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Les Revenants, le retour

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C’est peu dire qu’elle était attendue, la saison 2 des Revenants. En plus d’avoir su franchir nos frontières, ce joyau bleu blanc rouge pouvait se targuer de réunir à la fois la critique, élogieuse (92/100 sur Metacritic… en comparaison, la saison 1 de True Detective a obtenu 87/100), et le public. Elle a ainsi offert à Canal+ son plus beau succès de fiction française et a très bien fonctionné chez les diffuseurs étrangers comme Channel 4 au Royaume-Uni. Ce succès public se révélait d’ailleurs sur les réseaux illégaux, chose peu commune pour une série hexagonale.

Et v’là-t’y pas que Canal+, trois ans après, dégaine une saison 2 qui aura fait couler un peu d’encre, notamment sur son temps de gestation particulièrement long. Oui, ça y est, rassurez-vous, la diffusion, c’est pour la rentrée ! Et en tant que journaliste privilégié, nous avons eu l’occasion de découvrir les deux premiers épisodes. Verdict ?

 

 

ATTENTION, CERTAINS ÉLÉMENTS MONTRÉS DES LE DÉBUT DE L’ÉPISODE 1 DE LA SAISON 2 SONT DIVULGUÉS

 

L’histoire

La saison 2 s’ouvre sur le personnage d’Adèle. Ces premières scènes évoquent très clairement un nouveau visage de la série en terme de genre. Cette fois-ci, après les apparitions et disparitions fantomatiques de Victor en saison 1, nous avons le droit à quelque chose qui se rapproche beaucoup plus de l’horreur visuelle. Adèle est enceinte de Simon, l’un des revenants, ce que l’on savait déjà fin saison 1. Mais le bébé fait des drôles de choses dans son ventre. Difficile de ne pas invoquer l’esprit de Sigourney Weaver dans Alien.

L’ambiance est également différente. L’atmosphère étonnante et intrigante que l’on a découvert il y a 3 ans (un peu gore, parfois, certes…) est amendée d’une sensation d’étouffement. Le clivage entre les revenants et les vivants revêt une dimension clanique. D’un côté, les revenants (qui se comportent un peu comme les Guilty Remnant de The Leftovers) ont pris possession de tout un quartier de la ville et semblent préparer quelque chose, à l’écart des autres sans que personne ne soit au courant. De l’autre, les vivants essaient de comprendre ce qui a bien pu se passer. Ils sont épaulés de l’armée qui a pris possession des lieux et a lancé une enquête qui, pour l’instant, piétine.

Car du temps s’est écoulé depuis les événements de la première saison. Six mois pour être précis. La série reste assez mystérieuse sur cet interlude et distille les informations au compte-gouttes durant ces deux premiers épisodes. Mais cela lui permet de poser aussi des règles à l’univers en répondant à des questions qui restaient en suspend. En vrac, Victor qui grandit, la ville qui semble « fermée », l’inondation qui a lieu en fin de saison 1 et qui fait parti intégrante de la saison 2…Oui, il y a des réponses.

 

Les personnages

Qui dit nouvelle saison dit aussi nouveaux personnages. Il sera beaucoup question d’un certain Berg, qui prend le relais de l’enquête. Sa présence mystérieuse qui nous amène à faire une découverte très étonnante à la fin de l’épisode 2 ne manquera pas d’engendrer chez les fans de nombreuses interrogations. On découvre également Milan interprété par un acteur que j’admire, Michael Abiteboul, vu récemment dans Le Bureau des Légendes. Son arrivée est une révélation pour un personnage déjà connu… mais je ne vais pas vous en dire plus.

Ces nouveaux personnages, c’est peut-être le plus gros point de satisfaction que j’ai ressenti en visionnant ces deux épisodes. Leurs intégrations à l’histoire et auprès de ceux qui existaient déjà est souvent maligne et parfois très étonnantes. Ils apportent aussi une nouvelle tessiture aux relations : alors que la saison 1 se concentrait sur les conflits en réaction aux revenants, cette fois-ci, ils apportent du conflit post-revenants acceptant leur condition. Paradoxalement puisque l’on parle de mort-vivant, cela rend l’ensemble au final un peu plus humain.

Parmi ces nouveaux personnages se cachent également des nouveaux revenants. « Hein ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? » Oui, pour faire simple, une nouvelle vague de revenants a lieu. Dès le début de la saison. C’est même le point d’entrée. Et chaque épisode semble à nouveau porter le nom d’un nouveau revenant. Mais comme les auteurs ne semblent pas traiter ces retours de la même manière qu’en saison 1, cette nouvelle vague semble presque anecdotique en ce début de saison 2… bien qu’elle permette, par ailleurs, de répondre à l’un des grands mystères de la série. En tout cas partiellement. Je ne vous en dis pas plus.

 

Le visuel

Les Revenants avait frappé d’emblée les téléspectateurs par ses qualités esthétiques. Qui ne se rappelle pas, par exemple, du panoramique du pilote mettant en scène le tout premier flashback, dans la maison de Camille et Léna ? C’est peut-être ce qui me déçoit le plus pour cette saison 2. La série m’a semblé moins audacieuse et plus académique dans son travail dans l’espace. J’ai pas envie de pousser le bouchon trop loin mais ça m’a un peu rappelé l’immobilisme du remake US qui se contentait de fondus enchaînés et puis c’est tout.

Ceci dit, je tiens tout de même à relever la présence de certains plans fixes (ou quasiment fixes) finement travaillés qui se détachent du lot. Mais l’effet « wow » est moins présent. Fabrice Gobert semblait embêté de ne pas avoir pu nous montrer l’épisode 3 : peut-être qu’il faut s’attendre à davantage de matière sur ce terrain dans la suite de la saison. J’ajouterai cependant que tous les rendus d’effets spéciaux sont parfaitement intégrés. Le travail de ce point de vue est remarquable et on y croit totalement. D’autant qu’avec tous les plans mettant en image l’inondation, la somme de travail devait être bien plus importante qu’en saison 1.

 

Mitigé, c’est l’impression qui me reste en bouche après avoir goûté à ces premiers épisodes de la saison 2. Mitigé mais pas fataliste non plus à la réflexion, parce que les enjeux s’affinent et se clarifient dès l’épisode 2 (une scène pourrait presque évoquer Lost en terme de What the Fuck). Si les auteurs ne parviennent pas à reproduire l’état de transe que j’avais ressenti en visionnant la saison 1, on s’attend clairement à ce que les épisodes suivants montent en gamme. Ce jugement n’est évidemment pas définitif et ne compte que pour les deux premiers épisodes, je le rappelle.

Catégories : Critique · Drama · Série française