arte, lars mikkelsen, the team

The Team, enquête sans frontières

TheTeam

Après avoir déjà tâté le terrain de la coproduction européenne à l’occasion de The Spiral, Arte remet le couvert et diffuse à partir du 20 août un thriller policier nommé The Team. Ainsi ont été mises à contribution aussi bien Arte que la chaîne danoise DR, suédoise SVT, allemande ZDF, belge VTM… et ça continue. Au casting, on retrouve notamment Lars Mikkelsen que vous avez peut-être déjà vu dans Borgen ou The Killing.

L’histoire. Trois prostituées sont tuées selon la même méthode… mais dans trois pays différents : le Danemark, l’Allemagne et la Belgique. Pour mener à bien l’enquête, l’agence européenne de police Europol met en place une équipe constituée des polices des différents pays. Supervisée par le danois Harald Bjorn (Lars Mikkelsen), elle se constitue de l’enquêtrice allemande Jackie Muller (Jasmin Gerat) et de la belge Alicia Verbeeck (Veerle Baetens). Oui, au moins trois langues sont parlées (en fait, c’est bien plus…) durant la série… mais vous ne pourrez pas vous en rendre compte si vous regardez la VF.

The Team est ce que l’on appelle un polar moderne, au même titre que The Killing l’a été de manière frappante lorsqu’elle a été diffusée. Certes, c’est moins surprenant mais elle n’est pas moins prenante pour autant. Oui, encore une fois, tout démarre sur les meurtres de prostituées. Cible habituellement facile des séries policières, ce choix n’est dans The Team pas vraiment anodin. La question de la femme dans la société (et la sous-jacente problématique de la marchandisation de son corps) est le thème central de la série.

Et pour faire résonner ce thème chez les personnages principaux, ils sont tous, de près ou de loin, dans leur attitude ou leurs actes passés, liés à cette problématique. C’est évident du côté de Harald Bjorn qui nous est présenté, dès le départ, comme un futur papa mais qui va devoir mettre de côté pendant un temps son futur rôle pour se concentrer sur l’enquête… ça l’est moins, au départ, pour Alicia Verbeeck. Si elle est le seul personnage principal exposé en premier lieu dans son environnement professionnel, ce n’est pourtant pas un hasard. Quant à Jackie Mueller, elle semble connaître une vie épanouie avec son mari et ses deux filles. Enfin, « semble ».

Autre aspect de la modernité de The Team, c’est sa gestion très efficace du cliffhanger, ces effets d’intrigues qui ont lieu généralement en fin d’épisode de manière à vouloir découvrir le suivant. La plupart sont non seulement réussis mais obtiennent généralement un dénouement satisfaisant pour le téléspectateur. Ça nous rappellerait presque les grandes heures de The Killing à certains moments.

Côté personnages, la série se construit autour de trois binômes. Harald Bjorn est épaulé de Kit, une policière experte en informatique qui arrive souvent au boulot avec des bleus ; Jackie Mueller fait équipe avec Natascha pistonnée par son père, ce qui du coup l’agace passablement ; et Alicia Verbeeck récupère Frank, un policier expérimenté qui ne voit pas d’un très bon œil d’être commandé par une jeune femme. La relation dans chacun de ces binômes est la grande force de la série et, là encore, entre en résonance avec le thème de la série.

Le rythme narratif est bien équilibré sur l’ensemble de la saison. The Team a même l’intelligence de ne pas agiter vainement la machine à pathos comme le font régulièrement les séries dramatiques policières de ces dernières années. Seul un moment, puissant car isolé au milieu de la saison, a su faire valser mon diaphragme. Le reste du temps, The Team conserve l’attention du téléspectateur grâce à la tension de son récit vécu au rythme des rebondissements.

Ces rebondissements, justement, à l’inverse de Broadchurch ou de séries policières modernes équivalentes, ne semblent jamais là par hasard. Le sentiment d’enfumage un peu malhonnête des scénaristes que l’on peut ressentir n’est pas trop présent pour une fois. Dans The Team, on n’ouvre pas 10 tiroirs situés les uns à côté des autres : c’est plutôt le système de poupées russes. Ceci dit, une intrigue m’a laissé complètement de marbre mais vous aurez déjà eu le temps de vous faire une raison sur la série puisqu’elle n’intervient qu’à partir de l’épisode 6.

The Team est un polar moderne qui cache bien son jeu. Les responsabilités ne sont jamais aussi claires qu’elles le paraissent au premier abord. Et les manières de justifier ces évolutions scénaristiques sont la plupart du temps convaincantes. Petit bémol : si elle met très bien en valeur visuellement Berlin, Anvers, Copenhague ou bien les Alpes autrichiennes par exemple, elle n’exploite qu’à peine les différences culturelles entre tous les pays. N’empêche, pour quelqu’un qui n’aime pas beaucoup les séries policières, j’ai réussi à avaler The Team en deux jours. C’est plutôt bon signe.

Créée par Mai Brostrøm et Peter Thorsboe. 8 épisodes diffusés sur Arte du 20 août au 10 septembre.

Catégories : Critique · Drama · Série du monde