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Replay : Madam Secretary, Glue, Gotham…

ReplayGotham

Cette semaine, c’est la rentrée des séries américaines. Au programme, la supra-attendue Gotham dans l’univers de Batman, Black-ish, une sitcom multicolore et Madam Secretary, un Borgen à l’américaine. Elles sont accompagnées de deux nouveautés anglaises, Glue, annoncée comme la nouvelle Skins et The Driver qui va nous faire déraper.

Black-ish (ABC)

Episodes vus : 1 / 1 diffusé

L’histoire. Andre Johnson est un père de famille noir attaché aux valeurs que sa couleur de peau semble induire et que ses enfants ignorent.

J’ai souvent du mal avec les sitcoms qui exploitent leur identité communautaire car, c’est l’impression que j’en ai, la plupart du temps, elles n’arrivent pas à s’en absoudre. Avec Black-ish, c’est différent car elle est parvenue dans son pilote à toucher à l’universalité d’une problématique, sans intransigeance et avec plus d’intelligence qu’elle n’y parait au premier abord. Ici, il est question d’intégration… ou de désintégration. La famille Johnson, noire, est le modèle de réussite à l’américaine. Mais, problème pour le père, cette réussite semble devoir se fondre dans les valeurs « des blancs » qui continuent de tirer les ficelles. Cela peut encore passer quand il s’agit de son environnement de travail pour lequel il est candidat à une promotion très symbolique, mais c’est de trop quand ses enfants ignorent tout de leurs racines, jusqu’à n’avoir jamais réalisé qu’Obama était le premier Président noir des États-Unis. Tiraillé entre le besoin d’honorer le passé et celui d’affronter l’avenir, Andre tente donc d’y trouver l’équilibre. Côté vannes, si j’ai rigolé à ses premières réactions outrées bien senties, j’ai peur que ça ne tourne pour autant en rond. Tout le problème des séries où il faut produire entre 20 et 24 épisodes par saison : il y en a presque toujours une bonne moitié à oublier. Et c’est une hypothèse optimiste.

Créée par Kenya Barris. Diffusion depuis le 24 septembre. 13 épisodes commandés en attendant une éventuelle prolongation pour la saison.

 

Glue (E4)

Episodes vus : 2 / 2 diffusés

L’histoire. Un groupe de vingtenaires campagnards est secoué par la mort étrange de l’un d’entre eux.

Quand j’indique qu’il s’agit là de jeunes non-urbains, ce n’est pas par hasard. Je viens aussi de la province et je sais ce à quoi ressemble, une vache, quand elle te course parce que tu t’amuses à la provoquer avec toujours un peu trop d’arrogance. Glue est une sorte d’équivalent « boue et tracteur » de Skins (et pour cause, son créateur Jack Thorne en était l’un des scénaristes…!), à ceci près que la troupe de jeunes personnages est un peu plus âgée : ils travaillent tous et ils sont sélectionnés par un directeur de casting qui aime les midinettes et les mecs bien baraqués, les moches n’ayant même pas le droit d’y faire figuration. Au moins, dans Skins, il y avait Sid. L’ironie de cette présentation ne saurait pour autant cacher l’intérêt que je porte dans Glue : j’aime autant l’originalité du cadre de la série que son fil rouge. L’enquête policière, étrange et banale à la fois, fait pour l’instant le boulot et maintient un suspense latent, sans prétention ni artifice – bon, si l’on soustrait à notre analyse le fait que la jeunesse provinciale s’envoie de l’héroïne tous les matins au p’tit dej’.

Créée par Jack Thorne. Diffusion des 8 épisodes depuis le 15 septembre.

 

Gotham (Fox)

Episodes vus : 1 / 1 diffusé

L’histoire. James Gordon est un jeune novice intégrant la police de Gotham. Avec son partenaire, ils sont chargés d’enquêter sur la mort des parents de Bruce Wayne, riche et puissante famille de la ville.

Quelques heures après ma séance de visionnage des pilotes de la rentrée, j’ai essayé d’en dresser la liste. J’étais conscient d’en avoir vu 5 mais impossible de me souvenir du nom de la dernière série. Je sais que je vieillis (J’AI PAS ENCORE 30 ANS, MERDE !) mais tout de même… Bizarrement, il s’agissait de Gotham qui, après Agents of SHIELD l’année dernière, obtient le macaron de la série la plus attendue de la rentrée. Clairement, les séries d’action qui n’ont de fond que la longueur de leurs courses poursuites ne figurent pas au panthéon de mes préférences. Je peux être bon public quand il le faut mais encore faut-il m’offrir des choses spectaculaires soutenues par un scénario à peu près réfléchi (genre Inception). Gotham n’est au final qu’un buddy-show de plus façon The Good Guys vue en 2010. C’est peut-être mignon mais ça n’empêche que son pilote est particulièrement futile. Les personnages n’offrent pas vraiment d’originalité et, pire que Satan himself, l’interprétation de Benjamin Mckenzie, qui joue le roublard juvénile James Gordon, est grossière – alors qu’il avait démontré toute la subtilité de son talent dans Southland.

