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Une série est bonne quand…

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Après avoir laissé infuser toute ma sagesse dans le précédent billet, je retrouve cette fois-ci une partie de ma jeunesse. Les listes, il parait, c’est genre « in », ça « buzz », ça peut faire « lol », ça se « share ». Bref, les listes sont insignifiantes, c’est pour ça qu’elles sont utiles. Ainsi, le petit con qui sommeille en moi ne pouvait pas passer à côté de cet exercice imposé par l’Internet des Gens. D’autant qu’on peut lui trouver parfois de l’utilité. Parfois.

1. Elle ne fait pas tout un cinéma.

N’avons-nous pas déjà suffisamment, en France, de films auto-centrés sur une classe sociale bien spécifique, et qui se prennent la tête sur l’existence de leurs petits nombrils ? Si la prétention doit faire partie intégrante de la posture esthétique du cinéma (ce n’est pas mon avis, c’est un « si » !), alors que la série lui laisse ce champ de mines et se concentre sur son essence : « L’histoire, l’histoire, l’histoire » dit-on. Ou bien les personnages, les personnages, les personnages, comme le disait Violaine Bellet récemment ici même. Faire une bonne série, ça ne peut pas être un bon film étiré simplement en longueur. Notre rapport à l’histoire, à la temporalité et aux personnages sont trop différents pour qu’il suffise d’étendre artificiellement un récit.

2. Elle y réfléchit à deux fois.

Il existe deux types de séries dans le monde : les séries policières américaines, et le reste. Ce qu’elles révèlent ? Pas grand chose. Pas volontairement en tout cas. Juste qu’il faut enquêter sur des crimes pour jeter en prison des malotrus. Bon, en réalité, de nombreuses autres séries ne parlent de rien du tout ou presque. Elles seraient trop nombreuses pour les nommer mais sachez que les chaînes payantes américaines sont également touchées par le phénomène. Sur HBO, c’est même une hémorragie. Ça avait démarré par True Blood (mouahahah, et moi qui, naïvement, croyait que cette série allait parler de la « différence« …) et ça continue avec Game of Thrones dont la subtilité politique parviendrait à faire passer 24 Heures Chrono pour une thèse sur le terrorisme. Elles sont rares, ces séries qui pensent et font penser ; ces séries qui développent un sujet, l’ausculte sous toutes les coutures, le réduit en purée pour en faire un plat gastronomique ; ces séries qui font vivre leurs personnages pleinement, entièrement dans leurs maux et leurs richesses ; ces séries qui ne méprisent pas l’intérêt premier de la fiction, parler de l’Homme quel qu’en soit l’aspect, du plus agréable au plus répugnant. Eh oui, elles sont rares, les séries qui nous rendent intelligents. Bon, j’vais voir Game of Thrones 4.02, parait qu’il se passe un truc de ouf.

3. Elle regarde ailleurs.

Il existe deux façons, pour une bonne série, de s’aventurer dans des contrées inexplorées. Soit elles choisissent un sujet original. Tout dernièrement, 3 X Manon s’est intéressée aux centres éducatifs fermés, problématique rarement développée. Ce n’est qu’un exemple car il y a une infinité de sujets à explorer. Soit elles choisissent un traitement original. Un sujet tout neutre comme le trafic de drogue peut à la fois dériver sur une critique sociétale dans The Wire ou l’élaboration d’un monstre dans Breaking Bad. Ce n’est pas parce que la très grande majorité des séries policières actuelles prennent la forme des Experts qu’elles ne peuvent devenir Broadchurch. Donc je résume : il faut un bon sujet, un bon traitement ou, carrément, les deux.

4. Elle parle vrai.

Là, on rentre dans des considérations nationales. Arrêtez de regarder des séries doublées ! Déjà, ça vous apprendra un peu à lire les sous-titres et, surtout, ça vous permettra de connaître réellement l’œuvre originale. Cela passe, à mon sens, par deux idées. Primo, la forme. 90% du jeu d’acteur passe par la voix, les intonations, les silences. Enregistrer une toute nouvelle piste audio de dialogues, via le doublage, c’est se passer de ce que l’acteur a de plus cher à offrir. Et secundo, le fond. Il s’agit du langage. C’est peut-être le plus important car c’est lui qui détermine également la forme, la manière de prononcer un mot mais surtout la manière de raconter l’histoire. Toutes les langues ne se correspondent pas parfaitement : en traduisant, on réduit nécessairement la portée et les nuances culturelles de chaque mot sélectionné par le scénariste en le remplaçant par d’autres qui ne sont peut-être pas ceux désirés. Une bonne série est donc respectueuse du langage de l’auteur. Autrement dit : Sherlock en VO > Sherlock en VF. Forcément.

5. Elle ne reproduit pas.

Une bonne série n’est pas un remake. Certes, ce remake peut être intéressant mais s’il ne s’affranchit pas de son cadre de reproduction, il ne sera qu’une occurrence inutile d’une œuvre originale. Or, c’est pourtant le cas de la très grande majorité des remake. Et pour cause : les diffuseurs commandent ces productions justement en espérant s’appuyer sur le capital « succès » de l’œuvre originale. Bref, en réduisant le risque.

6. Elle est constante.

Le problème d’une série, c’est qu’elle est multiple. C’est un problème mais c’est son principal avantage. Chaque épisode se doit de justifier sa présence par le biais d’intrigues qui font avancer les personnages, l’histoire et/ou le point de vue des scénaristes. La force d’une bonne série, c’est donc de parvenir à s’enrichir perpétuellement. Surtout pas en y appliquant un vernis d’action systématique, mais en mettant l’action au service d’une réflexion, d’une idée, d’un sentiment. De n’importe quoi qui portera l’œuvre un peu plus loin et un peu plus haut que lors de l’épisode précédent. C’est aussi pour cette raison que j’ai tendance à préférer les séries aux saisons courtes. Parce que, concrètement, je ne vois pas comment il est possible de rester intéressant et cohérent sur 24 épisodes par an, malgré une armée de scénaristes. J’ai un amour gigantesque pour The West Wing mais je ne pourrais pas prétendre que l’ensemble de ses saisons soient parfaites. Après, en valeur absolue, ça reste une série qui propose tout de même un nombre de bons épisodes assez incroyable. Admettons-le.

7. Elle ne me donne pas raison.

Pour ceux qui regardent des séries, y compris quand elle ne vous plaisent pas, c’est un enchantement de les voir évoluer au point où elles changent votre avis. Il est toujours difficile d’estimer si c’est vous qui avez changé ou si c’est l’œuvre : en fait, c’est probablement un peu des deux. Par exemple, Out of Gas a été un coup de fouet dans ma tronche et m’a soudainement fait réaliser, peut-être trop tard, que Firefly pouvait dépasser sa couche superficielle. Plus mineur, les premiers épisodes de Six Feet Under et de Mad Men m’avaient presque achevé. Tomber amoureux d’une série peut se faire d’un coup d’un seul. C’était mon cas avec Breaking Bad ou Black Mirror. Et parfois, il faut du temps. Un peu comme dans la vie. Un peu comme avec les productions anglaises.

8. Elle n’est pas forcément américaine.

Non, les séries américaines ne sont pas les meilleures séries du monde. Il n’y a pas besoin d’argumenter là-dessus, les faits permettent de le démontrer chaque jour toujours un peu plus.

PS : J’oublie certainement des tas d’autres critères. En particulier la nécessité, en tant que scénariste, de ne pas s’appeler Jean-Luc Azoulay.

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