chefs, critique, man in the high castle, man seeking woman, olive kitteridge, replay, togetherness

Replay : Chefs, Le Maître du Haut Château…

ReplayChefs

Toujours beaucoup de séries à voir et à rattraper. Quoiqu’en dise Aymeric Caron (cf. 38’40), ce n’est pas une activité intellectuellement forcément simple et reposante ! Cette semaine, je fais donc mon retard sur l’un des succès de 2014, je me plonge dans les méandres d’une Histoire revisitée, je me délecte de plats que l’on ne voit pas et je m’interroge de la pertinence des aventures d’un trentenaire en manque d’amour et de quarantenaires en pleines crises existentielles.

 

Olive Kitteridge (HBO)

Épisodes vus : 4 / 4 diffusés

L’histoire. Olive Kitteridge est une femme acariâtre dont l’existence semble conditionnée par son incapacité à se voir vieillir. Et elle ne se prive pas pour le faire ressentir à tous ses proches.

Diffusée en novembre aux États-Unis, adaptée d’un roman, cette mini-série d’HBO a remporté un grand succès d’estime, notamment lors de sa projection, hors compétition, au festival du film de Venise. La qualité indéniable de cette série est de présenter un personnage féminin extrêmement violent psychologiquement, et qu’incarne Frances McDormand à la perfection. Mais son principal défaut, c’est d’être incapable d’apporter de la matière et du fond sur la longueur à ces personnages si bien qu’à la fin des 4 épisodes, rien ne me reste en bouche si ce n’est la fascination que j’ai pour la performance d’actrice du rôle principal (et de certains autres personnages également). Pour résumer Olive Kitteridge : c’est l’histoire d’une femme aigrie, insupportable et qui fait preuve d’une lucidité cruelle sur la vie. Au-delà de ce petit numéro qui nous rappellerait presque Maggie Smith dans Downton Abbey, je garde un sentiment mitigé à l’égard du développement des personnages dans leur globalité, notamment à causes d’ellipses qui s’attachent à nous enlever tous les moments où on aurait pu les voir évoluer – et à travers des intrigues mettant en scène des personnages qui disparaissent quasiment dans les épisodes suivants. Si l’on a bien une idée des raisons du caractère d’Olive Kitteridge, qui reste la principale raison d’existence de la série, ce qui est suggéré ou dit dans le récit ne suffit jamais vraiment à le justifier. Et cette chronique de la vieillesse d’une famille qui se détériore finit par être très confuse dans son propos malgré de jolis moments d’émotion.

Créée par Jane Anderson, adaptée du roman du même nom de Elizabeth Strout. 4 épisodes diffusés les 2 et 3 novembre 2014. Diffusée en France sur OCS.

 

Chefs (France 2)

Épisodes vus : 4 / 4 diffusés

L’histoire. Le chef du restaurant Le Paris fait appel à Romain, un délinquant en probation qui sort tout juste de prison.

Il a fallu attendre 2015 pour que la télévision française daigne créer une série autour de la gastronomie. Et c’est bien ? Moyen en fait. Mais attardons-nous sur les choses positives. Déjà, techniquement, c’est bon et largement au niveau de la production anglo-saxonne. Mine de rien, ça compte quand, la plupart du temps, on change de chaîne parce qu’une série récente ressemble à une production des années 90. Sur le plan artistique, le bilan n’est lui pas entièrement convaincant. L’interprétation est globalement correcte, pour ne pas dire exceptionnelle dans le cas de Robin Renucci ou Anne Charrier. Le premier dispose d’un rôle sans intérêt mais il se transforme d’une façon incroyable ; la seconde incarne toute l’ambivalence de la série et est, en cela, doublement intéressante. La série oscille en permanence entre la comédie et le drame sans vouloir vraiment choisir. Pari osé car le dosage doit être réglé au millimètre pour qu’il semble naturel. Anne Charrier parvient justement à rendre très fluide ce jonglage audacieux. Mais cette écriture qui semble lui aller comme un gant ne va pas à tous – et certains choix artistiques, comme la sur-dramatisation de scènes par une lumière ou une musique manquant de subtilité, ne sont pas d’une grande aide. Reste enfin l’élément central, les choix scénaristiques, qui conditionnent ce traitement un peu outrancier. Je suis resté hermétique à l’idée de projeter le monde de la cuisine dans celui de la drogue ; où il faudrait sortir tard la nuit, aller dans une ruelle sombre, donner rendez-vous à un indic on l’imagine en lui envoyant un message crypté, pour acheter de la truffe. En soi, l’histoire que nous propose Chefs, celle d’une relation familiale frustrée, est déjà d’une grande ambition. Mais si, en plus, ils nous rajoutent une couche conspirationniste – c’est le cas avec l’investisseur qu’interprète Robin Renucci et qui remet à flot financièrement Le Paris pour des raisons douteuses… -, on part un peu n’importe où. Pour donner un exemple concret : au début de Six Feet Under, référence assumée à maintes reprises, planait également une menace sur l’entreprise. Mais il n’était pas question de regards mystérieux et de phrases énigmatiques : c’était simplement un groupe, incarnation du capitalisme, qui voulait racheter Fishers & Sons. Dans Chefs, le traitement de cette menace emmènerait presque la série aux côtés du film Complots. Si elle n’est pas non plus prétentieuse, ce qui est déjà appréciable en soi, la série manque peut-être ainsi de simplicité scénaristique. D’ailleurs, tous ses passages ésotériques réussis sont ceux qui en font le moins (le rêve du Chef à l’hôpital, un mort qui parle à Romain)… et qui citent d’autant plus Six Feet Under, décidément. Dans un autre pays, il s’agirait d’une série de plus, mais il ne faut pas perdre de vue que Chefs est diffusée à la télévision française sur une chaîne du service public. La thématique est un petit événement, le traitement manque d’harmonie mais reste original et l’alchimie entre le Chef et le personnage d’Anne Charrier est assez réussie. C’est déjà un bon début.

