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Hero Corp, un retour imprévu

HeroCorp-Saison3C’était difficilement prévisible mais extrêmement désiré par une horde de fans aux dents acérées : le retour de Hero Corp deviendra, le 21 octobre, l’aboutissement d’un mouvement qu’aucune fiction télévisuelle française n’avait connu jusqu’à ce jour.

Et pour cette toute nouvelle saison 3, son diffuseur France 4, et son créateur Simon Astier, auront mis les petits plats dans les grands. Application transmédia, communication impliquée (ça change d’autres chaines qui mettent en place un site vitrine deux semaines seulement avant la diffusion…) en développant la marque et l’univers notamment au travers d’une bande-dessinée, Hero Corp pourrait même être considérée comme une plateforme de lancement stratégique pour la ligne éditoriale de la chaîne. Et surtout une manière pour elle de tordre le cou à ceux qui veulent revoir ses ambitions à la baisse.

H comme Histoire

Au tout départ d’Hero Corp, il y a un sketch joué par Simon Astier et Alban Lenoir dans leur spectacle datant de 2005, Entre Deux. L’idée était de mettre en scène des super-héros avec des super-pouvoirs super-pourris.

Trois ans plus tard, en 2008, l’idée a germé dans la tête de ses géniteurs, elle est devenue une série télé. L’humour absurde, débile et intelligent (oui, les trois à la fois, mais la proportion de débile est quand même vachement présente – et tant mieux) qui semble faire la marque de Simon Astier est bien là mais elle ajoute une intrigue au long cours, celle d’un de ces super-héros, John, en pure quête identitaire. L’univers est également enrichi et gagne en cohérence. John n’est pas seul, il est entouré d’une équipe de bras cassés qui doit se reformer subitement quand le retour de The Lord, « le plus grand super vilain de tous les temps« , devient une réalité.

15 mois plus tard, une saison 2 arrive. Visuellement et scénaristiquement, tout est plus chiadé. Un cap est clairement franchi et le plaisir du téléspectateur se lit dans les commentaires sur Internet. Les atermoiements de la saison 1 ne sont quasiment plus d’actualité – et l’humour se fait soudainement plus sérieux. John, lui, endosse pleinement son rôle et gagne en confiance… avant que son monde ne s’écroule en découvrant, petit à petit, ses origines réelles.

H comme Hibernation

Ces deux saisons sont diffusées sur Comédie, devenue depuis Comédie +. Mais face à des résultats mitigés d’audience, la chaîne refuse de renouveler la série. Nous sommes en janvier 2010. Les fans ne l’acceptent pas et lancent le mouvement « Pinage » réclamant une saison 3 (cf. encadré La Campagne Pinage en fin d’article). Sur Internet, une pétition récolte alors plus de 15000 signataires, sans compter celle-ci ou celle-là… Mais de mois en mois, le silence du diffuseur inquiète les aficionados. Surtout que les réponses de Simon Astier lors d’interview restent alarmantes : il n’a aucune idée si une saison 3 se fera.

Et puis, fin août 2012, lors de sa conférence de rentrée, France 4 balance l’information : contre toute attente, elle développe finalement la saison 3 de Hero Corp alors que la chaîne avait totalement abandonné la série pendant un temps (voir cette interview de Simon Astier datant du 26 octobre 2010). Au mois de décembre 2012, France 4 signe la mise en production de cette saison 3 : le tournage démarre en janvier 2013, la diffusion est prévue en fin d’année. Simon Astier explique qu’elle sera en outre accompagnée d’un volet transmédia, en l’occurrence l’application Hero Corp, qui permet de faire le lien entre la saison 2 et la saison 3. Depuis, on a vu qu’il s’agissait d’une application proposant de débloquer des vidéos bonus sous la forme d’une websérie de courts épisodes disponibles par ici. On y suivait Klaus à la recherche de tous les personnages éparpillés sur une île…

Bande-annonce de Hero Corp saison 3

H comme Hévolution ? (ça m’arrange de mettre un H…)

BALISE SPOILER SUR TOUTE LA FIN DE L’ARTICLE : La saison 3 a une structure particulière puisqu’elle va être diffusé quotidiennement aux alentours de 20h35. De ce fait, les 35 épisodes dureront environ 7 minutes chacun (contre 26 minutes par épisode pour les saisons 1 et 2). On se retrouvera au final avec une série d’environ 4 heures de programme (contre un peu plus de 6 heures pour les saisons 1 et 2). Les épisodes seront diffusés du lundi au vendredi avec un récapitulatif le samedi et le dimanche.

J’ai pu voir les 5 premiers épisodes ainsi que l’épisode 0 (qui permet de faire le point et de reposer les bases), ce qui correspond à la première semaine. La série continue d’évoluer tranquillement. Mais, pour tout vous dire, je n’ai jamais été un fan absolu d’Hero Corp ; je ne renie pas certaines de ses qualités mais l’absence d’attachement que j’éprouve à l’égard des personnages – en particulier John – m’a toujours posé un soucis. Et j’imagine que, à l’aube de cette saison 3, le temps qui la sépare de la diffusion de la saison 2 n’a pas pu réduire ce sentiment.

