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Replay : Halt & Catch Fire, Ainsi Soient-Ils…

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Cette semaine, je vous livre mon verdict sur quatre séries. Je commence par la série familiale danoise Arvingerne qui interroge notre rapport à l’héritage mais on explorera également le monde de l’informatique au travers de deux créations américaines. Silicon Valley, d’abord, s’en amuse alors qu’Halt & Catch Fire examine son histoire. Enfin, last but not least, je vous partage mon sentiment sur le début de la saison 2 d’Ainsi Soient-Ils qui était projetée en avant-première lors du festival Séries Mania.

 

Arvingerne (DR1)

Épisodes vus : 10 / 10 diffusés

L’histoire. La mort de Veronika Grønnegard, artiste mondiale connue, laisse derrière elle un champ de mines pour ses enfants. Le déclencheur : elle lègue finalement le manoir familial où elle travaillait à Signe qui ignorait qu’elle est sa fille. Ses trois autres enfants sont sous le choc, partagés entre ce qui leur était promis et leur nouvelle sœur.

Je vous en avais déjà touché un mot lors de Séries Mania. Finalement, j’ai pu terminer la série avec grand intérêt. Certes, l’entame d’Arvingerne n’est pas son fort mais la mise en place des relations humaines dans cette famille en pleine mutation est réalisée la plupart du temps correctement. Et, de manière étonnante, le sujet de l’héritage artistique – support de réflexion au concept de la transmission en opposant le matériel (œuvres d’art, en l’occurrence) et l’immatériel (la construction d’une famille) – devient même source de suspense.

Reste la frustration du comportement du personnage de Signe, porte d’entrée de la série. Sa naïveté redondante devient, à force, injustifiée. Du coup, elle m’a grave tapé sur le système. Un drama familial plus que correct.

Créée par Maya Ilsøe. 10 épisodes diffusés entre le 1er janvier et le 2 mars 2014.

 

Silicon Valley (HBO)

Épisodes vus : 8 / 8 diffusés

L’histoire. Richard Hendriks ne sait faire qu’une chose, programmer. En révolutionnant le domaine de la compression, il s’ouvre les portes des start-ups financées par les gourous de la Silicon Valley. Sauf que lui et son équipe n’ont aucune idée dans quoi ils vont s’engager.

Il faut parfois admettre des choses déplaisantes : Silicon Valley ne partage aucun point commun avec Lolo Ferrari. Non, ici, on parle plutôt « start-ups« , « apps« , « algorithme« . Silicon Valley, c’est le royaume des entrepreneurs d’Internet aux États-Unis, là où s’épanouissent Google, Apple ou encore Facebook. Et c’est aussi le cas de Pied Piper, l’entreprise montée par Richard, notre héros loser entouré d’une équipe qui ne l’est pas moins. Loser mais attachant en réalité car malgré son incapacité à se comporter convenablement dans un environnement social, il ne manque pas de bonne volonté.

Le problème, c’est que la série démarre très lentement, tout comme cette chronique. Si bien que si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’à l’épisode 4, ou bien jusqu’à cette phrase, c’est que vous avez consommé une partie de votre courage, ce courage qui vous incite par exemple à vous lever un peu plus tôt un dimanche matin pour aller faire un jogging parce que vous culpabilisez d’avoir commandé une douzaine d’hamburgers la veille. Bon, tant pis pour vos artères, et à condition d’aimer l’humour à base de verges, vous ferez vibrer une partie de vos zygomatiques. C’est déjà franchement pas mal pour une comédie.

Créée par Mike Judge. 8 épisodes diffusés entre le 6 avril et le 1er juin 2014.

 

Halt & Catch Fire (AMC)

Épisodes vus : 3 / 3 diffusés

L’histoire. Joe McMillan est un vendeur de rêves ayant quitté IBM. Gordon Clark est un ingénieur informaticien qui bosse pour Cardiff Electric, où vient d’être embauché Joe. Les deux vont s’associer pour révolutionner le monde de l’informatique dans les années 80, à l’époque où tout le monde cherche à faire tomber le N°1, IBM.

