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Series Mania : Black Mirror

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Copuler avec un animal d’élevage, discuter avec l’avatar informatique d’un mort, enregistrer toute sa vie sur vidéo… Ceci n’est qu’un échantillon des situations dispersées dans les 6 épisodes déjà diffusés sur Channel 4 au Royaume-Uni de Black Mirror. Elle était présentée hier soir à Séries Mania devant une salle comble, autant choquée qu’émerveillée.

Si la série est présente à Séries Mania cette saison, c’est qu’il y a une raison. Une chaîne française vient d’en faire l’acquisition, France 4, et la diffusera le 1er mai à 22h30 (22h chez les Anglais). Il était temps. La première saison date de 2011 et a été immédiatement adoubée par la sphère des sériephiles, pour son audace, sa créativité et la satire technophile et technocrate qu’elle produit sur notre époque. Si l’on dit souvent que les séries sont le reflet de notre société, Black Mirror en est peut-être l’écho le plus sombre et le plus angoissé de tous.

Cette série est une anthologie : à l’exception du thème, rien ne relie les épisodes. Et donc, à chaque nouvel épisode, une nouvelle histoire et, surtout, un nouveau motif d’inquiétude. Sur quoi ? Sur notre rapport aux (nouveaux) médias, aux nouvelles consommations, aux nouveaux objets technologiques. Comment faire renaître l’amour de sa vie ? Êtes-vous prêt à tout pour devenir célèbre ? Le spectacle infantilise-t-il la politique ? Interroger et s’interroger, c’est en substance la qualité et le principal objet de la série. Ces questions ne sont qu’un échantillon et je suis sûr que d’autres devraient venir embêter votre conscience lors du visionnage.

Celui qui a initié la série sait de quoi il parle. Charlton Brooker, alias « Charlie », a déjà un passé dans le monde des séries et s’était déjà intéressé, en 2008, au monde féérique de l’audiovisuel. Il avait imaginé Dead Set où l’on découvrait comment il pouvait allier avec magie deux produits issus de la culture populaire : les zombies… et la télé-réalité. Chez nos amis les anglais, il est désormais reconnu, à la fois en tant que scénariste, mais également comme éditorialiste (il a remporté le prix de l’éditorialiste en 2009 lors des British Press Awards) quand il signe des tribunes osées dans le Guardian.

Cet appétit pour l’information détournée, il l’a de toute façon développé depuis des années. On connait moins en France les émissions satiriques (on doit bien avoir Groland ou Le Petit Journal…) ; lui, il en est l’hôte depuis 2006. Il a ainsi passé au vitriol l’actualité au travers de ses émissions « Wipe » (essuyer) qui prennent différentes formes et noms en fonction des années : dans Screenwipe sur les programmes télé, dans Newswipe sur le travail des médias, dans Gameswipe sur les jeux vidéo… Dernièrement, il a présenté Weekly Wipe sur BBC2.

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Image extraite de l’épisode 2, saison 1, intitulé « 15 Million Merits »

Et justement, l’un des épisodes de Black Mirror les moins appréciés, l’épisode 3 de la saison 2 intitulé « Le Show de Waldo » projeté à Séries Mania, parle de son point de vue sur l’utilisation de la parodie et de la satire au profit, ou non, des débats de société et en particulier du monde politique. Même si cet épisode est le moins probant, il y a quand même des tas de choses à y piocher, surtout quand on recontextualise son récit en parallèle de l’expérience d’animateur de Charlie Brooker.

Le fait est que je n’ai aucune envie de révéler davantage du moindre contenu d’un épisode : j’en ai déjà trop dit et ce serait manquer de respect à l’inventivité, l’audace et l’énergie de Black Mirror. Jetez-vous dessus. C’est presque un ordre.

Catégories : Critique · Série anglaise