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Sur le tournage du Visiteur du Futur

VDF_uneA gauche, Slimane-Baptiste Berhoun jouant Henri Castafolte
A droite, Florent Dorin jouant le Visiteur

En France, rares sont les séries ayant su créer un véritable engouement. Dernièrement, j’ai eu pour habitude de citer Ainsi Soient-Ils (Arte) ou Les Revenants (Canal+). Entre les deux s’insère un outsider tout droit sorti des catacombes de l’interweb.

Imaginée par une bande de potes, Le Visiteur du Futur n’était à ses débuts, en 2009, qu’un trip drôle et expérimental mené par François Descraques (lire son interview réalisée en juillet 2012), son créateur, et ses fidèles acolytes d’alors composés de 5 membres tout au plus. Désormais, elle est entièrement financée, la vingtaine de techniciens et d’acteurs sont payés, des DVD sont produits et une nouvelle saison, la quatrième, attendue par des milliers de fans, est en cours de préparation. Je me suis rendu sur les lieux du tournage. Récit.

Un nouveau départ

VDF_debut19-08-13. Lundi. 6h30 du matin. Le réveil sonne avec une sacrée dose d’insolence. Mais pas le temps de négocier cinq minutes de plus, j’ai plusieurs heures de route à faire. Direction ? Un lieu de province que je ne peux divulguer, quelque part entre Brest et Strasbourg, entre Lille et Marseille. La production, Ankama, qui a rejoint l’aventure Le Visiteur du Futur en saison 3 et qui produit à nouveau la saison 4, préfère rester prudente. C’est la première fois que l’équipe se délocalise véritablement en province. Pas question d’être envahi de curieux ou de fans un peu trop nombreux. D’autant que le planning est serré. Cinq semaines de tournage (quatre en province, une à Paris) pour mettre en boîte 130 minutes (10 épisodes de 13 minutes)… pas le temps de s’éparpiller.

Des fourmis dans les jambes, j’arrive quelques heures plus tard à mon point de rendez-vous, une gare (oui, ça vous aide vachement à localiser l’endroit, hein ?). J’y fais la rencontre de Marie, attachée de presse d’Ankama, avec qui j’ai échangé plusieurs mails afin d’organiser cette petite excursion. Il reste encore un petit quart d’heure de voiture avant d’atteindre le lieu précis du tournage, un grand complexe partiellement abandonné bien connu par les gens du coin. Tant que le tournage a encore lieu, impossible donc de publier des photos qui permettraient d’identifier ces immenses bâtiments désaffectés.

Mais ces quelques minutes permettent de me briefer sur la saison 4 sous-titrée « Néo-Versailles », après « Les Missionnaires » de la saison 3. Elle se situera à 80% dans le futur… qui est le présent pour le Visiteur du futur, vous me suivez ? En l’occurrence, Néo-Versailles est le nom d’une des villes qui, à la manière de Woodbury dans The Walking Dead, s’est constituée pour résister à la dangerosité du monde extérieur en général et aux zombies en particulier. On s’arrête là, on en a déjà trop dit. Et puis… on vient d’arriver.

Premiers pas

Soleil au beau fixe. Les grillons sifflent, des chèvres broutent l’herbe et l’ombre haute des murs rafraichit le personnel. Devant moi se tient Maxime Bender, producteur au grand sourire. Il est à l’image de toute l’équipe, jeune et un poil malicieux. Il m’explique comment ils ont découvert le domaine : « C’était sur un salon professionnel de lieux de tournage, sur le stand de la région ***BIP***. On a fait du repérage par photos et puis on a fait une visite sur place. » Jackpot. En pleine campagne, pas un bruit urbain si ce n’est, parfois, une moto qui, sur une route adjacente, fait vibrer l’intérieur des édifices.