AMC a déjà eu le goût de nous plonger dans les années 60 avec Mad Men et le début de l’émancipation des femmes dans le monde du travail. Elle nous propose cette fois-ci une plongée dans les années 80 au moment où IBM est roi de l’informatique et où tout le monde veut prendre sa place. C’est le cas de Joe, Gordon et Cameron qui finissent par faire équipe afin de créer une machine révolutionnaire pour l’époque : un ordi-valise (c’est résumé grossièrement mais c’est à peu près ça). Forcément, on n’échappe pas au jargon moyennement accessible de l’informatique de bas niveau, c’est-à-dire le codage binaire, le BIOS, et tous ces trucs qui ne font plus rêver grand monde.

Le problème, c’est que de ces trois personnages, au moins deux peinent à exister réellement. La nana blonde, qui se tape Joe dès les premières minutes, est une fausse rebelle qui envoie chier tout le monde, qui dort dans son bureau, qui ne se lave pas mais qui, apparemment, a toujours le visage pouponné nickel façon maquillage « naturel » (ce qui n’a plus rien de naturel quand on le remarque, en particulier sur un personnage caractérisé ainsi). On est bien loin de la subtilité dont faisait preuve Mad Men à l’égard de la gent féminine.

Mais ce problème est symptomatique d’une inconstance de la série, celle d’être incapable d’associer son récit à son vernis. Une des dernières scènes de l’épisode 2 l’incarne particulièrement. Alors que Joe révèle à Gordon et Cameron une partie de son passé trouble au travers d’un monologue qui finirai presque par être touchant, difficile de ne pas en omettre la mise en scène ridicule : chemise ouverte, cicatrices sur son torse poilu mais musclé, pleurant à chaudes larmes dans la nuit sombre et moite, sanglot alcoolisé, phares de la voiture bien entendu allumés pour accroitre la puissance dramatique du moment. Non, parfois, trop, c’est trop. Mais le plus admirable, c’est que j’ai tout de même envie de connaître la suite des événements. Et, surtout, de m’acheter son excellente B.O.

Créée par Chris Cantwell et Chris Rodgers. 10 épisodes prévus. Diffusion depuis le 1er juin 2014.

 

Ainsi Soient-Ils (Arte)

Épisodes vus : 6 / 0 diffusés (les deux premiers projetés à Séries Mania)

L’histoire. Après le départ du Père Fromenger, le séminaire des Capucins tombe sous la coupe du Père Bosco, moins progressiste que son prédécesseur. Pour nos séminaristes, cette deuxième année sonne comme un retour à l’ordre.

Coup de poing. C’est ainsi que je résume mon premier visionnage des épisodes de la saison 2. Émotion. C’était ce qui perdurait à l’issue de la projection lors du festival Séries Mania où le public a pu découvrir les deux premiers épisodes en avant-première. Les scénaristes ont corrigé les défauts les plus évidents de la saison 1 (l’interprétation de certains personnages comme Guillaume, conditionné par une mauvaise caractérisation à l’écriture) et ils font résonner l’histoire avec la société française comme aucune série n’a su le faire jusqu’ici. Dès la toute première scène, dont je préfère taire le contenu, l’intensité de cette saison 2 est accablante.

La force vient aussi du côté des nouveaux personnages. L’orientation « normale » du Père Poileau qui doit redresser l’Église de France, croulant sous les dettes, est sublimée par la prestation bluffante de Jacques Bonnaffé. C’est toujours bon signe de voir une série progresser de saison en saison. Mais quand c’est aussi puissant, ça me laisse sans voix. A ce rythme-là, je dois bien le confesser, Ainsi Soient-Ils pourrait s’arracher une place dans mon cœur aux côtés des plus grandes. A découvrir à la rentrée sans retenue.

Créée par David Elkaïm, Bruno Nahon, Vincent Poymiro et Rodolphe Tissot. Saison 2 diffusée à la rentrée 2014.

Catégories : Comédie · Drama · Série américaine · Série du monde · Série française