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Série d’été : The Leftovers

Leftovers

Adorée par certains, détestée par d’autres, la fin de Lost ne laissera pas de traces indélébiles dans l’histoire des séries. L’un de ses responsables, Damon Lindelof, n’a pas froid aux yeux et remet le couvert avec une nouvelle série très mystérieuse intitulée The Leftovers. Diffusée depuis le 29 juin sur HBO, l’attente que la chaîne a suscité à son égard était-elle illusoire ?

Réponse : je ne sais pas. Pour l’instant, seuls deux épisodes ont été diffusés sur les 10 prévus pour la saison 1. C’est peu pour se faire une idée, en particulier pour une série de cette trempe. Car à défaut de s’en être pris plein la tronche, Damon Lindelof (et le co-créateur Tom Perrotta, auteur du roman qu’adapte la série – Ah… la créativité des séries américaines !) propose à nouveau aux téléspectateurs de se triturer les méninges devant une enfilade, un peu moins systématique que dans Lost ceci dit, d’énigmes en tout genre.

Oui, quand on a des couilles et que, passablement, on n’écrit pas en pilote automatique sans savoir où on s’aventure, un mystère doit servir au minimum de moteur narratif et, au mieux, s’achever par une réponse à la hauteur de ce qu’il annonçait. N’est-ce pas ?!

Une amorce intrigante

The Leftovers parle d’un monde très semblable au nôtre. Sauf qu’un terrible événement s’est produit : 2% de la population a disparu subitement au même moment. C’est environ 140 millions d’individus. Chacun est touché, de près ou de loin, par cette tragédie, un peu comme les accidents de la route. Trois ans après, presque rien n’a été digéré. La science est muette et le deuil mondial loin d’être réglé. Les groupuscules religieux pullulent, souhaitant profiter de cette soudaine émergence fantasmagorique. A priori, politiquement, les changement existent également mais ce n’est pour l’instant que suggéré.

Nous suivons l’histoire de Kevin, un flic désormais célibataire devant s’occuper de sa fille ado. Sa femme a quitté le foyer pour des raisons encore floues. Elle a rejoint une secte où ses membres, tout de blanc vêtus, font vœu de silence. Ils communiquent par écrit, calepins et crayons en main, et fument sans cesse des cigarettes pour « proclamer leur foi« , à défaut de se choper un cancer des poumons. Leur slogan, qu’ils brandissent le jour de la commémoration des disparus ? « Arrêtez de gaspiller votre souffle » (Stop wasting your breath). Une vraie leçon philosophique pour des lobbyistes pro-tabac.

En fait, c’est à peu près tout ce qu’il y a à dire sur la série. Aucun propos ne se dégage de l’ensemble. La faute est principalement due à l’absence de point de vue sur un sujet qui chatouille pourtant à lui seul un nombre incalculable de thématiques passionnantes, le deuil en premier lieu. A priori, l’espérance, qui peut se confondre dans la foi, devrait être le fil conducteur de la série, à en juger par son générique qui montre une fresque religieuse menant des Hommes, happés par le ciel, vers un paradis fantasmé par ceux qui restent sur Terre. Mais même cette éventuelle ironie, je ne l’ai quasiment pas perçue – et seulement dans le générique. Il y a une raison à cela.

Creuse ton personnage

La caractérisation des personnages est problématique. Elle s’appuie sur le jeu des acteurs qui semblent concourir pour celui ou celle qui incarnera mieux tour à tour la déprime, la colère, la déprime, la mélancolie, la déprime, le chagrin. Ils feraient une jolie concurrence au personnage de Matthew McConaughey dans True Detective. Mais cette ambiance monochrome ne révèle pas, de mon point de vue, un engagement artistique. Il sert d’abord à accentuer, très artificiellement car de manière systématique, la pression dramatique des quelques mystères disséminés dans le scénario.

Et sur cet aspect, tout est lié. Kevin, le flic, a donc sa femme dans une secte mais aussi un fils qui bosse pour un gourou nommé Wayne. On ne sait rien de ces cultes ésotériques, si ce n’est qu’ils ne semblent pas motivés par et pour d’excellentes raisons. Mais Kevin est lui-même l’objet d’un mystère puisqu’il fait plusieurs expériences qui troublent sa frontière du réel et de l’irréel. On suit bien le schéma d’une série américaine traditionnelle où le personnage principal incarne à lui seul la thèse de l’œuvre : il est à la fois le questionnement humain de cette disparition mondiale mais il va pouvoir aussi, peut-être, lui trouver une réponse adéquate. S’il en existe une.

Au sein de ce schéma, les personnages secondaires ont bien des difficultés d’exister. C’est le cas pour la fille de Kevin dont les aventures sont aussi passionnantes qu’une certaine Kim Bauer dans 24 Heures Chrono. D’ailleurs, on notera que j’ai résolu déjà l’énigme de la série : ce sont les directeurs de casting américains qui ont sélectionné les 140 millions disparus. Tous les moches ont disparu de la surface de la Terre. Une tolérance est néanmoins appliquée aux rôles secondaires quand ils n’ont pas ou peu de répliques.

Enfin, j’en ai parlé rapidement, une dimension haletante est incluse dans le package. L’intrigue autour du fils de Kevin, Tom, devient centrale lors du second épisode puisque la secte dont il semble être l’un des larbins est la cible d’une descente des forces de l’ordre. Tom est poussé dans ses derniers retranchements – et sa loyauté envers son boss, Wayne, est bousculée.

Pour l’instant, The Leftovers peine à retenir mon attention. Ses enjeux microscopiques (à l’échelle des personnages) et macroscopiques (à l’échelle du monde décrit) présentent une légère touche d’originalité grâce au caractère fantastique du récit mais ils ne sont pas sublimés par un traitement singulier. Ce dernier vit mal les lacunes de l’écriture de ses personnages, qui ne semblent exister que dans un rêve de Rust Cohle. Les mystère sont encore assez faibles mais, tout comme dans Lost, il faudra certainement patienter pour qu’ils prennent de l’ampleur. En fait, la série est à l’image de sa bande son, celle d’une publicité faussement peu-clinquante (alors qu’elle l’est vachement, si vous voyez ce que je veux dire).

Créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta. Adaptation du roman du même nom de Tom Perrotta. 10 épisodes prévus.

La série est diffusée en France sur OCS City au lendemain de sa diffusion américaine.

Catégories : Critique · Série américaine