Sur ma droite, l’équipe a envahi les lieux dans l’un des nombreux bâtiments. Dans le hall d’accueil, une longue table sur laquelle est disposée café, gâteaux et autres accoutumances nutritives (1). De part et d’autre de ce couloir, on trouve une petite salle réservée aux comédiens, une autre pour le maquillage et les costumes (cf. photo ci-dessous) et une plus grande qui sert de cantine. Une cantinière itinérante vient ainsi nourrir toute la communauté, y compris les gros mangeurs comme Florent Bernard, alias FloBer, notamment connu pour écrire les sketches Suricate de GoldenMoustache, y compris celui sur La Vie Sexuelle des Jeux Vidéo. L’une de ses tâches sur le Visiteur (outre le fait de jouer un rôle dans la série) est stratégique : c’est lui qui a la responsabilité de la sauvegarde de tous les plans tournés dans la journée, de leur tri par épisode et de leur stockage sur plusieurs disque dur de 2 téraoctets. Autant dire qu’aucune fausse manip’ ne lui est tolérée.

p_IMG_0104Avant le début de chaque journée, tous les comédiens passent par la case maquillage

Premières rencontres

Autour de l’espace de production, cette fois-ci situé dans le bâtiment principal, traîne en tongs un certain Pascal Hénault (voir sa bande démo, je lui ai promis de mettre le lien !). Peut-être le connaissez-vous mieux sous le nom de son personnage, Raul Lombardi. Il n’a pas de scène aujourd’hui mais il occupe le terrain, amuse ou dérange (c’est selon !) les techniciens. Il représente bien l’état d’esprit qui règne, une décontraction et un esprit positif de tous les instants. Impossible de soutirer en revanche une quelconque information sur son rôle cette saison – ni d’ailleurs de savoir si son frère et sa sœur reviennent (quoique, si on cherche bien…). On sait juste que, lui, il est là.

Dans le dédale des décors naturels, on croise également une autre tête bien connue, Isabel Jeannin, alias Stella dans Le Visiteur du Futur. Si elle parait concentrée, il y a une raison à cela. Avec la mort d’un personnage féminin la saison précédente, c’est plus ou moins elle qui récupère une partie de ce job (et de la pression) cette année dans le noyau dur des personnages. Et puis son rôle, dit-elle, prend de l’ampleur. « Stella va gagner en présence cette saison. On va la voir sous d’autres facettes, plus drôle et plus enfantine, moins rabat-joie. » De même que sa relation à Raph évolue de manière « surprenante« . Comme la plupart des autres comédiens, elle cumule les projets pour pouvoir faire ses heures d’intermittentes. « C’est parfois dur mais on y arrive » reconnait-elle.

Néo-Rétro-Futur-Versailles

La visite continue. Cette fois-ci, je découvre les décors montés de toute pièce par six techniciens affairés à cette tâche pendant plusieurs semaines en amont du tournage. On y trouve un théâtre plongé dans le noir et un marché aux noms de stands assez curieux dont je vous laisserai la découverte au visionnage… Des affiches très amusantes sont placardées sur la plupart des murs. Pour les imaginer, François Descraques a fait appel à des aficionados de la série qui s’étaient déjà amusés à décliner visuellement l’univers de la série via des fan-art. Enfin, deux autres décors – une chambre et la salle du trône – situés dans deux autres bâtiments, sont en cours de finition. Ils sont liés à l’un des nouveaux personnages de la saison, la Reine, qui règne sur Néo-Versailles. Elle sera interprétée par Sabine Perraud que j’avais découvert dans Les Opérateurs, imaginée là-aussi par François Descraques. Justement, Fabien, adjoint aux décors, est un peu anxieux à l’idée de la réaction de ce dernier quand il les découvrira. Mais leur mise en œuvre n’est pas pour tout de suite, les scènes les impliquant ne sont pas prévues avant la semaine prochaine.

L’ensemble de ces décors sont faits de matériaux de récupération ou sont délibérément vieillis pour apporter ce qu’il faut de saleté à l’univers post-apocalyptique décrit dans Le Visiteur du Futur. Au début de l’été, François Descraques décrivait le style de la saison en un mot : le « steam punk rock ». En français, le « steam punk », c’est du rétro-futurisme. On pense au jeu vidéo Bioshock ou au film Brazil. Quant au côté « rock », on évoquera un aspect très paysan-crasseux à la Mad Max. Par exemple, il y a toujours une botte de paille pour se mettre, bien trop impunément, en travers de notre chemin.

