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Série Series : Débats et des hauts

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Pardonnez-moi ce mauvais jeu de mot. Hier, je me suis rendu à Fontainebleau où se tient la 4ème édition du festival Série Series. Et en l’occurrence, hier, c’était aussi la Journée de la Création TV qui est hébergée durant le festival. Cette journée s’articulait autour de différentes interventions et de débats auxquels j’ai pu assister. Transparence, sujet de société, réglementation : Trois thèmes qui promettaient quelques échauffourées. Mais surtout l’émergence possible d’une réflexion.

 

La transparence

Le premier thème de la journée était consacré à celui de la transparence. Ce sujet concerne évidemment les professionnels mais aussi le public. Il suffit de jeter un œil sur les conditions de nomination de la présidence de France Télévisions pour admettre qu’une réflexion doit être menée. Peut-être plus sur le service public qu’ailleurs, d’ailleurs.

Et en l’occurrence, c’est l’un des défauts principaux du débat qui s’est tenu sur le sujet. Car celui-ci s’est concentré sur les relations interprofessionnelles entre les différents corps de métiers pour qui cette transparence va s’imposer. Producteurs, diffuseurs, auteurs et réalisateurs…  Autour du CNC et à la demande du ministère de la Culture, des discussions sont actuellement menées afin de définir un nouveau cadre destiné à faire émerger des pratiques moins opaques.

Enfin, opaques… Selon la plupart des intervenants, il n’en était rien. Tour à tour, Irad Sachs (Syndicat des Producteurs Indépendants), Sophie Deschamps (SACD), Stéphane Le Bars (USPA) et Luc-Martin Gousset (Procirep) ont systématiquement expliqué que leurs pratiques transpiraient de transparence. Et qu’il n’avaient rien à se reprocher. C’était donc forcément un peu compliqué d’entamer la question sur le fond, chacun défendant sa chapelle sans s’aventurer à une réflexion plus large.

Mais qu’appelle-t-on « transparence » entre ces différents corps de métier ? L’essentiel du nœud se trouve dans la relation diffuseur-producteur. Les premiers réclament une lisibilité plus nette de la répartition des dépenses lors de la création d’une œuvre ; les seconds réclament plus de clarté dans la commande d’œuvres. En ce sens, une plateforme Internet avait été promise par France Télévisions de façon à faciliter l’accès, pour les producteurs, aux besoins des chaînes du service public. Cette plateforme n’a toujours pas vu le jour.

Pour le coup, le représentant de France Télévisions, Christian Vion, directeur général adjoint en charge de la production, est le seul à avoir fait amende honorable sur la thématique de cette table ronde. Après avoir lancé des audits de production qui n’ont rien révélé d’anormal, France Télévisions a lancé des audits d’exploitation. « Nous nous sommes aperçus que les recettes n’étaient pas déclarées, que les charges déductibles qui étaient déduites étaient exagérées, et qu’on avait de vrais problèmes. » Voilà un terrain sur lequel il faudra travailler.

Enfin, même chose plus ou moins du côté de la Guilde des Scénaristes, représentée par Anne Rambach, laquelle reconnaît que les auteurs ne sont pas à exempter de tout reproches. Mais elle réclame surtout une transparence sur les chiffres consacrés à l’écriture. En ce sens, elle défend l’idée que toute œuvre s’appuie sur l’initiative d’un créateur – qu’il soit au courant des dépenses liées à l’écriture lui parait donc indispensables.

J’en viens à la conclusion sur ce débat : à aucun moment ne s’est posée la question du lien du public avec ces œuvres, et de l’outil de contrôle démocratique que la transparence est censée incarner. Qu’il s’agisse du citoyen pour le service public, des actionnaires pour les chaînes privées et des abonnés pour les chaînes payantes. Cela pose à nouveau ce problème qui n’a rien de récent : il serait vraiment nécessaire que les corps professionnels de la télévision française interagissent un peu plus avec ceux qui font vivre cet écosystème. C’est-à-dire ceux qui regardent réellement la télévision. Peut-être manque-t-il au CSA une commission représentant, d’une manière ou d’une autre, les téléspectateurs ? A méditer…

 

La diversité

Heureusement, le débat suivant promettait d’être beaucoup plus concernant pour le téléspectateur que je suis. Il y était question de diversité. Et en l’occurrence, le public s’y est bien plus exprimé. Un sujet, en particulier, a retenu l’attention du débat : la question des comédiens issus des minorités.

« Il ne faut pas non plus se leurrer. Au niveau du casting, c’est très compliqué parce qu’il n’y a pas assez de comédiens des minorités » a affirmé Laurence Bachman qui dirige Barjac Productions. Au-delà de la pertinence de son diagnostic, contesté par de nombreuses personnes dans la salle après son intervention, elle a émis deux hypothèses intéressantes qui ne doivent pas être exclues de facto : « Est-ce que tout le monde a accès aux écoles de comédiens ? Est-ce que tout le monde peut ? Là, je ne sais pas. » Avant d’ajouter : « Le format de 26 minutes permet de raconter la société, et par le rire, et par l’apprentissage ou l’émotion. »

Car c’est là, à mon sens, tout l’enjeu du problème, qui peut se décliner sous deux formes. Il existe une problématique sociale et culturelle qu’on ne peut nier. Professionnellement, nous sommes bien blancs (et je m’inclus dans le lot). Dans les hiérarchies au sein des chaînes, c’est la même chose. Mais la question n’est pas qu’une question de couleurs, c’est une question de diversité des personnalités et des envies artistiques.