Créée par Bruno Heller, d’après les personnages de DC Comics. Diffusée depuis le 22 septembre. 16 épisodes commandés en attendant une éventuelle prolongation.

 

Madam Secretary (CBS)

Episodes vus : 1 / 1 diffusé

L’histoire. Elizabeth McCord, ancienne agent de la CIA devenue professeur d’histoire, est appelée aux affaires quand le Secrétaire d’État américain disparait dans un accident d’avion. Conrad Dalton, le Président, lui demande personnellement de reprendre ce poste.

Les séries politiques, c’est cool. Et c’est toujours mieux quand elles ne se concentrent pas uniquement sur la lutte de pouvoir, définition la plus réduite de cet art – et depuis laquelle House of Cards a fait ses choux gras. Ça tombe bien, cette saison 4 de Borgen… ah, pardon, cette première saison de Madam Secretary semble ne pas tomber dans le panneau. Pardonnez-moi la confusion avec la série danoise mais il y a de quoi : une femme au caractère fort occupe un poste politique où elle doit apprendre à imposer son point de vue auprès de mâles peu enclins à recevoir des ordres du sexe faible. Imaginez l’incident diplomatique. On éludera le fait qu’elle obtient ce poste grâce à la divine bonté d’un homme, le Président, qui l’avait recruté à la CIA. Ca gâcherait ma démonstration. N’empêche qu’au final, c’est toujours agréable d’avoir des personnages féminins qui sont présentés d’abord pour leurs compétences professionnelles que personnelles. Pour le reste, la cavalerie américaine est de rigueur. On nous sort les trompettes et le cirque pour la convaincre de prendre ce nouveau job, n°2 du gouvernement américain, et, en même temps, la résolution des conflits de cet épisode pilote sent bon la grosse facilité scénaristique à plein nez, du genre « en deux coup de fil, un kidnapping est résolu sans sourciller et sans rater son café ». On se croirait presque dans Veep. Mais c’est aussi l’une des qualités de la série : on aurait peut-être tort de la comparer à The West Wing pour le fond des intrigues (enfin, ça, il faudra attendre les épisodes suivants pour en être sûr), mais l’alchimie humoristique entre les personnages lui parait parfois un peu trop semblable, limite dans l’imitation. Il ne manque plus que Josh, qui me manque terriblement. Josh, je t’aime. Voilà, je l’ai dit.

Créée par Barbara Hall. Diffusion depuis le 21 septembre. 13 épisodes commandés en attendant une éventuelle prolongation pour la saison.

 

The Driver (BBC One)

Episodes vus : 1 / 1 diffusé

L’histoire. Le gouverneur de The Walking Dead joue ici un père de famille qui n’a pas encore perdu tout à fait pied. Mais face aux contrariétés de la vie, il finit par accepter le boulot d’un chauffeur d’un gang criminel.

Elle ne m’a pas sauté aux yeux directement mais la parenté entre cette série et Breaking Bad n’est pas tout à fait innocente. On commence avec un flashforward (saut dans le temps) puis on découvre, lors des scènes suivantes, ce qui a mené le personnage dans une situation. Mais ce n’est pas le premier lien : il y en a un beaucoup plus évident, celui de l’empathie. En passant d’un personnage ordinaire à un taré, Breaking Bad avait travaillé cette notion comme peu de séries ont su le faire avant elle. The Driver part sur un postulat similaire. Vince McKee, taxi, est un homme sans histoire avec une femme et deux enfants. Mais, face à l’ennui du quotidien, il préfère basculer dans le monde inédit du risque où l’on préfère « finished » ses ennemis plutôt que discuter calmement avec eux. Pourtant, il n’est qu’un simple chauffeur, celui à qui on dit d’aller à un point A jusqu’à un point B sans regarder ce qu’il y a dans le sac. Pas de risque, a priori. Sauf pour son sens moral – et c’est, là, le sel qu’a su extraire savamment Breaking Bad – face à sa famille et face à lui-même. Peut-on mentir et se mentir sans provoquer de terribles conséquences ? Attention cependant, je n’ai pas particulièrement jubilé devant ce premier épisode (cette mini-série n’en comptera que 3 – ah, la concision, cette qualité anglaise !). Peut-être parce que l’univers est systématiquement un peu trop sombre, que l’espoir ne semble pas permis, et que, même en journée, il y fait nuit.

Créée par Danny Brocklehurst et Jim Poyser. Diffusion des trois épisodes entre le 23 septembre et le 7 octobre.

Catégories : Critique · Série américaine · Série anglaise