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Lazy Company, guère drôle ?

LazyCompanyOCS est un peu un ovni du paysage audiovisuel français. Un ovni coincé entre deux mondes. Le premier est celui de la télévision payante classique, format Canal+, où les deux groupes s’affrontent sur l’achat des droits de diffusion. L’ex-Orange Cinéma Séries a cette année sécurisé son contrat avec HBO ce qui lui permettra de diffuser en première fenêtre française ses séries. Pour le second, OCS a également choisi de se développer une image de créateur original en produisant un format mine de rien quasi inexistant en France : la comédie de 26 minutes. Lazy Company, dont je vais parler aujourd’hui, fait parti du package.

Jusque-là, vous me direz que ça ne change pas vraiment de Canal+. La chaîne cryptée propose également des comédies de 26 minutes comme Platane ou Kaboul Kitchen. Mais une différence majeure les distingue de ses consœurs QI ou Lazy Company : le budget. Quand un épisode de Kaboul Kitchen tourne entre 400 000 et 500 000 euros, c’est presque 5 à 6 fois moins pour les séries d’OCS. Économiquement, c’est David qui se bat contre Goliath. Mais artistiquement…

Une histoire de lose

Lazy Company raconte le destin tantôt amusant, tantôt sentimental, tantôt dramatique d’un groupe de soldats américains pendant la seconde guerre mondiale. Ils sont rattachés au camp Neptune qui est un lieu récurrent de la série puisqu’ils y reçoivent les ordres de missions, délivrés par le général Paxton. Cette compagnie est dirigée par Chester (interprété par Alban Lenoir), chef qui ne parvient pas à assumer complètement son rôle, aussi bien en raison de l’attitude de ses compagnons d’armes qu’à cause d’une malchance incroyable : quelle que soit la situation, il arrive toujours un moment où il pose le pied sur une mine. Et croyez-moi, ce running-gag est formidable.

Mais si Lazy Company dresse le portrait peu reluisant de ces losers, ce n’est pas dans le but de se moquer d’eux (ou pas entièrement). Sur les 10 épisodes de 26 minutes de la saison 1, il existe une véritable construction narrative de la première seconde jusqu’à la dernière et aucune intrigue lancée n’est finalement mise de côté. Il va être question, entre autres, de soldat nazi tiré tout droit de la série de jeux vidéo Wolfenstein (leurs fameux Super Soldier), d’une base secrète dont il faudra trouver les plans, de la concurrence entre compagnies et même d’Hitler. Ne rentrons pas dans les détails, je vous laisse la surprise.

Énergie, énergie, énergie

Ce qui fait la force de la série à mon sens, c’est son énergie. On se croirait presque en train de regarder une série de Simon Astier (et non d’Alexandre Astier, dont je décèle de plus en plus la différence artistique qui sépare les deux) quand on écoute le général Paxton crier sur ses soldats. A ceci près que l’humour potache enfantin (blague sur un gars qui louche ou une nana qui a un cheveu sur la langue…) me semble prendre un peu plus de place pour le coup. Mais au-delà de cet aspect humoristique, c’est dans le décalage avec son sujet que la série s’en tire le mieux.

Une ambiance western permanente irrigue les situations et les répliques à l’aide d’une musique que je qualifierai personnellement de mortelle. Même si les toutes premières notes du thème musical me rappellent un peu trop ça (« Aimer, c’est c’qu’il y a d’plus beau » – NON, je n’ai pas d’imagination, ce sont exactement les mêmes notes, hé ho !). De ce fait, la série irradie le téléspectateur d’une aura de bogossitude où ces soldats complètement nazes parviennent à réaliser des actions complètement nazes et qui, pourtant, au final, grâce aux circonstances toujours particulières de ces situations, vont les faire grandir voire les faire réussir.

Le personnage qui incarne parfaitement ce sentiment est celui du Patriot, joué à la perfection par un Sylvain Elie, fils spirituel d’un croisement incroyable entre Captain America et Dany Brillant. Même dans les pires moments, comme lorsqu’il a un couteau planté en plein milieu du thorax, il garde ce sourire colgate qui fait sa particularité. Bon, j’arrête de m’emballer, d’autant que le Patriot reste plutôt, et malheureusement, assez secondaire dans le groupe de personnages.

L’énergie se retrouve aussi dans ces situations de parachutages, qui reviennent à plusieurs reprises au cours de la saison, et où chaque personnage se jette dans le vide comme si les auteurs jetaient tous leurs espoirs dans cette série. L’énergie est également présente lors d’un épisode musical – épisode 6 – et où il brasse aussi bien les chanson tristes que débiles (ma préférée revient à celle de Chester qui parle des femmes comme… hum, je n’irai pas plus loin, ma mère me lit). Énergique, motivée, audacieuse, autant de qualificatifs qui, pour l’instant, s’accordent parfaitement avec la politique de fiction développée par OCS.

Défauts de jeunesse

Pour autant, je n’évacuerai pas les défauts qui font aussi le charme de Lazy Company. La deuxième partie de saison me semble moins structurée là où les 6 premiers épisodes sont plus clairement identifiables. De nombreuses scènes sont trop tirées en longueur et, malgré ça, tous les épisodes ne durent pas 26 minutes mais plutôt entre 20 et 25 minutes.

Quelques erreurs de casting et/ou de direction d’acteur se sont également glissées dans le lot. Le général Paxton n’a pas la voix grave que son statut devrait requérir si bien que quand il gueule, j’ai surtout l’impression d’entendre un enfant piailler. Thomas VDB, qui joue un cuisinier allemand recruté dans le camp Neptune pour faire à manger, aurait de son côté tout intérêt à trouver un stage de l’autre côté du Rhin puisqu’il ne discerne pas vraiment l’accent belge de l’accent allemand. Mais, honnêtement, je suis en train de chipoter. Tous ces défauts sont bien présents mais ils n’ont pas été suffisamment repoussant pour que le sourire qui se dessinait sur mon visage à la fin de la saison disparaisse. On l’aime bien, cette Lazy Company, et ça tombe bien, une saison 2 va arriver début 2014.

… Artistiquement, donc, les créations d’OCS n’ont rien à envier aux fictions bien financées de la concurrence. J’avais déjà vanté les mérites de QI mais je réitère mon propos ici avec Lazy Company : on veut de la créativité, eh bah on est servi. Et pour le coup, sur le plan technique, Lazy Company fait mieux que sa cousine QI. L’image est belle, soignée même si je ne suis pas un fan absolu lorsque la caméra bouge dans tous les sens. Le traitement de la musique est vraiment excellent. Et puis on n’assiste pas à une suite de sketches, il y a une histoire. Autant d’arguments qui devraient vous inviter à offrir le coffret DVD de Lazy Company à Noël plutôt qu’une vulgaire galette de Scènes de Ménages.

Lazy Company (OCS). Créée par Samuel Bodin et Alexandre Philip. Saison 1 sortie en DVD et Blu-ray le 4 décembre. 10 épisodes de 26 minutes. Saison 2 prévue début 2014.

Catégories : Comédie · Critique · Série française