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Fortitude, dégel glaçant

Fortitude

Les séries du grand Nord continuent de nous faire de l’œil. La dernière en date qui a retenu mon attention ne provient pas du Danemark ni de la Suède mais du Royaume-Uni. Intitulée Fortitude, elle nous plonge dans le froid polaire de Svalbard, un territoire 7 fois plus grand que la Corse situé au nord de la Norvège en plein milieu de l’océan à 500 petits kilomètres du Groenland.

L’histoire. Dans la petite ville de Fortitude, où cherche à vivre un petit millier d’habitants, le temps est glacial mais la température monte. Charlie Stoddart, biologiste en chef, est retrouvé mort dans sa maison, éviscéré. Habitués à une tranquillité assurée, les habitants de Fortitude doutent et leurs certitudes vacillent.

Il était une fois un pilote d’1h30 qui semble très classique. Une petite communauté, que l’on nous présente au travers de différents personnages de manière assez équilibrée, semble se la couler douce.

Un village familial…

Il y a d’abord le gouverneur, une femme dont vous connaissez peut-être les traits puisqu’il s’agit de Sofie Gråbøl, l’interprète de Sarah Lund dans The Killing. Sa particularité, c’est de devoir à la fois assumer la gestion des préoccupations des habitants en tant que représentante de l’État, et en même temps accompagner le projet d’un hôtel glacier de grande envergure qui pourrait incarner une source d’indépendance économique pour sa petite bourgade.

On trouve également la famille Sutter qui est un peu perturbée par la maladie de leur enfant, mais pas encore par la relation extra-conjugale qu’entretient le père, Franck, avec l’employée d’un hôtel, Elena. N’oublions pas Dan, le policier vivant seul et rendant visite à un vieil homme mystérieux. L’équipe scientifique n’est pas non plus à exclure et ses jeunes personnages vont être amenés à gagner en importance au fil des épisodes. Et c’est sans compter sur les électrons libre, comme un Russe et son associés qui agissent sur la base de motivations encore incertaines ou bien le duo de mineurs qui tombent sur un os.

Et ce n’est pas qu’une image. Vous avez certainement entendu parler du « permafrost » (pergélisol en français, désignant un sol qui ne dégèle jamais) ces derniers temps suite à la découverte de gigantesques cratères en Sibérie ? Avec le réchauffement climatique, ce pergélisol fond petit à petit et libère ce qui a été emprisonné depuis des milliers d’années. Notre duo de mineurs, par hasard, tombent sur une carcasse de Mammouth en pleine décongélation. Et ce que cette carcasse contenait, ils vont en devenir les ambassadeurs sans vraiment s’en rendre compte.

… et des menaces fantastiques

Je m’arrêterais là sur le contenu même de la série, préférant vous laisser intact des surprises que le récit s’amuse à semer de temps à autre. Mais on imagine très vite que cette découverte peut-être liée à la mort du professeur. Comment ? On n’en a ceci dit aucune idée, tout comme les personnages d’ailleurs. En compagnie et des scientifiques, et des policiers, et des civils également, le téléspectateur va donc être amené à recoudre le fil du récit qui s’est rompu dans l’obscurité.

Chorale et très classique, Fortitude ne nous épargne pas pour autant d’une petite dose d’excentricité que je ne peux, en plus, me permettre de vous révéler. Un changement radical est opéré au milieu de la saison (fin de l’épisode 7) si bien que la série change presque de genre et peut laisser le téléspectateur, de ce fait, dans l’expectative. Cette transformation permet de rehausser davantage l’intérêt à l’égard des intrigues qui reçoivent par incidence un sacré coup de fouet. Elle permet en outre d’apporter une finesse dans les motivations de certains personnages pour qui elles laissaient encore à désirer.

Ceci dit, ce sentiment ne s’est pas complètement estompé à la fin de la saison, en particulier pour tous les personnages qui se comportent systématiquement comme des coupables afin de prouver avec un peu trop d’insistance leur innocence. Toute la difficulté, et quand c’est bien fait, ça ne se voit pas, est de conserver une part d’incertitude quand à leur culpabilité. Ce n’est pas le cas pour ces personnages-là, et ce n’est pas non plus l’enjeu qui les concerne en vérité. Il s’agit, comme d’autres séries qui ont usé de ces abus (on pense à la saison 1 de Broadchurch notamment qui en était remplie), de ficelles scénaristiques qui, lorsqu’elles sont surlignées au marqueur, deviennent un poil irritantes.

C’est bien là le seul défaut que je peux émettre à l’égard de Fortitude. Il révèle ainsi, d’autant plus, toutes ses qualités. Sa justesse d’interprétation, son découpage scénaristique, ses mystères sans artifices, ses personnages exquis comme le flic anglais qui vient donner un coup de pied dans la fourmilière et qui débarque dès la deuxième moitié du pilote… Fortitude est une fresque gelée en train de fondre. Elle y dévoile, petit à petit, la finesse de ses détails.

Si vous aimez les séries chorales qui ne soient pas insensibles à l’humanité de leurs personnages, si vous aimez un fil rouge policier mystérieux qui s’entremêle avec la vie de la cité, si vous aimez les grandes étendues blanches qui cachent des trésors interdits, Fortitude devrait probablement vous intéresser. Belle et surprenante.

Créée par Simon Donald. 12 épisodes diffusés sur Sky Atlantic entre le 29 janvier et le 2 avril 2015. Une saison 2 vient tout juste d’être commandée.

 

Note : Le final est un peu décevant mais laisse entrevoir une saison 2 qui vient tout juste d’être commandée.

Catégories : Drama · Série anglaise