Et puis, d’un escalier en béton légèrement glissant jaillit un vif « ça tourne« . Silence. On approche.

p_IMG_0132L’équipe met en place la scène avant de tourner. Des bâches sont attachées au plafond pour simuler la nuit, même si des espaces laissent entrer la lumière. Pas grave, ce sera corrigé en post-production : la lumière sera remplacée par un reflet lunaire !

Silence, ça tourne

C’est à l’étage que se trouve, ce lundi, le centre de gravité du tournage. Le plateau est situé dans un immense espace vide de bien 50 mètres de long pour 10 mètres de large et jonché en partie de crottes de chèvres (oui oui !). Au loin, les comédiens et le réalisateur entourent la scène où se positionnent les acteurs. Une petite dizaine de personnes se partagent l’espace. A moins de dix mètres de là, à l’exact endroit où je me trouve, il y a la régie constituée là-aussi d’une dizaine de personnes. Mais pas le temps de retenir son souffle.

« En place pour les répétitions » crie au loin Anaïs Vachez, assistante réalisateur, présente depuis le début de la série. « Est-ce que je peux faire un raccord sur Slim ? » lui demande Marjolaine Vialle, la nouvelle maquilleuse cette saison. Cécile Auclair, la costumière, en profite pour procéder également à quelques ajustements. Elle vient du cosplay, cette pratique qui consiste à endosser le rôle et le costume d’un personnage qu’on aime. Elle a eu deux mois de préparation pour inventer et concevoir de toutes nouvelles tenues, y compris en réalisant une petite mise à jour de la cape du Visiteur. « François Descraques m’a donné le thème de la saison et il m’a dit de m’éclater » dit-elle d’un sourire ravageur.

Pas une minute à perdre

La pression du calendrier de tournage n’est jamais oubliée. Derrière les moniteurs, Vanessa Brias, chargée de production, s’en assure. « Allez, c’est 14h30 » rappelle-t-elle à tous. Répétition achevée, il faut maintenant mettre en boîte. « Moteur » annonce Anaïs Vachez. « Ça tourne » rétorque Anh-Ninh Garrett, assistante son, qui, du côté régie, vérifie les niveaux. Entre chaque scène, elle communique constamment avec Clément Maurin, ingénieur du son, qui tient la perche sur scène. « Ça tourne pour moi » renchérit à son tour François Descraques qui enchaîne par un « Action » énergique. Une fois la scène jouée, il l’achève par un « Super, cut » qui se traduit dans la bouche d’Anaïs Vachez par un « C’est coupé« , repris également en cœur par Vanessa Brias dix mètres plus loin.

C’est ainsi que se rythme le tournage d’une scène du Visiteur du Futur. Une alchimie méticuleuse et fastidieuse de différents corps de métiers qui s’activent comme dans une fourmilière où chaque ouvrière tient un rôle précis.

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François Descraques tenant adroitement l’une des deux caméras. C’est une des nouveautés de la saison : tous les plans sont tournés à deux caméras, indique-t-il.

Vous n’en saurez pas beaucoup plus sur les scènes auxquelles j’ai pu assister. Je risquerai de me faire bouffer par un nécrophile si je balance la moindre information. Il y a bien cette scène se déroulant dans l’épisode 1 où un motif de tension éclate entre les quatre personnages présents, à savoir le Visiteur, Henri, Raph et Stella… mais il vous faudra attendre janvier 2014 pour en découvrir les détails. Reste qu’un accent belge s’est glissé dans les dialogues.

Méthode nouvelle

Entre la mise en place de deux scènes, les comédiens viennent discuter avec l’équipe technique. Le temps d’échanger quelques mots avec Raphaël, le frère de François Descraques. Son personnage, Raph, sert au récit et au webspectateur de référent « normal » dans un univers où la plupart des autres protagonistes sont un peu timbrés. « Pour une fois, dit-il pour décrire la saison 4, on lisait le scénario de A à Z. Ça m’a mis la pression. » En effet, jusque-là, le scénario était écrit petit à petit, épisode après épisode. Mais pour la première fois, les comédiens ont pu le consulter en intégralité à peu près un mois avant le début du tournage, qui a démarré le 5 août.

