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Hello Ladies, bonjour la honte

HelloLadiesLe 17 novembre dernier, HBO concluait la saison 1 de Hello Ladies par son huitième épisode. J’avais déjà abordé la série dans un billet précédent après avoir découvert quelques épisodes mais ce final, et la saison dans sa globalité, m’a convaincu de revenir sur le sujet.

Hello Ladies est une très libre adaptation du spectacle éponyme (voir vidéo ci-dessous) de Stephen Merchant, cet anglais binoclard immense – 2,01 m ! – que l’on associe un peu trop systématiquement à Ricky Gervais, un autre anglais – beaucoup plus tassé pour le coup… – à qui l’on doit The Office, cette comédie de bureau qui a engendré tout un tas de remake, aux États-Unis et même en France. Même si Stephen Merchant était également co-créateur de la série, il est longtemps resté en retrait, dans l’ombre de Gervais.

Leur marque, à tous les deux, qu’ils ont certainement fait germer durant leurs premières années de leur rencontre en radio, c’est la honte, le malaise, le bide, l’embarras, la gêne. Dans The Office, cela se concrétisait par la stupidité du personnage principal qui forçait le trait de la gentillesse quand, subtilement, on se rendait compte qu’il était odieux. L’humour était ainsi acerbe, presque revanchard, comme s’il fallait qu’ils frappent un grand coup pour prouver qu’ils avaient du talent. Et ils en ont.

C’est l’histoire d’un con

En 2011, Stephen Merchant retrouve son amour pour le stand-up, qu’il avait mis plus ou moins mis en suspens suite à sa collaboration avec Ricky Gervais, en proposant un nouveau spectacle intitulé Hello Ladies. La série s’en inspire très légèrement mais il permet une introduction tout en douceur du personnage principal de la série, Stuart Pritchard. Comme la sonorité de son nom semble l’indiquer – en tout cas, je n’arrête pas d’y penser en le prononçant – Stuart est un « Prick » (con). Mais pas dans la même catégorie que celle de David Brent, le boss de The Office.

Stuart Pritchard est un geek romantique. Ce profil de personnage existe et semble avoir toujours existé dans la comédie américaine – on pense à son meilleur ambassadeur, le film Superbad – sauf qu’il concernait essentiellement des ados ou des jeunes adultes. Dans le cas de Stuart, qui est d’ailleurs anglais, il n’y a pas de triche sur son âge. On l’imagine quelque part entre 30 et 40 piges, aux portes du célibat éternel. Ou tout du moins, c’est ce qu’il imagine.

Il héberge Jessica, une actrice dont l’âge commence aussi à être suffisamment avancé pour qu’elle commence à s’en inquiéter. On dit Hollywood impitoyable avec les femmes, Jessica le vit à chaque épisode, épreuve après épreuve. Du coup, en marge de cette reconquête qui pointe le bout de son nez, elle travaille sur une websérie. Et puis elle essaie d’oublier son chagrin auprès de son agent, Glenn, qui n’est pas désintéressé par cette relation sans engagement…

Malaise, moteur de la série

C’est qu’il est angoissé, Stuart. En particulier à cause de l’image qu’il envoie aux autres. Et de cette angoisse nait une maladresse incontrôlable et incontrôlée. En dîner huppé quand il s’agit de faire une blague homophobe à deux homosexuels ; avec des enfants à qui il refuse l’accès à la piscine car il prépare une fête pour attirer des mannequins ; à un mariage dont le placement l’exaspère, préférant tellement se rendre sur la table de jolies célibataires ; avec ses amis qu’il méprise sans vraiment s’en rendre compte.

Mais cette naïveté méchante n’est pas gratuite et les scénaristes de la série (Stephen Merchant est aidé de deux auteurs ayant travaillé sur la version américaine de The Office, Lee Eisenberg et Gene Stupnitsky) offrent justement à ce personnage, subtilement, par petites touches, un regard qui attendrit notre rire que l’on croyait seulement, au départ, le résultat de son aigreur voire de sa perfidie. Au fond de son cœur se trouve un homme qui, finalement, va peut-être laisser de côté son égoïsme pour soutenir ses proches ; un humaniste gentleman qui va peut-être oublier Kimberly, ce mannequin qu’il convoite pendant toute la saison.

L’autre facette de Stuart Pritchard

Cette douceur s’incarne en particulier dans sa relation avec Jessica qui semble installer, sur le long terme à condition que la série se poursuive, une tension amoureuse qui nous rappelle un autre couple. Vous vous souvenez d’Andy et de Maggie dans Extras, autre série imaginée par Ricky Gervais et Stephen Merchant ? On s’en approche et même si cette attirance-répulsion n’est pas aussi ostentatoire dans Hello Ladies, elle subsiste.

Le mécanisme humoristique principal est donc celui de la maladresse. Mais son exploitation défie toute imagination. En toute logique, à moins que vous ne soyez masochiste, il devrait vous être difficile – au début en tout cas – de supporter la stupidité de Stuart Pritchard qui insiste encore, et encore, et encore, et encore. En ne se rendant jamais compte du ridicule d’une situation ; en ignorant complètement le fait qu’il puisse mettre une personne très mal à l’aise face à son obstination.

Bref, d’épisode en épisode, on se demande comment Stuart arrivera à nous rendre encore plus mal à l’aise. Du coup, on peut difficilement nier qu’Hello Ladies est un vecteur gigantesque d’émotion. Cette série réussit le tour de magie de nous mettre parfaitement dans les basques de Stuart tout en nous offusquant de ses réactions. Un vrai numéro d’équilibriste.

Hello Ladies dresse le portrait d’un clown triste qui cherche maladroitement à retrouver son nez rouge qu’il aurait inconsciemment égaré. Difficile de ne pas rire ; difficile de ne pas détester les situations dans lesquelles il se fourre ; et difficile de ne pas en apprécier la chute en cette fin de saison 1. Après The Wrong Mans, dans un genre très différent, voilà une deuxième comédie qu’il serait ingénieux de découvrir pour passer un moment très rafraichissant.

Hello Ladies (HBO). Créée par Stephen Merchant, Lee Eisenberg et Gene Stupnitsky. 8 épisodes (saison 1) diffusés entre le 29 septembre et le 17 novembre 2013.

Catégories : Comédie · Critique · Série américaine