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True Detective, faux en original

TrueDetective

Star de l’année, voire de la décennie si l’on se réfère à de nombreuses critiques dithyrambiques, True Detective est certainement la série sur laquelle il est bon actuellement d’avoir un avis. Surtout quand il est positif. Ne l’ayant que moyennement apprécié, et préférant d’abord valoriser des programmes qui me plaisent, je n’avais pas choisi d’en parler davantage au-delà de ces quelques lignes. Mais l’actualité est parfois de bon conseil. Faisons donc une entorse à ce principe.

Petit rappel bref du synopsis de True Detective au 1er degré : deux flics sont interrogés par deux flics sur une affaire qui a lieu en 2012 mais qui peut avoir un lien avec une affaire de 1995. Bien sûr, il s’agit de trouver les coupables pour les jeter en prison. On ne met pas « Detective » dans le titre de sa série pour rien. Il nous faut de l’enquête, du crime, des armes et des méchants contre les gentils. Quand bien même ce soit inversé ou pas. Bref, c’est une série policière.

True Detective, c’est ça. Mais c’est aussi autre chose. C’est cette autre chose qui, parait-il, fait son sel. C’est aussi ce que je vous raconte à longueur de billets : le traitement d’un scénario peut donner une bonne comme une mauvaise série à partir d’une même entame. Et c’est là que je vais commencer à me dissocier d’une partie des critiques. Si l’histoire de base est inexistante, le meilleur, le plus original et le plus créatif des traitements scénaristiques ne pourra rien y faire. C’est pour ces raisons que l’audiovisuel d’auteur (j’évite volontairement de dire « cinéma » dans la mesure ou celui-ci s’invite également à la télévision), où l’histoire qu’on rechigne à nous raconter passe au second plan, me laisse souvent de marbre. Mon expérience True Detective s’inscrit dans cette réflexion.

True Detective, c’est beau. Ou plutôt, la Louisiane telle que filmée par True Detective, c’est laid. L’opposition nature et industrie, ça ne donne pas franchement envie d’y faire du tourisme. Nic Pizzolatto, né à La Nouvelle-Orléans, arrive très bien à retranscrire par écrit cette image d’un État qu’il connait comme sa poche, cette mélancolie de l’abandon qu’a su capter parfaitement le réalisateur Cary Joji Fukunaga.

Il faut le souligner, car ce n’est pas une habitude outre-Atlantique : le réalisateur s’est occupé des 8 épisodes. A l’image, une cohérence visuelle évidente et quelques idées audacieuses font mouche. Dans les tripes, j’y ressentais une atmosphère pesante, lourde, annonciatrice d’un violent orage. Le mouvement de la weird fiction, dont la série tire ses multiples inspirations, est bien là, quelque part, latent.

True Detective, ce n’est pas qu’un tableau. Non. Sauf qu’en fin de compte, ce n’est juste qu’une succession d’images. Des images incapables d’associer leurs richesses avec un récit enfantin qui mélange à la fois un polar très traditionnel et une caractérisation très triviale de personnages.

De l’aveu même de nombreux fans, l’intrigue policière est quelconque dans la série. Elle ne sert que de vecteur pour introduire le téléspectateur dans cet univers barré. Mais en souhaitant la dynamiser, certainement parce qu’elle était trop monotone, son auteur a produit un effet inverse : par une succession de flashbacks (1), un tic narratif qui est reproduit longtemps dans la saison, True Detective injecte un suspense artificiel autour de cette intrigue morte-née, dont le traitement est un échec. Son aboutissement, en fin de saison, n’en est qu’un énième révélateur.

De toute façon, je n’ai pas l’impression que ce sont ces raisons qui pousseraient la série au panthéon des créations télévisuelles. Il y a un personnage qui est le centre de toutes les attentions : Rust Cohle. C’est l’un des deux flics-héros, nihiliste, anti-nataliste, abonné aux visions paranormales. Interprété comme sait le faire Matthew McConaughey, tête baissée, voix qui sort du bide, ton unique (au sens qu’il n’est pas multiple…), il incarne parfaitement la caractérisation simpliste de son personnage. Il ne le joue pas mal mais il ne joue rien d’autre. Ce mec désabusé qui lance des réflexions d’adolescent en pleine crise existentielle (je l’avoue, quand j’avais 15 ans, comme tous mes camarades de classe – sauf, certainement, le p’tit con du fond – j’ai cru aussi me poser des questions super originales sur le sens de la vie), un comportement apparemment justifié par ce qu’il est arrivé à sa fille.

Plus le mensonge est gros, mieux il passe. C’est ce que je ressens à l’égard de Rust Cohle. Le personnage est développé de manière à lui offrir une incroyable façade dramatique en s’appuyant notamment sur ses réflexions philosophiques. Sauf qu’elles sont surtout de comptoir. En apprenant qu’une partie d’entre elles étaient en plus fortement inspirées (on laissera le débat inspiration / plagiat de côté) d’un ouvrage, cela n’a fait qu’un tour. Rust Cohle n’est pour moi qu’un homme sandwich, endossant cette philosophie sans être capable d’en être un véhicule consistant. Une enveloppe sans lettre. Une robe sans mariée. Bref, une série sans personnage.

Car sans lui, rien n’existe. Pas même son collègue Marty, qui, roulement de tambours, trompe sa femme parce qu’il est en pleine crise de la quarantaine. Vous l’imaginez bien, c’est une première dans l’histoire mondiale de la Télévision. Ce n’est pas cette amorce qui dérange, c’est surtout son traitement qui n’atteint pas même le niveau de maturité intellectuelle des séries d’ados de la CW (Smallville, Gossip Girl, etc). Mais ce n’est pas grave car, heureusement, il y a des oiseaux qui font des signes dans le ciel. L’important n’est pas d’être sans but :  c’est d’être bizarrement sans but.

En embarquant une philosophie qui nie l’existant, True Detective nie d’abord ce que la série peut être (un formidable outil de conteur), avant même de nier ce qu’elle peut, elle-même et plus trivialement, raconter. Mais que des chaînes de télévision puissent diffuser des programmes inexistants, ce n’est pas une nouveauté. La série est surtout à l’image de la récente politique fiction d’HBO où Game of Thrones est son porte-étendard : elle prétend être plus qu’elle n’est. Qu’une série nihiliste le révèle est une ironie amusante. Ou terrible.

(1) Par ailleurs, il convient de relever la piètre écriture des répliques qui font la transition entre l’interrogatoire et le flashback, et qui accentuent l’aspect répétitif de cette narration sans originalité.

PS : A noter que quand je parle de « la série », je parle de cette saison 1 évidemment. True Detective est une série anthologique, ce qui signifie qu’à chaque nouvelle saison, une nouvelle histoire et de nouveaux personnages. Ce qui est une bonne chose, très clairement, vu la première fournée. Mais ça ne signifie pas pour autant que la saison 2 sera meilleure…

Catégories : Critique · Point de vue · Série américaine