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Broadchurch is back !

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Cela fait plus d’un an qu’Olivia Colman et David Tennant nous ont abandonné. Les deux acteurs incarnant le duo d’enquêteurs grognons de Broadchurch laissaient derrière eux une communauté meurtrie par l’enquête à rebondissements suite à l’odieux crime de Danny Latimer, retrouvé mort sur la plage en bas d’une falaise.

Mais quand est venue la question d’une suite, je dois vous avouer avoir été plutôt circonspect. Comment diable pouvaient-ils poursuivre l’histoire, qui semblait terminée, et assumer à nouveau le titre de la série. Comment allaient-ils redonner du sens à ce « Broadchurch », lui donner une nouvelle perspective ? Comment les personnages pourraient en tirer profit et, a contrario, ne pas en souffrir ? Depuis le 5 janvier, ces doutes et ces certitudes commencent enfin à prendre forme.

L’histoire. Plusieurs mois se sont écoulés depuis les événements tragiques arrivés dans la saison 1. Ellie Miller a déménagé, Alec Hardy vit dans une cabane de pêcheurs à Broadchurch et Beth Latimer attend un nouvel enfant. Même si les rancœurs sont encore perceptibles, tout le monde se retrouve au procès de Joe Miller que l’on croit n’être qu’une formalité. Sauf que ce dernier décide de plaider non-coupable et fait appel à Sharon Bishop, avocate féroce. Jocelyn Knight, sa mentor, s’occupera quant à elle de défendre les Miller. Un combat au barreau s’annonce.

On loue souvent les Américains pour leur efficacité d’écriture : il ne faudrait pas retirer cette qualité aux séries anglaises. Cette entame de nouvelle saison démontre encore une fois, s’il le fallait vraiment, que les scénaristes outre-Manche – ici, il s’agit de Chris Chibnall – sont également de grands dramaturges. La difficulté avec une saison 2, c’est de trouver un nouveau souffle. Encore plus dans le cas de Broadchurch qui avait atteint un niveau dramatique extrême lors de la révélation finale du meurtrier.

Et parce qu’elle avait atteint une sorte de point de non-retour, il lui fallait changer de registre. Adieu le fait divers dans lequel l’émotion et l’humanisme sont mis à rude épreuve – et auquel l’interprétation des acteurs, en particulier Olivia Colman, était prépondérante. Vient désormais le temps de la raison, de la logique, des procédures, bref, de la justice. L’explosion larmoyante de la saison 1 laisse sa place à une crispation frustrante pour cette deuxième fournée. Et peut-être tout aussi prenante si elle est bien réalisée. Pour l’instant, bof.

Bof parce que cela fait resurgir avant tout les errements de la saison 1, en particulier son très dérangeant effet d’intrigue à tiroir non-justifié ayant obligé chaque personnage suspecté la saison dernière à se comporter étrangement comme des dangereux criminels paranoïaques alors qu’ils n’en étaient pas. Enfin, a priori. Le retournement de Joe Miller dont la culpabilité ne faisait pourtant aucun doute semble étirer un peu plus ce concept de « mais ça ne s’arrêtera donc jamais ?« . A ce rythme, le crossover Broadchurch / The Leftovers n’est pas très loin.

Si l’on voit bien l’intérêt dramatique de relancer la série par le procès, il semble moins évident humainement parlant alors qu’il s’agissait peut-être de sa première qualité jusqu’ici. Les personnages sont pris dans une boucle, légèrement artificielle du coup, depuis laquelle il semble compliqué d’y échapper (y compris dans les scènes qui cherchent à produire cet effet – celle de l’épisode 3 où Ellie se pitanche la tronche mais n’oublie jamais son bon devoir de policière !).

Il existe ceci dit une porte de sortie à cet enfer sur terre, c’est l’intrigue qui accompagne le personnage d’Alec Hardy. Le mystère restait entier quant à ce qui le hantait, cette affaire Sandbrook qui implique, nous le savions, des fillettes disparues. Cette fois-ci, nous sommes aux premières loges de cette histoire, en espérant qu’elle ne reproduise pas les erreurs passées des scénaristes. Elle devrait en tout cas apporter du relief au personnage de l’enquêteur dont les entrailles nous étaient jusque-là cachées.

Ce retour de « Broadchurch » est une confirmation. L’ensemble est plus que correct et promet des scènes certainement puissantes, marqueur important de l’ADN de la série. Mais il nous reste encore quelques épisodes pour être convaincus que les personnages soient véritablement relancés. L’impression d’un enfermement du récit, parce que la saison 1 était déjà trop puissante, parait parfois un peu trop systématique. Jusqu’à se demander si la saison 2 était nécessaire ? Nous le vérifierons le 23 février quand le dernier épisode sera diffusé.

Créée par Chris Chibnall. Diffusion des 8 épisodes depuis le 5 janvier sur ITV.

 

La diffusion en France aura lieu sur France 2. Quand ? Aucune date n’est arrêtée. « On espère la proposer le plus vite possible » a indiqué Thierry Thuillier, patron de France 2. Mais il admet que le projet d’adaptation en français de la série est un frein à sa programmation – et des arbitrages entre ce remake et la version originale doivent être encore tenus concernant leurs diffusions respectives.

Catégories : Critique · Drama · Série anglaise