1992, disparue, station horizon

Séries Mania 6 : 1992, Disparue, Station Horizon

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Et on continue notre moisson de visionnage de séries par une création italienne, 1992, explorant son Histoire. Suit une production helvétique, Station Horizon, qui va pomper votre énergie… et terminons par le dernier polar mystérieux de France 2, Disparue.

 

1992 (Sky Italia)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. En février 1992, l’arrestation d’un politicien milanais marque le début d’une enquête judiciaire de grande envergure : l’opération « Mains propres ». 1992 retrace cet événement majeur qui ébranla durablement la sphère politique et la société italiennes.

Cette série politique italienne figure parmi le peloton de tête des séries présentées à cette édition de Séries Mania. Plusieurs choses ont retenu mon attention : la qualité intrinsèque de la production, qu’elle soit visuelle ou sonore ; l’interprétation toujours soignée des acteurs qui incarnent leurs personnages sans qu’il n’y ait le moindre doute possible quant à leur implication ; et un sujet original, celui d’une corruption mondialisée. Devant 1992, où l’on retrouvera un certain Silvio Berlusconi, l’air semble empli d’une atmosphère mélancolique qui est à deux doigts de basculer, à l’image de ses morceaux musicaux très pêchus qui rythment généralement les fins d’épisodes. Plus généralement, cette série s’inscrit une tendance qu’il est possible d’identifier lors de cette saison de Séries Mania : plusieurs séries étrangères explorent ainsi l’histoire ou les spécificités de leurs pays et parviennent à en extraire un thème universel. La montée des extrêmes en Suède (Blue Eyes) qui correspond à une tendance européenne ; le développement de la corruption en Italie (1992 donc…) qui fait écho à la défiance de plus en plus grande du politique ; le rapport qu’entretient le Royaume-Uni avec l’Inde (Indian Summers), abordant sans détour les questions du racisme et du colonialisme.

Créée par Stefano Accorsi, Alessandro Fabbri, Ludovica Rampoldi et Stefano Sardo. Diffusion des 10 épisodes entre le 24 mars et le 21 avril 2015.

 

Station Horizon (RTS)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. Quelque part dans les montagnes suisses, il y a Horizonville, et à Horizonville il y a la station-service des Fragnière. C’est ici que Joris, tout juste sorti de prison, va se retrouver confronté à son propre passé et à l’avenir de la station familiale, menacée par la société moderne.

Techniquement, la série suisse de la RTS n’est pas à la ramasse. Elle est même plutôt léchée et les paysages sont superbement mis en valeur. Mais ça se saurait si on attendait d’une série une simple description touristique ! Du coup, côté scénario, c’est là que ça ne suit pas vraiment. Dans l’épisode 2 par exemple, toute une partie de l’histoire consiste à découvrir qui « tient la culotte » au sein d’un foyer. L’ensemble de ces deux premiers épisodes vus est constitué de répliques assez bas du front du type : « Tu peux pas parler de ta moman comme ça. On n’en a qu’une dans la vie. » C’est l’un des gros problèmes de Station Horizon. Alors qu’elle ne raconte déjà pas grand chose d’intéressant, c’est-à-dire la relation de deux frères qui semblent être aussi frères que Black M et moi, la série aligne des personnages masculins insupportables pour ne pas dire tous machos. Du côté des nanas, c’est un peu mieux mais ça ne vole pas très haut non plus. Jessy n’a pas l’air d’être particulièrement traumatisée lorsqu’elle se fait plus ou moins kidnapper par un mec, lequel a clairement envie de se la faire. Les auteurs n’ont heureusement pas poussé le vice jusqu’au viol. Mais le flegmatisme de Jessy devant cette aventure super amusante m’a légèrement étonné. Je suis passé à côté de l’ensemble des relations tissées dans la série. Peut-être est-ce du à l’interprétation de certains acteurs mais je crois que c’est aussi du en grande partie à l’écriture. En fait, l’enjeu initial de la sortie de prison est traité au travers d’un conflit familial dont le niveau de maturité serait celui d’un programme court de TF1… et non d’un point de vue sociétal. Aucun enjeu ne semble donc vraiment pesant. En fait, dès la 3ème séquence du premier épisode, on sent les auteurs déjà jouer la montre. On ne ressent aucune vitalité créatrice mais une sorte d’indifférence générale à l’égard de l’univers. Par exemple, pour caractériser Joris, le personnage principal, une grosse brute sortant de prison (et qui, on imagine, va se révéler un cœur tendre…), il se rend dans un garage pour démarrer un sidecar. Le garagiste lui fait une remarque et Joris l’envoie chier sans aucune espèce de raison. Cette scène est à l’image de la série : de nombreux conflits présents sur ces deux épisodes sont montés de toute pièce, soulignés, alors même qu’ils ne paraissent pas justifiés. Bref, la série est superficielle et cette critique est super trop longue.

