françois-david cardonnel, ocs, parodie, templeton

Templeton, western gaulois

Templeton

A partir du 23 mars, OCS proposera une nouvelle création française. Intitulée Templeton, menée tambour battant par un certain François-David Cardonnel que l’on a connu notamment en vainqueur de la saison 6 de Koh-Lanta (sisi!), elle plongera le téléspectateur dans le monde sans pitié du western. Enfin, presque.

L’histoire. Jack, Cole et Butch sont les frères Templeton. Dans la petite bourgade nommée Two Rivers, ils y dessinent les contours de leur prochain casse. Leur cible ? Une diligence contenant une montagne de fric. Mais ce n’est pas joué d’avance…

Et forcément que ce n’est pas joué. Car Templeton est une comédie. Un truc devant lequel on devrait se rouler par terre tellement on est scié par les contractions de nos zygomatiques et de nos abdominaux. Okay, je schématise un peu grossièrement le bordel. N’empêche qu’il y a une part de vrai : ne pas rire devant une comédie, c’est toujours un peu gênant. Un peu comme devant Unbreakable Kimmy Schmidt par exemple.

Et dans le cas de Templeton ? Doucement, doucement, pas si vite. Rappelons le contexte qui a son importance. Depuis quelques années, OCS s’est frayée un chemin dans le monde peu diversifié de la création télévisuelle française. Et sa stratégie a été déconcertante pour les habitués d’un PAF monochrome puisqu’ils ont décidé de ne pas faire comme les autres. Ils ont décidé de faire de la comédie. En 26 minutes. Fauchée. Mais ambitieuse. Quadruplement-LOL, ne trouvez-vous pas ?

Et puis la chaîne a procédé à divers essais. Jusqu’à la première claque, QI (2012), puis la seconde, Lazy Company (2013). Maintenant, il paraitrait désormais présomptueux de penser qu’OCS ne compte plus. Malgré différents échecs, elle a très clairement favorisé le dépoussiérage d’un format qu’on pensait banni à jamais de la télévision française. Templeton inscrit son chemin dans celui de sa chaîne.

Un ton léger…

Beau mais hautain. Il en existerait des tas d’autres mais ces deux qualificatifs définissent plutôt correctement le caractère de Jack Templeton, héros de la série interprété par François-David Cardonnel.  Beau, hautain… mais aussi lâche et narcissique. Il semble autant intéressé par la courbure parfaite de sa moustache que celles de Lisbeth, la fille du maire de Two Rivers qu’il souhaiterait conquérir.

Mais dans conquête, s’il y a “quête”, il y a surtout “con”. Jack est un abruti comme, probablement, 90% du bestiaire présent dans la série. D’ailleurs, le cadre même de la production (le tout a été tourné en Alsace pour rappel) semble être source de détournement. Une pancarte Saloon, des bruits de bottines, une paire de nichons bien mise en évidence, la musique de banjo qui sert de transitions aux scènes et puis des flingues, forcément. Tout est là, parfaitement à sa place, comme dans n’importe quel western (1)… à l’exception des arbres qui entourent cette petite bourgade. On entendrait presque les moineaux voleter. L’image du désert américain sans verdure rempli de vautours en prend pour son grade. Bienvenue chez les scouts !

C’est l’état d’esprit qui irrigue cette série. Tout comme Lazy Company qui moquait les accents et l’impérialisme américain, Templeton réduit à néant la fascination que peut exercer sur nous un duel dans Le Bon, La Brute et le Truand. Tout devient matière à dérision. De l’agilité du héros qui fait tournoyer son revolver à une vitesse incroyable sans être capable de toucher une bouteille de verre à 5 mètres, aux répliques qui font mouche du type : “T’as vu un iroquois dans mon nez ?” Bref, Templeton, c’est quand même assez marrant.

L’ensemble du casting est d’ailleurs extrêmement convaincant. Certes, François-David a le beau rôle du clown incompétent mais il semble l’interpréter avec une rythmique parfaitement naturelle. Grimaces, vannes, jeux de regard, silences, toute la panoplie y passe. Rien à dire de ce côté même si l’on croirait parfois presque assister à l’abécédaire du Comique Pour Les Nuls. On sent en tout cas les acteurs très à l’aise dans leurs baskets.

… pour de légers enjeux

Mais il n’y a pas que des bonnes choses à dire sur Templeton. Car si l’ensemble fait un tout, c’est un tout qui fait un peu toc. Au-delà des divers gags qui agrémentent la vie de nos personnages, on ne retient tout de même pas grand-chose d’humain. Peut-être que cela vient de l’uniformité de l’humour pratiqué. Chaque personnage semble ainsi se comporter tout le temps de la même façon, avec tout de même de légères nuances s’il est gentil ou méchant. Les aventures des rôles secondaires ne sont pas passionnantes.

En fait, les enjeux sont assez faibles mais c’est aussi le risque d’un traitement parodique. En prenant tout à la légère, difficile ensuite de provoquer un attachement un peu moins artificiel. Les Templeton y plongent têtes baissées sans y prendre garde.

Autre petit raté, stratégiquement un peu plus difficile à assumer mais qui est lié à cette critique précédente, c’est la séquence pré-générique qui alimente les cinq premiers épisodes. Justement, c’est elle qui installe un enjeu un peu plus grave au début de la saison. Mais les auteurs échouent à la décliner de manière surprenante, si bien qu’elle devient, dès la deuxième fois, un supplice qui bien heureusement prend fin assez rapidement.

Que reste-t-il de la série ? Malgré ces gros défauts qui pourront rebuter une partie du public, Templeton réussit là où France Kbek, autre création d’OCS, avait loupé le coche. On a finalement envie de découvrir le fin mot de l’histoire et si tout parait un poil léger, c’est une légèreté cohérente que la série nous propose. A voir et à rire.

Créée par Pierre Cardonnel, François-David Cardonnel, Jonathan Cardonnel, écrite avec le soutien de Daive Cohen. 10 épisodes diffusés sur OCS City à 22h30 à partir du 23 mars.

 

(1) J’insiste vraiment sur la qualité à reproduire un imaginaire de manière aussi fidèle comme le western avec si peu de moyens. C’est franchement enthousiasmant.

Catégories : Comédie · Critique · Série française