2014, best of, bilan

5 choses à retenir en 2014

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Tut-tut, pouet-pouet, biiiiouuuuuuuu. C’est la fin de l’année. Quoi de mieux que de la fêter dignement en rédigeant des onomatopées suggérant l’utilisation abusive de sans gêne sur Dimension Séries ? Ah, oui, ça vous intéresserait peut-être plus d’établir un bilan sériel de l’année. Hum, très bien. En attendant de découvrir le votre en commentaires, voici le mien. De rien.

 

I – Louie, louie, lou—- (sic) !

Parce que je ne finirai jamais de dire du bien de Louie, je commence donc par elle, la série, et lui, Louis C.K., l’auteur. Pour tout dire, en découvrant les premiers épisodes de la dernière saison de The Newsroom, je crois même que le comédien roux et bedonnant issu du stand-up est en train de choper la place qu’occupait Aaron Sorkin jusqu’ici dans mon cœur. Et j’espère que vous imaginez ce que cela signifie pour moi, parce que sinon, vous pourriez trouver ces deux phrases sans intérêt aucun.

Cette saison 4 de Louie nous a transporté tellement loin qu’on aurait raison de s’interroger sur l’avenir de la série – parviendrait-elle à prolonger son génie ? Mais on nous refait pas, nous, les adorateurs de cette comédie tranquille et intelligente, ébranlés entre le rire aux éclats et la honte bienveillante que nous procurent son protagoniste. Reste que, merde, le générique, pourquoi il a disparu, Louie ?

=> Critique des 3 premiers épisodes de la saison 4 de Louie

 

II – Nouveautés de l’année

Des nouvelles séries que j’ai pu voir cette année, quatre méritent d’être citées. Il y a d’abord l’évidence The Affair, qui s’impose en haut de ce podium à mon sens. J’ai été subjugué par la capacité des auteurs à innover dans un genre aussi banal que le mélodrame. Le synopsis de base semble correspondre à un téléfilm diffusé en plein après-midi mais le processus narratif de The Affair relance radicalement son intérêt, enroulant son récit autour d’histoires qu’on raconte et qu’on se raconte. La série fût un choc.

=> Critique de The Affair

Autre évidence, moins étonnante mais presque tout aussi passionnante, c’est The Honourable Woman, qui impose le personnage de Nessa Stein comme l’incarnation métaphorique de la complexité du conflit israélo-palestinien, le tout plongé dans une histoire d’espionnage où les manipulés et les manipulateurs ne sont jamais ceux qu’on croit.

=> Critique de The Honourable Woman

Elle n’est pas autant valorisée que les deux précédentes mais elle reste pour moi l’une des meilleures créations de l’année. Arvingerne est une série danoise qui utilise le drame familial pour nous plonger dans un milieu d’artistes. L’héritage, dont il est question dès le titre, est matériel mais également philosophique – et ce qui semble comme une opposition au premier abord génère même du suspense.

=> Critique de Arvingerne

Enfin, peut-être moins élaborée mais incroyablement humaine, la série japonaise Woman que j’ai eu l’occasion de découvrir au festival Séries Mania m’a complètement retournée. Je doute qu’elle soit un jour diffusée en France malheureusement… mais cette série présente peut-être le personnage principal le plus courageux de l’année, sans artifices.

=> Critique de Woman

 

III – Renouveauté de l’année

Non, non, non, malgré un petit frétillement pour cette saison 4, je ne vais pas vous parler de Homeland. En revanche, il y a bien une série qui m’a étonné cette année alors que j’en attendais plus grand chose, c’est The Walking Dead. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai baissé mes gardes mais, pour une fois, la série a su faire dans du divertissement efficace et parfois même pas trop bête.

Même si on n’attend pas de The Walking Dead une réflexion universitaire sur un enjeu sociétal, le petit travail des méninges requis par l’entrelacement des intrigues durant cette première partie de la saison 5 n’était pas pour me déplaire – ça m’a presque rappelé les moments où on s’amusait à décrypter les intrigues-bullshit de Lost. Ah, au fait, j’ai définitivement abandonné Game of Thrones, au bout de trois saisons et quelques épisodes supplémentaires. Je ne saurai donc jamais si la série se mettra à dire quelque chose. Mince !

=> Critique du premier épisode de la saison 5 de The Walking Dead

 

IV – Les séries US ne sont plus seules

Le top 100 des audiences à la télévision française est désormais connu. Bilan hors programme court ? Sur quarante-sept épisodes de séries, vingt-huit sont américains, quinze sont français et quatre sont anglais. Vu qu’en 2014, c’était une année coupe du monde, j’ai comparé à l’année 2010. Et franchement, on peut dire qu’on s’en sort pas si mal. En 2010, sur soixante-huit épisodes de séries, soixante-deux étaient américains et six français.

Du coup, à qui profite le crime ? Sur les quinze épisodes français qui se sont glissés dans le classement cette année, on compte quatre séries, de TF1 forcément : Profilage, Julie Lescaut, Section de Recherches et Joséphine ange gardien. Du policier, du policier, du policier et, hum, du… familial. Je crois qu’on peut faire quand même mieux mais on va dire que c’est un début – en espérant que ce ré-équilibrage soit annonciateur d’un retour à la normale d’ici quelques années.

Côté série anglaise, c’est Broadchurch qui permet à France 2 de grappiller quatre places supplémentaires dans le classement.

=> Lire « Broadchurch, le souffle d’un succès inquiétant »

De manière générale, je sens que le public est de plus en plus demandeur de fiction différente – qu’elle soit produite en France ou à l’étranger. Les diffuseurs sont désormais conscients que le label « Série américaine » n’est plus un carton assuré à l’aveugle. Mais cette fragilité économique, qui peut faire peur, est d’abord un tremplin pour ceux qui sauront la saisir. Les succès à répétition des séries européennes diffusées sur ARTE depuis quelques années en sont un signe à ne pas négliger. Les besoins culturels du public ont évolué et continuent d’évoluer.

 

V – Les chaînes de télé ne sont plus seules

Enfin, 2014, est un carrefour stratégique pour les chaînes. Si la télévision linéaire est pour le moment le principal générateur de la création de séries, de nouveaux horizons s’offrent aux producteurs et aux auteurs. Depuis quelques années déjà, il y a l’internet « débrouille-toi » où l’on peut mettre en ligne de manière plus ou moins professionnelle des contenus sur des plateformes comme Youtube ou Dailymotion (on pense à Studio 4.0) ; et maintenant, il y a les gros mastodontes comme Netflix ou Amazon qui investissent avec leurs gros chéquiers le champ de la création.

L’exclusivité de la télévision a sauté en éclat – c’est désormais à eux, les diffuseurs historiques, de faire preuve d’adaptation s’ils ne souhaitent pas devenir ringards rapidement. Après tout, c’est bien Twitch, un diffuseur de vidéos de jeux vidéo (!), qui a été racheté pour un peu moins de 800 millions d’euros par Amazon… ce qui est à peu de choses près la valorisation boursière de Canal+. Même si ce n’est qu’un indicateur moyennement fiable – le patrimoine que représente Canal+ depuis sa création vaut objectivement beaucoup plus – il indique une tendance irréversible vers ces néo-diffuseurs qui ne veulent plus faire de la figuration.

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