Créée par Pierre-Adrian Irlé et Romain Graf. Diffusion des 7 épisodes du 28 février au 11 avril 2015.

 

Disparue (France 2)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. Lyon, Fête de la musique. Léa, tout juste dix-sept ans, et sa cousine Chris sont de sortie. Mais au petit matin, Léa n’est toujours pas rentrée. Sa famille s’inquiète.

Diffusée mercredi soir sur France 2, Disparue est une nouvelle création dans la veine de Broadchurch. Petite précision : il s’agit d’un remake d’une série espagnole de 2007, Desaparecida. D’après les précisions de ladyteruki, il s’agit même d’une adaptation libre. Selon elle, les auteurs auraient ainsi modifié de nombreux détails… y compris dans la manière de mettre en scène la disparition de Léa. Dans la version espagnole, après avoir quitté ses parents, on ne revoyait plus la disparue alors que c’est le cas dans la série française, le tout étant surligné de ralentis un peu honteusement moches. Sans même savoir que les auteurs avaient procédé à cette modification, j’avais écrit dans mes notes que cette manière d’introduire la disparition de Léa était étonnante. Généralement, cet « après » est rarement montré car c’est une partie du mystère que les scénaristes cherchent à préserver pour pouvoir remplir les trous petit à petit, au fil de l’enquête. De son côté, l’interprétation des acteurs est inégale. Alix Poisson, qui incarne une poésie génialement inquiète, surclasse tout le monde. Elle prouve qu’elle est une des meilleures actrices françaises à ce jour, capable d’alterner le drame et la comédie avec une terrifiante facilité. De son côté, François-Xavier Demaison, qui récupère le rôle du flic, est un peu plus à la peine. L’écriture de son personnage ne l’aide pas non plus, avec des répliques du type « Eh bah raison de plus pour commencer tout de suite« . Il souffre également d’une description un peu triviale des forces de l’ordre l’entourant. Pour résumer, ils sont un peu fainéants. On voit notamment l’un d’eux jouer aux cartes juste avant que son chef n’arrive… On a vu plus constructif comme point de vue. La mauvaise habitude de ces séries, comme Broadchurch, qui balancent des fausses pistes sur la base d’un comportement ostensiblement coupable d’un personnage est présente. Ici, c’est le cas du Père. Et comme vous comprenez rapidement que vous êtes en train de regarder une intrigue qui ne sert qu’à gagner du temps, c’est assez frustrant… ! Dans l’ensemble, Disparue reste ceci dit assez émouvante même si le sentiment général de désespérance, qui est plutôt bien retranscrit par ailleurs (1), est parasité par la construction des personnages de la police. On notera d’ailleurs que l’équipière du commandant Molina semble davantage servir à révéler le renouvellement des t-shirt à décolletés des costumiers qu’autre chose. Nous verrons bien si son rôle prend de l’importance sur les épisodes suivants.

Créée par Catherine Touzet et Marie Deshaires. Diffusion des 8 épisodes du 22 avril au 13 mai 2015.

 

(1) Ayant connu récemment un épisode, plus court, d’une disparition, j’aurais aimé que le sentiment d’impuissance que ressentent les personnages soit développé peut-être plus finement. Faire un jogging uniquement pour montrer la vue d’hélicoptère d’un pont, je ne suis pas complètement convaincu…

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