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Inside No 9, l’horreur des maisons

 

InsideNo9A gauche, Reece Shearsmith et à droite, Steve Pemberton. Ils apparaissent dans la plupart des épisodes, souvent dans les rôles principaux

Trois ans après le dernier épisode de Psychoville, Reece Shearsmith et Steve Pemberton ont remis le couvert. Leur nouvelle création s’appelle Inside No. 9 et pourrait tout autant vous terroriser que vous étonner.

Difficile de décrire Inside No. 9 en cela qu’elle est une série anthologique par épisode. Autrement dit, à tous les épisodes, il y a un renouvellement des personnages, des intrigues, des décors et des situations. Ceci dit, plusieurs marqueurs permettent de faire le lien et dressent aussi le propos de ses auteurs.

Une part de contraintes

D’abord, il y a les éléments concrets, les « contraintes » pourrait-on dire. La première, le chiffre 9, qui sert avant tout de clin d’œil à la série car chacun de ces univers décrits se cachent derrière une porte numérotée ainsi. Surtout, tous les épisodes sont des huis-clos : si vous êtes claustrophobes, ce n’est peut-être pas pour vous.

Pour ma part, j’ai toujours cru que la contrainte, en particulier dans l’espace, était le tremplin de la créativité. C’est pour ça que j’ai toujours aimé les épisodes ainsi fermés dans un seul lieu, là où seule l’originalité et l’innovation narrative pouvait transformer un épisode banal qui raconterait une histoire banale en quelque chose de plus intense qui nous ferait voyager au-delà de ses murs hermétiques.

Tous les épisodes, six au total, d’Inside No. 9 n’y parviennent pas totalement à mon sens mais l’ensemble de la première saison réussi ce tour de force de nous projeter dans des univers qui, à chaque fois, proposent une part d’audace. Je pense au premier épisode intitulé « Sardines » dont la majorité des scènes se déroulent, tenez-vous bien, dans un placard, lequel est peuplé jusqu’à 7 ou 8 personnages (difficile de tenir le compte) ! Mais d’autres surprises, encore plus étonnantes, vous attendent.

Socialement bizarre

Le marqueur principal, le vecteur comme on pourrait dire, de la série, est sa thématique. Vous vous rappelez probablement de Black Mirror, cette série anthologique utilisant le zoom grossissant de la fiction pour mettre en exergue les dérives possibles des nouvelles technologies. Inside No. 9 n’est pas particulièrement technophile. En revanche, elle creuse très clairement le sillon du social et, en particulier, de son ascenseur.

La couleur de l’argent, premier facteur et facteur premier dans notre société où tout n’est plus qu’économique, est présente du début jusqu’à la fin, soit de manière apparente (épisode 2, 3 et 4), soit beaucoup plus subtilement dans l’épisode 5 où quitter la précarité devient une motivation au mélange du réel et de la fiction.

Tour à tour, Inside No. 9 montre le silence des disputes conjugales (épisode 2), évoque les difficultés de la dépression (épisode 4) ou, plus excentrique, contourne les codes de l’horreur pour dénoncer la prise en charge sociétale des personnages âgées (épisode 6). La jeune fille, qui découvre l’horreur cachée dans la maison bien sombre de ce dernier épisode : « Vous êtes tous fous. C’est de la maltraitance. Votre frère n’est pas possédé. C’est un vieillard apeuré attaché à ce lit depuis 50 ans. » Trop tard, le mal est déjà fait.

A noter enfin qu’un épisode 7 interactif est à découvrir sur Internet. Intéressant plus pour l’expérimentation que pour l’histoire.

Inside No. 9 n’est pas aussi percutante et outrancière que Black Mirror, autre géniale série anthologique britannique. Mais son propos n’en est pas moins intense. D’autant qu’on ressent dans l’écriture un plaisir évident à troller les codes audiovisuels classiques (tout un épisode dans un placard ! tout un épisode muet ! etc). Regarder Inside No. 9, c’est comme lire un bon recueil de nouvelles qui parvient, presque systématiquement, à nous étonner. A voir.

Inside No. 9 (BBC Two). Créée par Reece Shearsmith et Steve Pemberton. Saison 1 de 6 épisodes diffusés du 5 février au 12 mars 2014. Avant même que la saison 1 soit diffusée, la chaîne avait déjà commandé une saison 2.

 

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