Créée par Arnaud Malherbe et Marion Festraëts. Saison 1 de 6 épisodes diffusée entre le 11 et le 25 février.

 

Man Seeking Woman (FXX)

Épisodes vus : 5 / 6 diffusés

L’histoire. A 27 piges, Josh Greenberg se retrouve célibataire après avoir vécu 6 ans avec sa compagne. Il se retrouve en quête d’un nouvel amour.

C’est un peu difficile de qualifier cette série de comédie, ayant assez rarement ri en découvrant ses épisodes. Je conviens que ce commentaire est peut-être un peu déplaisant pour la chaîne qui la diffuse, FXX, spécialisée justement dans ce genre. La particularité de Man Seeking Woman est d’être complètement barrée. On y voit Adolf Hitler, un troll et un extra-terrestre qui a des gigantesques pénis à la place de ses tentacules. Les idées sont globalement bonnes en général mais l’humour que l’auteur en tire n’est jamais très efficace. J’ai réussi à identifier l’une des raisons : le caractère du personnage principal, qui se vit loser, le reste. C’est une victime, il est inactif, et il devient quasiment impossible de s’identifier à lui. On a connu des personnages plus régressifs que lui mais qui embarquaient une dimension véritablement humaine comme Don Danbury dans How Not To Live Your Life – qui reste pour moi la série modèle sur un gars entre 25-35 ans un peu paumé. Du coup, sous leurs apparences excentriques, les aventures de Josh paraissent régulièrement un peu fades comme si elles n’avaient pas grande importance.

Créée par Simon Rich, adaptée de son propre roman The Last Girlfriend on Earth. Saison 1 de 10 épisodes diffusée depuis le 14 janvier.

 

Togetherness (HBO)

Épisodes vus : 5 / 5 diffusés

L’histoire. En fin de trentaine, Brett et Michelle Pierson ont perdu l’envie de vivre ensemble. Dans leur tentative de raviver la flamme, ils viennent également en aide à Alex, meilleur ami de Brett, et Tina, la soeur de Michelle, qui vont se lier d’amitié.

La famille, décidément, est le maitre mot de cet article. Là encore, il y est question dans cette comédie douce-amère qui n’a de douceur que son amertume. En même temps, après 5 épisodes, je n’ai toujours pas compris ce qu’elle essayait de raconter de neuf. Excusez mon scepticisme. Enfin si, c’est un couple en crise qui se cherche et c’est un autre couple qui se cherche en faisant des crises. Bref, c’est un peu une histoire de couples qui se regardent le nombril. On est loin de la finesse et de l’intérêt dramatique de The Affair : ici, tout semble bien léger (entendez « vide ») malgré quelques moments et quelques idées qui sortent de l’ordinaire. J’aurais aimé pouvoir être plus spécifique mais rien ne m’inspire dans cette série. Ni intéressante, ni non plus très dérangeante. Quelconque, en fait, et pourtant je la regarde sans m’endormir. Bref, un sentiment légèrement paradoxal qui va devoir s’affiner d’ici la fin de la saison. Ah, oui, j’oubliais, j’adore Amanda Peet même maquillée n’importe comment.

Créée par Jay Duplass, Mark Duplass et Steve Zissis. Saison 1 de 8 épisodes diffusée depuis le 11 janvier. Une saison 2 est prévue. Diffusée en France sur OCS.

 

Man in the High Castle (Amazon)

Épisode vu : 1 / 1 diffusé

L’histoire. Les Américains n’ont pas remporté la seconde guerre mondiale, ce sont les Allemands. En 1962, après avoir assisté au meurtre de sa sœur, Juliania Crain remonte la piste d’une résistance qui croit à un dénouement différent. C’est aussi le cas de Joe Blake… mais attention aux apparences.

Le Maître du Haut Château est une uchronie imaginée par Philip K. Dick, écrivain américain rendu célèbre pour ses différents romans de science-fiction. Frank Spotnitz, un des scénaristes pilier de X-Files, tente de l’adapter sous la forme d’une série. Dans cette histoire, les États-Unis sont divisés en trois zones : la partie est dirigée par l’Allemagne nazie, la partie ouest dirigée par le Japon et une partie neutre qui fait tampon entre les deux. En 1962, Hitler est gravement malade et sa succession, promise à Goebbels ou Himmler, annonce une lutte de pouvoir qui pourrait déstabiliser cet ordre mondial un peu particulier. Mais dans ce monde à l’aube d’un grand changement, des films intrigants montrent un univers où l’empire nazi aurait en réalité perdu la guerre et personne n’y est insensible… Il faut noter que la série n’hésite pas à prendre des libertés vis-à-vis du récit original mais elle ne le trahit pas pour autant. Au contraire, ce premier épisode, qui sera suivi d’une série complète puisqu’Amazon l’a confirmé, parvient à le sublimer : chaque personnage semble parfaitement incarné et les enjeux dramatiques sont finement posés. Reste que certains plans truqués mériteraient d’être perfectionnés parce que les fonds verts, on les voit gros comme une maison. C’est en tout cas très prometteur.

Créée par Frank Spotnitz, adaptée du roman du même nom de Philip K. Dick. Pilote mis en ligne le 15 janvier et saison complète commandée.

Catégories : Comédie · Drama · Série américaine · Série française