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La Liste, une série inspirée de l’affaire HSBC ?

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Fabrice Lhomme à gauche, Gérard Davet à droite

En deuxième position de notre sélection des projets de séries françaises les plus prometteurs de l’année, La Liste fait figure d’exception. Portée par deux journalistes d’investigation du quotidien Le Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, elle appuie son synopsis en partie sur un fait d’actualité : l’affaire HSBC. Voici comment elle était décrite jusqu’ici (cf. Ecran Total / Hors-Série Production 2015) :

Thriller politique basé sur un scandale impliquant le réseau international d’une banque suisse. L’histoire est racontée du point de vue de deux journalistes qui enquêtent sur un énorme système d’évasion fiscale.

Puisque l’affaire est revenue sur le devant de l’actualité en début de semaine suite à de nouvelles révélations, il n’y avait pas de meilleure occasion pour en apprendre davantage. Fabrice Lhomme, passé par Médiapart à son lancement et revenu au Monde entre temps, a sorti bien des affaires (Karachi, Tapie…). Mais cette fois-ci, pas question d’épouser la véracité des faits. Avec son compère Gérard Davet, il espère faire jaillir d’autres vérités, celles de la fiction. Il répond à nos questions.

 

Dimension Séries : A quel moment avez-vous eu envie, avec Gérard Davet, d’imaginer une série en vous appuyant sur l’affaire des listings d’HSBC ? Y a-t-il eu un événement précis qui en a été le déclencheur ?

Fabrice Lhomme : Il est décisif pour comprendre notre démarche, à Gérard Davet et moi-même, que la série « La Liste » sur laquelle nous planchons n’est pas l’adaptation de l’affaire HSBC. En fait, cela fait plusieurs années que nous sommes en contact avec des producteurs, réalisateurs, scénaristes… qui souhaitent travailler avec nous. Ça tombe bien car Gérard et moi, si nous restons passionnés par notre job d’investigateur, avons envie depuis longtemps déjà de tâter le monde de la fiction. L’une de nos convictions est que la télévision comme le cinéma français sous-estiment le potentiel romanesque de la figure du journaliste. Nous avons donc déjà travaillé sur plusieurs projets qui avaient en commun de mettre en scène – notamment – des journalistes d’investigation. Dans notre esprit, « La Liste » constituerait une série qui englobe plusieurs expériences authentiques vécues par nous, et dont certaines n’ont rien à voir avec l’affaire HSBC. Donc, même si la trame de l’histoire que nous développons fera immanquablement penser à cette affaire, il ne s’agira en aucun cas d’une adaptation ou d’un « vrai-faux » documentaire, mais bel et bien d’une histoire autonome, totalement inédite, à la fois sur la forme et sur le fond.

Il s’est passé un certain moment avant que vous ne parveniez à convaincre une société de production de l’intérêt de ce projet. Était-ce la conséquence d’un manque de préparation de votre côté ou d’un certain manque de courage du monde audiovisuel français ?

En fait, il est inexact de dire qu’on a mis beaucoup de temps a convaincre une société de production de l’intérêt de note projet : Clémentine Dabadie y a cru tout de suite, dès notre première rencontre, à l’automne 2014. En revanche, il est vrai que, jusqu’alors, malgré de nombreux rendez-vous prometteurs, nous n’avions jamais réussi a faire aboutir nos nombreux projets de fiction. De ce que j’ai compris, c’est moins un problème de producteurs que de diffuseurs, en tout cas pour la télévision. Il y a, du côté de pas mal de chaînes de télévision et de nombreux producteurs de cinéma, une vraie réticence, pour ne pas dire une grande frilosité,  à acheter des histoires inspirées de l’actualité.

Les diffuseurs ont un problème avec l’actualité ? Comment l’analysez-vous ?

La télévision françaises et le cinéma ont du mal avec les histoires inspirées de l’actualité immédiate pour deux raisons. La première, avouable même si elle est contestable à mes yeux  – combien de fois a-t-on entendu cet argument… – est que cela n’intéresserait pas le public. La seconde, inavouable, est que certains sujets inquiètent les diffuseurs qui craignent par exemple la mise en cause de personnalités – j’ai en tête plusieurs exemples concrets, que j’ai vécus…

Les réflexes de journalistes sont forcément différents de ceux d’un scénariste. Vous êtes donc aidés dans votre travail par Philippe Lyon. Comment cette collaboration se déroule ? Est-ce difficile de changer de casquette ?

Évidemment, journaliste, ce n’est pas scénariste ! Changer de casquette est plus que difficile mais c’est passionnant en même temps. C’est pour ça qu on le fait d’ailleurs !  Scénariste, C’est vraiment un job spécifique, et nous sommes plus que ravis de travailler, Gérard et moi, avec un pro. Nous l’avons même demandé car nous sommes lucides ! On a eu en plus la chance de tomber sur Philippe Lyon qui est à la fois adorable et extrêmement efficace. Avec Philippe, nous nous répartissons harmonieusement le travail : on amène le « corps » de l’histoire au départ, il construit l’intrigue ensuite, puis nous entrons dans le détail de l’histoire et là, chacun met sa patte. Philippe maîtrise mieux que nous les ingrédients nécessaires à une bonne fiction, et nous, on apporte notre expertise sur tous les aspects « techniques » afin de garantir à la série ce total réalisme auquel nous tenons plus que tout. C’est en effet, de notre point de vue, l’une des grosses faiblesses de la fiction française, à la différence de ce que réussissent avec brio les Anglo-saxons par exemple.

Comment avez-vous choisi de placer le curseur de la fiction ?

« La Liste » ne sera pas un copier-coller de l’affaire HSBC. Les noms seront bien sûr différents, et vous me permettrez de ne pas vous en dire beaucoup plus sur l’intrigue car j’entends ménager le suspense, c’est quand même la moindre des choses dans un projet pareil !

D’après Clémentine Dabadie, qui vous accompagne en tant que productrice, l’idée d’une coproduction internationale fait son chemin du côté du Royaume-Uni… Est-ce une nécessité pour ce récit vu qu’il implique une dimension internationale évidente ?

Clémentine Dabadie a parfaitement raison. L’histoire que nous développons à des implications mondiales, et de ce point de vue, une coproduction internationale, par exemple avec la Grande-Bretagne en effet, serait logique, ça tombe même sous le sens à mon avis !

Y a-t-il des programmes de télé ou des séries qui vous ont servi de modèle, ou en tout cas que vous gardez en tête, pour l’élaboration de ce projet ?

Gérard et moi sommes dingues de cinéma et de très grands amateurs de séries. Nous vénérons Boss, Borgen, House of Cards, State of Play mais aussi Gomorra ou Homeland… Côté français, ce n’est pas tout à fait ça (!) même si Engrenages nous intéresse beaucoup. Même inconsciemment, il est évident que ces séries irriguent nos cerveaux bouillonnants. En prenant le meilleur de chacune, on devrait pouvoir faire un truc pas mal, non ?! Mais l’idée est quand même de créer une série vraiment originale, sur la forme comme sur le fond. Une série passionnante, stressante, addictive, « sexy »… mais pas superficielle pour autant : notre (grande) ambition est aussi de faire réfléchir le téléspectateur, lui apprendre des choses, bref, l’édifier, dans tous les sens du terme.

 

Propos recueillis par mail.

Catégories : Interview · Série française