur de prisonnier ayant passé 20 ans dans le couloir de la mort, attendant son heure. Est-ce que montrer les risques de la vie était absolument nécessaire sachant qu’il portait déjà les stigmates, essentiellement psychologiques, des privations physiques dont il a fait l’objet pendant si longtemps ? Je n’en suis pas persuadé.

Ceci dit, réduire la saison 2 à cette erreur serait un peu hasardeux. Mais elle m’avait laissé un goût amer. Cette impression était amplifiée par la mise en sourdine de l’enquête, promesse de fin de saison 1, qui n’apparaissait qu’à de rares moments – intrigue qui drainait pourtant une tension dramatique non négligeable. Pour faire simple, j’attendais de la saison 3 ce qu’aurait pu être la saison 2. Et, banco, c’est exactement ce qui s’est passé !

La grande force de Rectify, quel que soit son épisode, c’est l’humanisme qui se dégage de ses personnages. La saison 3 ne rompt pas avec cette tradition mais fait surgir cette sensibilité qui fait sa particularité grâce à un nouvel élément : l’accord, conclu en fin de saison 2 entre Daniel et les autorités, est enfin connu en ce début de saison 3. Je ne vous en dirai rien mais cet accord agit comme un catalyseur pour la communauté proche et lointaine qui gravite autour de Daniel.

Accepter pour vivre

De manière générale, chaque personnage vit la période d’acceptation qui faite suite à un deuil par exemple. Chacun parvient à mettre de côté le choc du retour de Daniel pour mieux s’arrêter sur leur propre vie. C’est notamment le cas de Teddy et Tawney dont les difficultés conjugales prennent une nouvelle dimension cette saison.

Teddy est le personnage qui profite le mieux de cette nouvelle dynamique. Adieu l’idiot haineux du village, bonjour l’être humain complexe et nuancé qu’il incarne désormais. Sa transformation avait déjà débuté lors de la saison précédente mais elle prend ici toute son ampleur. Il est fort et faible à la fois, il est déroutant et émouvant en même temps. Clayne Crawfort, qui l’incarne, révèle toute sa grandeur d’acteur.

Amantha, la sœur de Daniel, va plus loin dans sa métamorphose. Ayant trouvé un nouvel emploi dans la saison dernière, en pleine réflexion dans sa relation avec Jon, elle va progressivement se construire une nouvelle vie sur de nouvelles bases. C’est comme si le titre de la série prenait désormais tout son sens et s’appliquait également aux autres personnages.

Il n’est plus seulement question de « rectifier » une erreur judiciaire (encore que, aurons-nous le fin mot de l’histoire un jour ?) mais de « rectifier » les trajectoires de vie qui ont été modelées à l’épreuve de ce fait divers. Il n’est pas question seulement du destin de Daniel mais de tout son entourage. Et cela parait si naturel, si logique, sans prétention, baigné d’une émotion simple et pure, qu’il est difficile de rester stoïque devant une telle œuvre.

Au-delà du fond, cette saison 3 offre également ce qu’il faut de biscuit pour se passionner d’une enquête jouant sur de nombreux tableaux. Les scénaristes, comme ils ont toujours eu l’habitude de le faire dans la série, ont ce don d’infiltrer constamment le doute dans l’esprit du téléspectateur. Cela est brillamment incarné par Aden Young dans le comportement de Daniel mais cela concerne également la nouvelle procureur, un peu inactive en saison 2, qui prend désormais toute la mesure des errements de la police lors de la tragédie 20 ans plus tôt. Je n’en dirai pas plus.

La saison 3 de Rectify est la saison 2 que j’attendais. Et, cerise sur le gâteau, elle a le don d’être aussi plus courte. Comme la saison 1, elle s’étale sur 6 épisodes contre 10 pour la longuette saison 2. Dans tous les cas, Rectify est l’une des séries les plus sensibles de son époque. Il serait criminel de passer à côté.

Créée par Ray McKinnon. Diffusion des 6 épisodes entre le 9 juillet et le 13 août 2015 Sundance Channel USA. Pour rappel, la saison 1 a été diffusée en clair sur Arte en octobre 2014.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine