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Stop. Aux. Remake.

BroadchurchGracepoint

Gracepoint (Fox) à gauche, Broadchurch (ITV) à droite

Ils rassurent. C’est moins cher. Y a pas de surprises. Le remake est devenu un axe stratégique pour les diffuseurs du monde entier. Mais avant d’expliquer les raisons de mon coup de gueule, posons cette question : c’est quoi un remake ? Ah-ah. Ah-ah. Ah… ah. Oui, je cite Pierre-Emmanuel Barré même s’il n’a pas encore écrit de chronique sur le sujet (Pierre-Emmanuel, je te fais un bisou sur la fesse).

Un remake est un terme anglais constitué du verbe « make » (faire) et du « re » qui évoque une répétition. Ainsi, l’ensemble pourrait se traduire par : « Je n’ai aucune envie de me casser la tête à commander une série originale, je préfère réitérer ce qu’ont déjà fait les autres avant moi car je manque profondément de couilles et d’imagination. » Bon, ça, c’est la version longue. En version courte, on dirait juste « refaire« . Sauf qu’on dit « remake ». En tant que suiveur de Bernard Pivot sur Twitter, je m’oppose à cette coutume. Tout le reste de cette chronique utilisera le terme « refaire ».

Le refaire – bon, alors, en fait, ça me gonfle… Le remake, donc, est devenu une valeur sûre pour les diffuseurs, la plupart du temps commerciaux comme les emblématiques américains. Ils se sont notamment appuyés sur ces remake depuis la grève des scénaristes en 2007 qui a secoué le petit monde hollywoodien. Depuis, ils s’intéressent particulièrement à reproduire les séries anglaises qui, entre temps, ont su s’imposer – ou, en tout cas, être écoutées et vues – dans la mondialisation. D’autant qu’elles jouissent, forcément, de l’influence historique de la Grande-Bretagne et, nécessairement, de la langue pour s’exporter. Par exemple, l’Australie, ancienne colonie, est un territoire qui se nourrit depuis longtemps de la fiction britannique.

Nous sommes également concernés en France par cette tendance. Une société de production en est même devenu le symbole : Shine France, à qui l’on doit Tunnel sur Canal+ (la série dano-suédoise originale s’appelle Bron), prépare également une version française de la série turque The End, mais également une version française de Broadchurch, la série anglaise qui a stupéfait les dirigeants de France 2. C’est justement sur cette chaîne que ce remake français est prévu. Le serpent se mord la queue.

Et j’en viens aux raisons de ce coup de gueule. Dans le fond des choses, même si un remake est bien développé, comme ça semble être le cas de Tunnel d’après divers échos, qu’est-ce qu’il révèle ? Comment croire à la sincérité d’un engagement créatif et artistique quand tout est déjà pré-mâché, personnages et intrigues compris ? A quoi bon faire et refaire ce qui a déjà été fait avant en changeant simplement ses artifices pour adapter l’œuvre aux contraintes culturelles locales ?

En télévision, en particulier dans le monde de la fiction, l’argent est une contrainte immense. La première. Quand elle devient également la première et unique motivation, c’est là qu’elle devient la moins créative, originale, innovante, et qu’elle commande des remake en pagaille. C’est déjà grave pour une chaîne commerciale – il n’y aurait pas eu de Friends ou d’X-Files sans le brin de pari qu’a constitué leur commande – mais c’est encore plus consternant lorsque cela peut venir d’un service public dont la mission est de valoriser la richesse et la créativité du pays.

Aux États-Unis, cette production de remake explose. Et pour cause : l’une de ses chaînes les plus influentes, CBS, a inculqué au pays depuis une dizaine d’années la culture de la série dérivée (spin-off) qui est un remake déguisé. Cette crise des remake révèle ainsi, avant tout, une crise artistique : la grande télévision américaine gratuite, que l’on a tant choyé pour avoir créé Les Simpsons, Urgences ou The West Wing, serait incapable aujourd’hui de telles prouesses. Tant qu’elle ne parvient pas à se relever de cet héritage récent et douloureux, elle est (presque) vouée à voir réduire encore un peu plus chaque jour son influence.

Désormais, ce sont vers les autres pays que l’on se tourne, que l’on cherche le Graal. Ceux d’Europe du Nord voire même de l’Asie ou de l’Océanie. J’ai été particulièrement fier d’appartenir au jury qui a remis le prix de la meilleure série du monde, lors de Séries Mania, à une production japonaise, Woman. Ces territoires ont comme point commun, tiens donc, de ne pas avoir choisi de suivre le chemin qu’ont emprunté les chaînes françaises, TF1 en première ligne, en voulant rediffuser et/ou reproduire le travail de nos amis américains.

Parmi ces modèles différents, le plus fort vient d’un voisin très proche de nous, le Royaume-Uni. Son service public, la BBC, est l’un des groupes audiovisuels les plus influents au monde. Ses chaînes privées essaient de mimer (et, parfois, de dépasser) sa qualité. Broadchurch, qui vient du TF1 anglais, ITV, deuxième chaîne du pays, suffit à démontrer le fossé qui sépare notre paysage audiovisuel du leur. Cette Broadchurch là est justement adaptée aux États-Unis par la Fox sous le titre Gracepoint. Ils viennent d’en dévoiler la bande-annonce avant une diffusion prévue à la rentrée. Un malin internaute s’est amusé à comparer les images de la série originale anglaise et de son adaptation américaine. Voilà.

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