fais pas ci fais pas ça, france 2

Fais pas ci, fais pas ça, l’effort national

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Ce soir sur France 2 débute la saison 7 de Fais pas ci, fais pas ça. Six épisodes sont au programme de cette nouvelle fournée légèrement raccourcie par rapport aux précédentes saisons (8 épisodes habituellement). Faut-il la regarder ? Cette interrogation s’assume difficilement eu égard à la qualité de cette production. Mais pour-quoi doit-on absolument la regarder ? Là, c’est déjà moins évident.

Depuis 2007, nous suivons (enfin, « nous », il s’agit surtout d’une poignée ayant découvert la saison 1 à l’époque…) avec admiration les aventures des Lepic et Bouley, en miroir des archétypes sociologiques qui parcourent la société française. Déjà, première chose, parce qu’ils ne se détestent pas vraiment. Qui aime bien châtie bien, ça pourrait être leur devise. Ils pourraient presque réconcilier n’importe qui avec leurs opposants idéologiques, à condition de ne pas être trop éloigné de l’échiquier bien sûr… Et puis il y a une autre raison qui force le respect, c’est que c’est drôle, tout simplement.

Comédie, l’effort d’une nation

D’où l’effort national que requiert la diffusion de cette série. Bah ouais, c’est la seule comédie de primetime diffusée sur une chaîne gratuite en France. Adios les sketches sans inertie de Scènes de Ménages ou les turpitudes de Joséphine et d’Une Famille Formidable. Et en plus d’être seule, en plus d’être réussie, en plus de durer, elle rencontre le public français. De l’accident dont elle est originaire, elle est devenue, pour toutes ces raisons, une super-exception pour le PAF. Dommage que rien ne suive pour prendre la suite.

Cette saison, parce qu’il faut bien en parler, est un cru assez unique dans l’histoire de la série grâce à un concept éclairé : l’équilibre. Mais pour l’expliquer, revenons quelques années en arrière, en 2009. Cette année-là, la série lance sa saison 2. Exit la diffusion à 19h le samedi, la voilà qui s’installe après le JT au milieu de la semaine, le mercredi. Outre le changement d’horaire, son format subit une cure de jouvence. L’épisode pilote de la série durait 35 minutes… dès la saison 2, les épisodes sont plus volumineux, 15 à 20 minutes supplémentaires sont à imaginer. Ils durent entre 50 et 55 minutes pour cette saison 7.

Et pour combler le temps qui manque, une idée fait son chemin : on va rajouter du « drama » (des intrigues dramatiques) pour positionner la série, non plus comme une comédie mais comme une comédie familiale dans la plus mauvaise tradition des séries familiales françaises. A l’époque, devant cette intrigue incarnée par Anémone, qui impliquait un héritage, j’étais dévasté – tout comme le ton unique de la série originale. Heureusement, notamment grâce à un véritable effort de promotion de la chaîne, et parce que la curiosité à son égard était grandissante, la série a trouvé un public.

Un équilibre innovant

Depuis cette époque, à chaque nouveau cru, j’observe avec une attention appliquée comment les auteurs cherchent à résoudre une équation qu’aucun scénariste dans le monde n’a su résoudre : en télévision, écrire de la comédie récurrente en 52 minutes quand les habitudes culturelles imposent bien plus naturellement le 26 minute, c’est à se tirer une balle. Et cette saison 7 est celle qui a trouvé jusqu’ici le meilleur équilibre depuis le début (excepté pour la saison 1 qui reste encore supérieure…).

Cet équilibre prend forme essentiellement dans le temps qui est accordé aux personnages. Il semble que plus les enfants grandissent, mieux ils savent jouer et plus les scénaristes comptent sur eux. Alexandra Gentil (Tiphaine) et Yaniss Lespert (Christophe) sont bien exposés depuis le début de la série, il n’y a pas de soucis les concernant. C’était également le cas de Tiphaine Haas (Soline) depuis la saison 4 globalement. Si la saison dernière, Cannelle Carré-Cassaigne (Charlotte) commençait à s’épanouir, c’est encore mieux cette saison. Même remarque du côté de Lilian Dugois (Eliott), en pleine crise d’adolescence un peu trop systématique – mais bon, l’adolescence, période d’excès, non ? Ceci dit, je reste déçu que son caractère précoce, un trait de sa personnalité qui le définissait au début de la série, n’ait jamais vraiment resurgi d’une manière ou d’une autre.

Un rythme mieux défini

Autre aspect de ce nouvel équilibre : la qualité des intrigues. J’ai toujours eu un léger malaise quand les personnages s’aventuraient dans certaines situations et, parfois même, jusque dans le larmoyant. Dans la saison 4, l’ajout d’un nouveau couple (Anthony Kavanagh et Frédérique Bel) m’avait laissé de marbre ; la saison 5 était parasitée par l’excursion inoffensive de Fabienne Lepic au Québec ; l’intrigue de l’organisation du mariage en saison 6 restait décevante…Cette fois-ci, j’ai été ému (presque aux larmes !) sans avoir tiqué.

Dans cette saison, avec 6 épisodes au compteur, il a fallu faire aussi des choix. Les intrigues sont vraiment resserrées et chaque personnage est traité de manière plutôt efficace. Il y a même des moments où l’on croirait voir Modern Family (qui s’est fortement inspirée de Fais pas ci, fais pas ça, rappelons-le !) quand Renaud Lepic rend visite à une bande de jeunes : faites coucou à Phil Dunphy en train de gesticuler comme un nigaud. Le passage en Guadeloupe, montré dans les bande-annonces, ne s’étire que sur un épisode et demi (1). Mais ce resserrement a un coût : une fois l’intrigue d’un personnage d’enfant terminé, il en devient presque absent.

Objectivement, en réalité, c’est une bonne nouvelle. Sauf que cette saison ne fait plus que 6 épisodes. Adapter une structure scénaristique qui permet des intrigues mieux bouclées, c’est bien. Mais sur si peu d’épisodes, c’est dommage. A ce rythme, on aurait très bien pu voir une saison 7 de 10 ou 12 épisodes. Les enfants auraient ainsi pu reprendre, tour à tour, de l’importance sur de nouvelles intrigues… et la série était en passe de réaliser un défi fou : faire quasiment que de la comédie sur 52 minutes. WOUHOU !

Sauf qu’un truc est venu tout bousculer. Le véritable gâchis de cette saison, c’est le dernier épisode qui donne une impression de fourre-z’y tout ! Comme si la production avait du se dépêcher de l’écrire. Comme si les acteurs n’avaient plus autant de temps à consacrer à la série. En même temps, ça se comprend vu leur succès désormais. Et devant la toute dernière image qui pourrait faire office de conclusion finale à la série, on se dit que ce serait dommage de s’arrêter ainsi.

La saison 7 de Fais pas ci fais pas ça est une réussite. Elle ne reproduit pas les erreurs passées et ses auteurs (Michel Leclerc, à qui l’on doit Le Nom des Gens, et Cathy Verney, derrière la série de Canal+ Hard) lui ont trouvé le ton qu’il lui convient où la comédie est vraiment au centre du projet. Seulement voilà, le nombre réduit d’épisodes handicape la dynamique sur laquelle la saison s’est construite. La bonne nouvelle, c’est qu’on aurait aimé en voir plus. Encore. S’il vous plait.

 

(1) Ouf, d’ailleurs. J’étais effrayé à l’idée de revivre une nouvelle fois l’intrigue de Fabienne au Québec. Heureusement cette fois-ci, 4 personnages sont impliqués ce qui change positivement la dynamique.

Catégories : Comédie · Série française