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Happy Valley, la nouvelle Broadchurch

HappyValley

Vous l’avez senti, cette tempête anglaise rafraichissante ? Celle qui, nommée Broadchurch, vous a glacé le sang ? Prenez gardes. Une nouvelle dégradation vient de s’abattre sur l’Angleterre. Cette fois-ci adieu la côte Sud, bonjour le Yorkshire, une région située à mi-chemin entre Londres et Glasgow. Bienvenue à Happy Valley, où moiteur et humidité s’accordent si étrangement avec l’humeur de ses habitants.

C’est la nouvelle sensation de la fiction britannique. Une de plus. Celle qui fait dire à la presse anglaise qu’il s’agit d’une des meilleures séries dramatiques de l’année. Pour l’instant. Oui, prenons nos précautions, il reste encore 6 mois. Alors, pourquoi Happy Valley a-t-elle autant intéressé nos voisins ? Il existe plusieurs éléments de réponse mais ne nous empressons pas.  Commençons déjà par poser les bases de la série : de quoi ça parle ?

L’histoire. Catherine Cawood est une policière expérimentée d’une cinquantaine d’année qui gère les situations délicates avec aisance. Sa vie privée est plus compliquée. Elle doit s’occuper de Ryan, l’enfant de sa fille décédée il y a quelques années dans des circonstances choquantes que je vous laisse découvrir. Séparée de son mari depuis ce drame, elle est coupée de sa famille, son fils ne lui adressant quasiment plus la parole. Il lui reste sa sœur avec qui elle vit et qui l’aide à élever Ryan.

Mais le traumatisme originel qui a engendré ces conditions familiales complexes est sur le point de refaire surface au travers d’un fait divers aux allures sociales : un comptable décide, avec l’aide de complices, de kidnapper la fille de son patron pour lui soutirer de l’argent. Forcément, les deux intrigues (le quotidien de la policière d’un côté, la prise d’otages de l’autre) finissent par se rejoindre. Et ce n’est pas joli-joli à voir.

Bande-annonce

A l’image de son excellent générique dont la chanson l’illustrant s’intitule « Trouble Town », du jeune Jake Bugg, Happy Valley narre ainsi le destin de personnages d’une petite ville où tout le monde se connait sans se parler.

Mais alors que Broadchurch inscrivait sa tension dramatique à partir d’un interdit – ce que l’on ne découvre qu’à la fin -, le récit d’Happy Valley est lui beaucoup plus imprégné de thématiques sociétales comme l’emploi, la justice (au travers de la morale en particulier) et, surtout, la drogue. Ce propos était inexistant dans Broadchurch qui préférait tisser la trivialité du quotidien autour de son intrigue policière et des excellentes grimaces de David Tennant.

Écriture fine…

Pourtant, les deux séries se rejoignent de temps à autre. Leur point commun, fabuleux pour moi, c’est d’être capable de faire ressentir au téléspectateur la force d’un drame au moment où l’un des personnages le vit ou le découvre sans user de violons ou d’artifices hollywoodiens. Le naturalisme pour étayer la puissance dramatique, c’est la meilleure leçon que nous enseigne la fiction britannique actuelle.

Cette authenticité a un risque : à force d’en user, elle peut également perdre de sa saveur. Pour ma part, les retournements à répétition de Broadchurch avaient, à force, une sale odeur de toc. Et la conclusion de la série me laissait en bouche un goût de tromperie tant les scénaristes avaient usé d’effets d’intrigues. Il n’y a que deux événements de cette taille dans Happy Valley (épisode 3 et épisode 4) mais ils ne jurent presque par aucun défaut, si ce n’est d’être parfois légèrement prévisibles mais surtout diablement logiques. De toute façon, leur intérêt est ailleurs : explorer la psychologie du personnage principal.

C’est la grande réussite d’Happy Valley. Sarah Lancashire, qui interprète la policière Catherine Cawood, est d’une justesse incroyable. Je vous mets au défi de ne pas rigoler ou pleurer en sa compagnie lorsqu’elle est mise à l’épreuve. Ce personnage, qui jouit d’une autorité incontestable, nous transporte entre ses humeurs et ses failles, y compris lorsqu’elle va jusqu’à remettre en question sa haute et belle conception de la morale. Et, par ailleurs, c’est particulièrement agréable de voir un personnage principal féminin présenté, dès la première scène, par sa compétence et non dans son rapport à la maternité.

Générique de la série – Musique : Trouble Town / Jake Bugg

… mais écriture fébrile

Mais Happy Valley cache également des faiblesses. Tout comme dans Top of the Lake, les personnages masculins sont soient bêtes, soient méchants, souvent les deux. Y compris l’enfant qui est l’un des deux d’une scène à l’autre. Bon, okay pour lui, il a l’excuse d’être jeune et d’avoir un cadre familial particulier. Mais pour les autres, de la hiérarchie policière à l’ex-mari en passant par le fils, le comptable ou les « méchants », c’est moins défendable. C’est sur le terrain de leurs motivations que la série ne prend aucun gant : quand intervient le moment des explications des relations familiales chez les Cawood, elles ne tiennent pas vraiment à cause de l’absence de nuances qu’elles impliquent chez le comportement du mari et du fils. Difficile également de justifier la toute dernière évolution du « grand méchant » qui tourne à l’invraisemblance.

Même si la série propose des scènes fortes finement écrites, elle a tendance à sous-traiter d’autres aspects et peut faire appel à une certaine surenchère dramatique un peu inutile et inutilisée. Les « femmes de », oserai-je les appeler parce qu’elles ne servent pratiquement que de faire-valoir à leur mari, cumulent ainsi le handicap pour l’une et le cancer pour l’autre. Comme s’il fallait décupler la compassion qu’on doit ressentir à leur égard alors qu’elles tiennent un rôle mineur dans le récit. Heureusement qu’en miroir aux personnages masculins détestables, elles ne sont pas non plus moralement impeccables. C’est déjà ça.

Happy Valley est incontestablement une très bonne série. L’intrigue principale est, au moins, aussi efficace que celle de Broadchurch et respecte l’intelligence du téléspectateur sans trop utiliser de ficelles rocambolesques. La série se démarque surtout par un personnage principal féminin charismatique et puissant, émotionnellement et psychologiquement, qui révèle une finesse d’écriture épatante. Les défauts, présents, n’occultent pas toutes ces qualités. J’en redemande.

Créée par Sally Wainwright. Saison 1 de 6 épisodes diffusée sur BBC One du 29 avril au 3 juin.

Catégories : Critique · Drama · Série anglaise