Pour cette nouvelle fournée, nous retrouvons la plupart des personnages principaux, paumés au fond de la brousse neigeuse, après avoir survécu au naufrage du bateau en fin de saison 2. John est, lui, dans une situation particulière. Depuis que son père lui a révélé ses origines, il est en pleine puberté super-héroïque : en gros, des parties de son corps – ou l’ensemble de son corps – peuvent prendre feu à n’importe quel moment, sans qu’il parvienne à le contrôler. Enfin, Jennifer, toujours bien là – elle n’a pas de bosse sur le coin du crâne – voit son couple s’effondrer devant l’apathie de John, impuissant et inquiet face à ce qui lui arrive (mais pas hypocondriaque non plus, juste le regard ténébreux). Elle est également l’objet d’une révélation qui pourrait changer la donne de sa relation à John… ou pas.

H comme Humour ? 

Ces épisodes ne m’ont donc pas rassuré sur la caractérisation du personnage de John qui, comme dans la saison 1, retrouve une passivité qui avait plutôt tendance à le desservir lorsqu’ils en abusaient. Côté humour, si le tout début est vraiment amusant – le passage de Manu Payet est à mourir de rire et prouve que le concept du super-héros aux pouvoirs à chier est un concept infini ! -, les automatismes de l’écriture de Simon Astier se font ressentir très rapidement, dont le système de duo incarnés par Doug et Mique ainsi que Burt et Stan. Des automatismes toujours agréables mais peu surprenants. Et surtout, je ne leur trouve pas l’humanité que je vais chercher dans les dialogues et les situations de Kaamelott, pour prendre un exemple fraternel.

Au rayon de la dramaturgie, le scénario est en revanche extrêmement efficace et c’est sur ce point que je vais insister. Les intrigues s’enchaînent naturellement et la tension monte progressivement entre certains personnages, ce qui apporte de nouveaux enjeux en plus de l’arrivée du nouveau super-super-vilain, Hypnos, qui fait son apparition de temps à autre (et qui avait été vu en fin de saison 2). Et c’est toujours un plaisir de revoir toute la troupe s’atteler à reformer l’agence Hero Corp dans le cadre d’un somptueux château. Visuellement, c’est tout de suite beaucoup mieux qu’un bunker, en tout cas.

Ce retour de Hero Corp se fait donc dans la continuité des précédentes saisons : il semble à la fois logique et peu surprenant. C’est la première critique que je lui ferai donc, en attendant d’en voir plus : un manque d’audace globale que l’on retrouve dans son ADN depuis le départ. Mais je suivrai sans l’ombre d’un doute les péripéties de John et de ses acolytes de semaine en semaine, rien que pour les idées farfelues dont Hero Corp peut faire parfois preuve.

Hero Corp (France 4). Créée par Simon Astier. Diffusion des 35 épisodes de la saison 3 du 21 octobre au 6 décembre.

La campagne Pinage

Fin août 2010, las de ne pas voir de porte de sortie pour leur série préférée, les fans d’Hero Corp, via les sites HeroCorpFrance et Le Village, lancent la campagne « Pinage ! », cri de ralliement en référence à une scène de la série. Plusieurs événements sont organisés un peu partout en France. Ce n’est pas un raz-de-marée populaire (les organisateurs ont relevé 400 fans répartis sur une dizaine de villes) mais c’est une première dans l’hexagone. D’autres opérations seront ainsi distillées pendant plusieurs semaines, avant de reproduire la chose un an plus tard. Photo ci-dessous prise à Lille :

Pinage-LilleParmi les créateurs et instigateurs de cette campagne, Émilie Flament, à l’époque très active en tant que rédactrice du site Le Village. C’est à elle que l’on doit les bonus de la saison 2 d’Hero Corp mis en ligne sur ce site – désormais arrêté – spécialisé dans la fiction européenne.

Trois mois avant l’annonce du retour d’Hero Corp pour une troisième saison, elle a intégré l’équipe de France Télévisions où elle officie désormais en tant que conseillère éditoriale dans le département Nouvelles Écritures de France Télévisions. Un département qui a notamment en charge la plateforme de France 4 dédié aux webséries, Studio 4 (c’est mieux sans le .0 après, non ?), ainsi que les projets transmédia dont Hero Corp fait aujourd’hui l’objet avec cette saison 3. Si la décision de renouveler la série de Simon Astier n’est pas de son ressort, on ne peut nier que son militantisme n’ait pas eu d’effet sur ses ex-futurs collègues. Fans d’Hero Corp, n’hésitez pas non plus à la remercier.

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