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Pourquoi faudrait-il regarder La Source ?

LaSourceAprès avoir vu les deux premiers épisodes de La Source, la nouvelle série d’espionnage de France 2 qui seront diffusés ce soir, difficile de répondre à cette question avec une conviction assurée. Car, comme une bonne partie de la production française ou américaine, cette nouveauté doit faire un numéro d’équilibriste entre les bonnes et les mauvaises idées, de l’interprétation aux intrigues en passant par la mise en scène et la caractérisation des personnages.

Un projet prometteur

La Source fait parti des projets de fiction française que j’attendais avec impatience et ce pour plusieurs raisons. D’abord, le sujet : une série d’espionnage à la française, ça promet ! On suit une cellule de la DCRI, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, qui contraint une étudiante d’espionner la famille qui l’emploie comme baby-sitter. La Source, c’est elle, justement. On n’en savait pas plus sur l’intrigue jusqu’ici, le secret étant bien gardé.

Et ensuite, l’équipe créative. Derrière La Source, il y a Nathalie Suhard et Laurent Burtin, deux scénaristes français expérimentés mais pas forcément connus. Ils ont fait leurs armes sur Avocats & Associés notamment. A la réalisation, on retrouve Xavier Durringer qui avait réalisé l’amusant film La Conquête et l’inégale mais intéressante série Scalp. Un trio qui, je l’espérais, allait pouvoir délier ses mains des habitudes enquiquinantes de la télévision française.

C’était aussi une manière de lancer une comparaison nécessaire à ce qui existe ailleurs sur ce thème précisément. Difficile, par exemple, de ne pas penser à Homeland qui n’a pas su faire illusion plus d’une saison. On pense aussi nécessairement à Alias, beaucoup plus explosive, à The Americans, très familiale ou même à l’anglaise Tinker, Tailor, Soldier, Spy dont le film sorti en 2011 en France sous le titre La Taupe a exercé les méninges des spectateurs… pour pas grand chose. Mais le monde de l’espionnage ne s’arrête pas qu’aux séries traitant du phénomène : pensons aussi à l’excellente Jeux de Pouvoir, une série anglaise brillante, thriller époustouflant, qui fricotait elle aussi avec ce monde. D’ailleurs, je vous autorise à la pleurer, son adaptation américaine en film étant un désastre navrant.

L’histoire

Autant de points d’appuis et de compréhension pour saisir l’orientation du récit décrit dans La Source. Ce dernier s’inscrit dans le contexte suivant : le monde de l’espionnage au travers du point de vue d’une personne innocente. Ici, c’est le cas de Marie (Flore Bonaventura), baby-sitter attitrée de la famille Lecanal dont le père, John (Christophe Lambert), est le dirigeant de la société AVE, spécialisée dans le traitement de déchets. La DCRI enquête justement sur un trafic de déchets toxiques qui ne sont pas décontaminés comme ils devraient l’être. Marie, qui a la confiance de la famille Lecanal, devient ainsi un relai pour la DCRI afin d’espionner les agissements de John, le tout sous la contrainte.

Forcément, nous sommes sur France 2, l’orientation familiale de la série est donc poussée à son paroxysme. Marie n’a donc pas qu’une famille… elle en a désormais trois ! Il y a les Lecanal avec qui elle vit au jour le jour, quand elle n’assiste pas à ses cours en Master 2 à Dauphine. Il y a sa famille propre, un père et un frère, restée au Havre et qu’elle rend visite le week-end. Et puis il y a la dernière famille, celle qui vient de la rejoindre, celle de la DCRI, ou plus précisément de sa relation avec Claire (Clotilde Courau), son agent de liaison.

Mais des trois, seule la relation avec sa famille biologique fonctionne vraiment pour l’instant. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les décors du Havre semblent bien moins artificiels et monochromes que ceux de Paris. Avec les Lecanal, tant que John n’est pas là, ça marche également. En revanche, avec Claire de la DCRI, c’est la catastrophe. Et cela ne tient pas du tout à l’interprétation de Marie par Flore Bonaventura, qui crève l’écran par la qualité et la justesse de son jeu. Je tiens à le signaler.