Ce luxe a un prix. Sur son blog, François Descraques ne prend pas de pincettes pour décrire l’écriture « éprouvante » de la saison 4. « Pour vous, cette saison a été annoncée en Juillet avec une date de diffusion pour Janvier (…) mais sachez que l’écriture de cette saison m’a pris plus de 9 mois entre la première idée (Août 2012) et la fin des dialogues (Mai 2013). Je n’ai jamais autant travaillé sur un scénario ce qui est normal puisque c’est la première fois que j’écris le scénario entier de la saison en une seule traite. »

Ce n’est pas la seule chose qui change. Il y a aussi le rythme de tournage. C’est la première fois qu’ils tournent 5 semaines d’affilées. Pour les saisons 1 et 2, c’était le week-end, pour la saison 3, c’était plusieurs blocs de 5 jours d’affilée. Florent Dorin, qui joue le Visiteur et Slimane-Baptiste Berhoun, qui joue Henri Castafolte, s’accordent pour dire « qu’envisager un tournage d’une traite, c’est un nouveau cap de franchi« . Mais aussi une montée en puissance qui permet d’assimiler de l’expérience pour une série qui ne coûte encore pas bien cher (on estime son coût entre 200 000 et 250 000 euros…) quand on la compare aux productions télévisuelles françaises traditionnelles (où 60 minutes sur France 2 sont facturées en moyenne 750 000 à 800 000 euros).

Un moment de gloire

Cette montée en puissance n’est pas que technique, elle est aussi sentimentale pour ce noyau dur d’amis qui grandit sans cesse. L’ensemble de l’équipe, amateurs ou professionnels, gravit ainsi des échelons dans le monde audiovisuel et ailleurs. Et la célébrité (2), c’est justement l’un des thèmes profonds de cette saison 4. Florent Dorin : « La saison 4 raconte la relation au succès du Visiteur, à la notoriété. »

Là encore, on n’en saura pas plus. Tout juste peut-on se rappeler de la fin de la saison 3 où le Visiteur a sauvé les survivants de l’atroce dictature de Joseph et de ses castaflics en leur promettant un avenir meilleur où l’on pourrait même voyager sur Mars. Du fait du positionnement d’une bonne partie du récit dans le futur, la saison 4 modifie également le placement psychologique du Visiteur. Cette fois-ci, « il accepte son monde et entend le bouleverser de l’intérieur » note finalement Slimane-Baptiste Berhoun.

A l’extérieur, le soleil entame sa plongée dans l’obscurité. C’est ainsi que ma journée s’achève aux alentours de 17h30, sans avoir vu le temps s’écouler. Je dois abandonner les lieux à contrecœur, bercé d’un léger sentiment de blues, ne pouvant suivre le tournage dans son intégralité. Allez, faut que j’y aille, une longue route m’attend encore, après tout.

VDF_finReportage écrit par Manuel Raynaud.

Sortie de la saison 3 en DVD en septembre. Diffusion de la saison 4 en janvier 2014 sur Studio 4.0, la plateforme webfiction de France 4.

(1) (2)

Faim de notoriété

Justement, abordons ces deux sujets en un au cours d’une anecdote délivrée sur un plateau. Raphaël Descraques et Florent Dorin ont un petit creux. Réponse de leur estomac ? Une chaîne de fast-food bien connue.

Au « FoodDrive », donc, leur addition s’élève disons à 13 euros. Jusque-là, c’est normal. Et puis au moment de payer, petit retournement de situation. « Normalement, vous devriez payer 13 euros mais comme vous êtes le Visiteur du Futur, ce sera 9 euros » leur répond un employé. Pfff, déjà des privilégiés !

Catégories : Comédie · Reportage · Série française