L’uniformisation des programmes, décidée en haut lieu (à la direction des chaînes) mais aussi devant notre écran lorsque nous sommes de simples téléspectateurs, c’est une affaire de tous. Moins l’on souhaite travailler en collaboration avec la différence de l’Autre, plus on se complaît dans un système confortable se voulant fédérateur mais qui finit en réalité par être excluant. Pour l’occasion, je voudrai citer Marie-France Malonga, sociologue des médias, présente lors de la table ronde :

« Ma couleur de peau peut laisser supposer que j’ai une différence culturelle, et je n’en ai pas. On est constamment en train de me demander quel est le meilleur plat au Congo. Je ne connais pas. Il y a toujours une tendance à vouloir mettre une différence. Je ne dis pas que les différences n’existent pas. Ça fait parti de la vie. Mais toutes les personnes qui ont une différence visible ou ensuite perceptibles ne sont pas différentes en soi. »

J’ai eu souvent l’occasion de décrypter le sujet mais sous un autre angle : celui de la diversité des programmes. Pas parce que la diversité ethnique, sociale, religieuse ou régionale n’a aucune importance mais parce qu’à mon sens, pour faire une place à cette diversité, elle ne peut naître qu’à l’aide d’ouvertures concrètes et pragmatiques dans la grille des programmes de chaque chaîne. Selon moi, si ces cases n’existent pas, tous les scénaristes du monde issus des minorités ne pourront rien y faire.

Pour cela, j’avais apporté l’hypothèse d’une grande augmentation du volume de production, contraint par la réglementation comme c’est le cas au Royaume-Uni. Cette question n’a toujours pas été soulevée dans le débat public. Résultat : tout le monde compte sur une auto-régulation… qui met bien du temps à s’écrire. Effectivement, au fil des générations, c’est ce qui arrivera mais en attendant, nous créons sciemment, par notre inactivité, le fossé entre des générations dirigeantes qui ne sont pas sensibles à ces questions et un public jeune qui se détourne de la télévision, peu importe son origine ou sa classe sociale.

 

Le big bang de l’audiovisuel

Enfin, dernier débat, celui d’une réflexion beaucoup plus large, à l’échelle mondialisée, de l’audiovisuel. Je dois vous avouer ne pas avoir pris beaucoup de notes durant ce débat. La principale raison, c’était la chaleur. Heureusement, comme tous les débats sont accessibles en vidéo, vous pourrez vous rattraper si vous le souhaitez. D’autant que c’était peut-être le débat le plus violent des trois.

Le principal facteur de ces échauffourées tient en une personne : Pascal Rogard, directeur général de la SACD. Connu pour ses provocations sur le sujet du droit d’auteur qu’il défend bec et ongles, il a été à la hauteur de sa réputation. En face de lui, son punching-ball favori se nommait Julia Reda, femme politique allemande membre du Parti Pirate qui a été chargée de faire des propositions pour harmoniser le droit d’auteur en Europe.

Il en est ressorti d’un côté un conservatisme de plaisantin et légèrement paternaliste (la manière dont Pascal Rogard s’adressait à Julia Reda a même choqué Guy Lagache qui animait le débat…) et de l’autre une grande méchante dont la simple prise de parole était l’expression du mal absolu. Pourtant, Julia Reda apporte des propositions qui méritent d’être envisagées, comme la réduction du droit d’auteur de 70 ans à 50 ans pour les héritiers et le renforcement du droit pour l’auteur au détriment du droit des héritiers. Mais ça, Pascal Rogard n’en veut pas, on l’a compris.

Le débat s’est également crispé autour des propositions du rapport Montaigne que je m’étais fait un plaisir de décrypter sur Dimension Séries lors de sa publication. Thierry Jadot, l’un des signataires du rapport était présent et est devenu le second punching-ball de Pascal Rogard. L’une des propositions du rapport préconise d’ouvrir les aides du CNC aux émissions dites de « flux », donc les divertissements.

Cette proposition n’est probablement pas bonne mais le rapport a le bon goût de souligner l’incapacité de la télévision française à être performante sur ce type de programmes. Tout le monde s’est donc contenté de contester la proposition sans apporter des idées qu’ils auraient juger plus équilibrées. Dommage d’avoir loupé cette occasion ! Surtout qu’il y avait moyen de montrer les incohérences du rapport Montaigne.

Thierry Jadot a ainsi pris la BBC en exemple à plusieurs reprises. Et il a raison : pourquoi ne devrait-on pas nous inspirer des meilleurs ? Sauf qu’il oublie de mettre en avant ce qui fait la force de la télévision britannique, et donc de la BBC : SES CONTRAINTES RÉGLEMENTAIRES. Je le répète, quitte à paraître complètement timbré.. Si la BBC et ses concurrentes privées produisent autant de programmes originaux, c’est parce qu’elles en ont l’obligation ! Et évidemment, le rapport Montaigne ne se prononce à aucun moment sur le renforcement de la réglementation française… d’où l’idée, qui n’est certainement pas fausse, que ce rapport s’appuie sur des bons exemples mais en tire les mauvais enseignements.

Bon, à la place de cette réflexion, on a eu le droit au beuglement amusant mais tout de même un peu limité d’un Pascal Rogard dans une forme olympique. Okay, j’avoue, il m’a quand même fait rire.

 

Dans tous les cas, ces débats ont le mérite d’exister car ils montrent actuellement les questionnements qui ont réellement lieu au sein du secteur de la création d’œuvres audiovisuelles, et en particulier celui de la fiction et des séries.

J’admets par ailleurs ne pas avoir eu le temps de découvrir les séries présentées par le festival. J’espère pouvoir me rattraper plus tard. Si ça vous intéresse, je me suis lancé dans l’écriture de séries. Je vous tiens au courant de l’avancée des choses – d’autant que cette nouvelle expérience enrichissante vient nourrir le travail journalistique que j’essaie de produire.

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