Interprétation inégale

C’est l’un des premiers soucis : le personnage de Claire et son interprétation telle qu’elle nous est proposée. La naïveté dont le personnage fait preuve – et qui est soutenu par une interprétation qui accentue ce trait – est assez déconcertante puisqu’il s’agit ici d’un agent de la DCRI. En découvrant la face sombre d’un de ses collègues (joué par l’inébranlable Edouard Montoute !) par exemple, elle semble à peu près aussi crédible que quand le monde politique découvrit les appétences de DSK pour l’acte sexuel. La faute revient à mon sens essentiellement à un manque criant de caractérisation de son personnage, lequel ne parait à aucun moment irremplaçable.

L’interprétation de Clotilde Courau n’est pas non plus au niveau. Elle n’a ni la prestance, ni le charisme, ni la carrure de son personnage. Pas à un moment je ne crois à cette Claire agent secret. L’intensité dramatique de certaines de ses scènes passe complètement à la trappe notamment à cause d’une prononciation surjouée des dialogues. Pour faire simple, on se croirait parfois dans un cabinet d’orthophoniste.

Enfin, j’émettrai également pas mal de réserves à l’encontre de Christophe Lambert qui rate souvent le rythme – et qui accuse certaines mauvaises idées de mise en scène (l’exemple du cliffhanger de l’épisode 1 où il effectue une action un peu ridicule que rien ne justifie…).

Le scénario capricieux

Pour autant, La Source a su conserver mon intérêt jusqu’au bout de ces deux épisodes. La raison à une structure de scénario solide (malgré une ou deux erreurs incompréhensibles) qui ne laisse pas de place aux temps morts. Toutes les intrigues s’imbriquent parfaitement – et plus elles se développent, plus elles dévoilent leurs ambitions. C’est notamment le cas de l’intrigue qui concerne le frère de Marie, devenu pour la DCRI un moyen de pression la forçant à coopérer avec eux. La réalisation est aussi très propre et je n’ai relevé aucune fausse note particulière – même si je reste sceptique sur certains éléments précis de mise en scène.

Enfin, concernant le fond du scénario, je ne suis pas totalement convaincu. La raison principale est simple : Pourquoi dans une série d’espionnage doit-on tout nous montrer ? Pourquoi, très très rapidement, on nous expose la complexité de la situation que l’on aurait aimé plutôt décrypter petit à petit, en même temps que l’innocence du personnage de Marie se serait délitée ? Les enjeux dramatiques semblent dévoilés bien trop rapidement – et si c’est une manipulation des scénaristes envers le téléspectateur, alors ils ne laissent aucune place à l’ambiguïté qui m’aurait permis de m’interroger plus longuement. C’est là tout le soucis de La Source : la marge de manœuvre de compréhension et d’interprétation du téléspectateur semble inexistante… alors même que le réalisateur met en avant la versatilité du récit.

Le sujet (les déchets), le thème (l’espionnage) et le traitement (le point de vue d’un personnage innocent) : La Source a beaucoup d’atouts originaux pour elle mais elle perd le téléspectateur à cause d’une dynamique dramatique que le scénario s’amuse à dynamiter. Je passe les erreurs de casting qui semblent être une condition sine qua non pour qu’une série sur France 2 puisse exister (les échecs Sandrine Bonnaire dans Signature ou Nathalie Baye dans Les Hommes de l’Ombre continuent de me frapper…) et les approximations de mise en scène. Dommage parce que je sais que je vais continuer à regarder les épisodes suivants avec un intérêt… un peu entamé.

La Source (France 2). Créée par Nathalie Suhard et Laurent Burtin. Diffusion des 6 épisodes à partir de ce mercredi 18 septembre, deux épisodes par soir.

Catégories : Critique · Série française