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Série d’été : Almost Royal

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BBC America ne se contente plus de simplement diffuser divers programmes anglais aux États-Unis : elle est aussi, depuis 2012, une chaîne qui commande des séries originales pour le territoire américain. Le 21 juin, elle a lancé sa toute première comédie intitulée Almost Royal qui a obtenu le grade suprême de « channel’s highest-rating comedy » (meilleure audience de comédie pour la chaîne). Oui, bon, même pas 300 000 téléspectateurs hein…

Almost Royal reprend les codes du mockumentaire. Son principe est de prendre l’apparence du documentaire mais en y insérant du contenu fictif, entièrement ou partiellement. The Office en est l’un des emblèmes mais d’autres séries ont ajusté à leurs besoins ce rapport fiction/réel. Au cinéma, on pense notamment à Borat. Et c’est justement à lui que peut être identifiée cette série puisque ses deux personnages sont censés être les seuls au courant de la supercherie.

United Kingdom vs. United States of America

L’histoire est simple et à l’image des capacités intellectuelles de ses deux protagonistes. Georgie (Ed Gamble) et Poppy Carlton (Amy Hoggart) appartiennent à la famille royale anglaise. Ils sont 50è et 51è dans l’ordre de l’héritage au trône. Ils effectuent un voyage aux États-Unis (chaque épisode présentant une nouvelle ville) pour accomplir le dernier souhait de leur père, celui de voir leurs enfants découvrir le pays qu’il a tant aimé. S’il est mort, il fait pourtant le voyage avec eux, dans une urne funéraire que Georgie n’hésite pas à brandir à toutes occasions.

Ils effectuent ainsi un véritable tour des États-Unis, de Los Angeles en passant par Boston, Detroit ou Nashville, et chaque épisode, d’une vingtaine de minutes, est l’occasion de présenter environ 5 ou 6 saynètes relativement amusantes. Une réunion avec le Tea Party à Boston, un peu de cheval dans le Texas, un défilé de mode à New York ou même une leçon de conduite à Washington, nos deux compères font un peu de tout… mais de travers.

C’est ainsi qu’ils sont caractérisés : du fait de leur position sociale, n’ayant eu à aucun moment besoin de travailler, Georgie et Poppy ont beaucoup de mal à tenir une discussion intelligible avec une personne normale. Les échanges deviennent ainsi très rapidement absurdes et les qui pro quo parfois aussi répétitifs que lassants. Les deux anglais ont en effet tendance à souligner les différences linguistiques qui existent entre le pays de Mickey Mouse et celui de Benny Hill.

« Rien » n’est écrit

Théoriquement, en tout cas c’est ce qui est annoncé par la chaîne, l’ensemble des situations sont réelles et non-écrites. La production aurait ainsi pris contact avec chacun des interlocuteurs montrés dans la série en leur présentant ce projet de manière sincère : des membres de la famille royale veulent rencontrer des américains. En interviews, Amy Hoggart a expliqué qu’ils étaient tout de même accompagnés de scénaristes qui, entre chaque ville, cherchaient à imaginer des nouvelles vannes. « Parfois nous pouvions placer plusieurs blagues, et parfois aucune. Je dirais que 80% à 90% du temps, c’était improvisé. »

En face d’eux, lorsque Georgie ou Poppy disent une ânerie, leurs interlocuteurs ont tendance à devenir muets, ni choqués, ni vexés (1) : ils regardent surtout l’équipe technique pour savoir si c’est une blague. On est parfois pas loin d’un surprise sur prise, sauf que le malaise ne s’arrête pas instantanément, puisque c’est ce que Almost Royal cherche à faire émerger.

Les situations sont rarement très drôles. Autrement dit, elles n’ont jamais provoqué chez moi d’éclat de rire incontrôlable. Elles naviguent constamment sur un fil et nous éclaboussent, de temps à autre, par une répartie – improvisée, donc – bien sentie. Mais ces quelques fulgurances restent assez rares et je ne crois pas en avoir vu une par épisode. La scène du pneu crevé (épisode 2), celle du cheval (épisode 3) ou bien quand ils apprennent à danser (épisode 5) sortent du lot, ainsi que la phrase running-gag « God save the queen » prononcée régulièrement par Georgie. Chacun aura certainement son moment préféré. Mais la plus grande qualité de la série, c’est peut-être que les épisodes soient suffisamment courts pour qu’ils ne deviennent pas embarrassants.

Almost Royal n’est pas une série désagréable mais elle ne vous fera pas non plus travailler les zygomatiques. Pour avoir vu la majorité de ses épisodes en un coup, je n’ai pas eu l’impression d’avoir perdu mon temps, en particulier grâce à la variété des situations proposées dans chaque épisode et malgré des personnages relativement peu innovants. La série aura surtout le mérite de vous faire découvrir l’existence de ces deux comédiens anglais issus du stand-up (cf. Amy ici et Ed là). Almost Royal est un complément tout à fait honorable à votre programme télé pour cet été.

(1) A deux exceptions près : à Détroit (épisode 5), Georgie et Poppy participent à un battle de rap qui n’est pas loin de tourner au vinaigre ; et en s’arrêtant à une station essence pour faire le plein à Nashville (épisode 7), ils font la rencontre d’hommes légèrement… impatients.

Catégories : Comédie · Critique · Série américaine