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Série d’été : The Honourable Woman

HonourableWoman

Dans ma sélection des séries à surveiller cet été, je m’étais contenté uniquement des productions américaines. Une bien grossière erreur que j’espère, par ce billet, pouvoir rectifier. The Honourable Woman est un ovni anglais d’une troublante actualité.

Aucun rapport (en fait, presque aucun…) avec la tragédie en Ukraine. The Honourable Woman serait plutôt à rapprocher de la crise qui vient de prendre une énième tournure dramatique au proche-orient. Ce lien est à la fois thématique et en même temps visuel.

Une femme respectable ?

The Honourable Woman parle à la fois d’une femme mais aussi d’une famille et du conflit israélo-palestinien. Nessa Stein préside l’entreprise Stein, ancienne société israélienne de vente d’armes devenue sous son impulsion une fondation humanitaire. Son pari ? Celui d’aider les palestiniens à s’extraire de la pauvreté. Son quotidien, ce sont les apparitions publiques, les discours et le choix des sous-traitants pour des contrats qui pèse des millions.

La série divise son récit, d’une part, en une fresque familiale et, d’autre part, en un thriller d’espionnage. Celui-ci est l’élément déclencheur de la narration. Lors de l’attribution d’un nouveau marché, Nessa Stein appelle à la barre Samir Meshal, un bénéficiaire palestinien. Pas de chance, il s’est suicidé quelques instants auparavant dans des circonstances inquiétantes. Forcément, chaque partie, Israël et Palestine, se renvoie la balle sans se rendre compte que cette mise en scène pourrait dépendre d’un troisième acteur… Pourrait. On n’en est qu’au troisième épisode après tout.

The Honourable Woman devient ainsi très rapidement la réponse anglaise à Homeland, faisant intervenir les services secrets de plusieurs pays au cœur de cette intrigue. Le secret faisant le sel de la série, difficile forcément d’en révéler plus. Mais pour l’instant, après 3 épisodes vus, rien ne prend en défaut leur « plausabilité » dans cet univers qui se veut à la fois réaliste mais aussi psychologique et, parfois même, ésotérique.

Une écriture labyrinthique

Plusieurs séries anglaises récentes ont marqué la télévision de leur puissance visuelle. The Honourable Woman devrait certainement les rejoindre. Sa force, c’est de parvenir à styliser le découpage scénaristique, au service même du genre de l’espionnage auquel appartient la série, sans être confus comme c’était le cas dans le film La Taupe (adapté d’une série anglaise, pour rappel… !).

A l’image du conflit qu’il met en scène au travers de ses rapports économiques, Hugo Blick, créateur de The Honourable Woman, propose un labyrinthe au téléspectateur où l’ellipse est une virgule, un point-virgule, un espace et un point. Si ce montage est déstabilisant au départ, il fini par être logique sur le plan dramatique et prend des tournures assez inattendues comme lorsqu’à la fin de l’épisode 2, la scène est filmée de manière à ce que l’on quitte presque entièrement le champ du rationnel pour entrer dans une latence émotionnelle étonnante.

Pour autant, et c’est peut-être l’une de ses conséquences, ce montage très elliptique semble être l’un des facteurs m’empêchant d’éprouver de l’empathie à l’égard des personnages, en particulier celui interprété brillamment par Maggie Gyllenhaal. Son personnage ne respire pas et semble toujours animés par des forces qui le contraint, au présent et au passé. Son profil psychologique, passant de l’euphorie – que l’on se dit probablement feinte – à la dépression voire à la dépravation, alimente cette sensation. Une scène, qui revient sans cesse, montre ainsi l’impasse dans lequel se trouve Nessa. Cette impasse, qui est une barrière pour le téléspectateur, appuie la notion de labyrinthe sans issue qu’exprime avec pas mal d’ingéniosité The Honourable Woman.

Autre qualité tout à fait triviale mais diablement importante, c’est sa bande son qui accompagne l’histoire assez souvent subtilement. Deux scènes sur l’ensemble des trois épisodes trahissent cette force (vous verrez, elles ressemblent à ce que n’importe quelle série américaine classique aurait pu faire) mais pour tout le reste, c’est jusqu’ici un sans faute.

The Honourable Woman est une série complexe qui parle d’un sujet qui l’est encore plus. Et je dois vous avouer qu’en écrire une critique n’est pas une mince affaire. Mais le sentiment qui me reste à la fin des trois épisodes, c’est de ne pas avoir perdu mon temps. Le récit n’est pas abscons mais il ne prend pas non plus le téléspectateur par la main, pariant sur son intelligence. Les personnages sont bien écrits mais ne m’ont pas pour autant passionné. Le sujet brossé par The Honourable Woman offre ce qu’il faut de nuances, mais en même temps de fermeté sur la question des valeurs, pour ne pas tomber dans un manichéisme dangereux. J’attends les prochains épisodes de pied ferme.

Créée par Hugo Blick. La diffusion a démarré le 3 juillet sur BBC Two. 8 épisodes sont prévus. Pas de saison 2 prévue, l’histoire devant s’achever à la fin de la saison 1.

Catégories : Critique · Drama · Série anglaise