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Série d’été : Dates

Dates

Ben Chaplin joue Stephen, Oona Chaplin joue Mia (et ils ne sont pas parentés pour info)

Après deux premiers articles (ici et ) consacrés à deux séries d’été américaines, je fais une infidélité au pays de Disney pour nous plonger dans les vapeurs moites et sensuelles de Dates, une toute nouvelle série anglaise imaginée par le créateur de Skins, Bryan Elsley. Et pour ce faire, il s’est entouré de toute une équipe ayant déjà travaillé de près ou de loin sur Skins, y compris Ben Schiffer qui a pas mal œuvré sur la série d’ados. Une référence tout à fait correcte mais dans laquelle Dates ne s’inscrit pas complètement.

A commencer par son sujet. Si Skins abordait évidemment les relations humaines, son récit s’inscrivait en particulier dans l’exploration amoureuse d’adolescents, dans la découverte de leurs corps, de leurs envies et de leurs besoins. Dates est une nouvelle étape de ce décryptage relationnel : cette fois-ci, Bryan Elsley et son équipe s’attaquent au monde adulte, parfois plus sophistiqué, plus vicieux ou même plus maladroit.

Rencontres 2.0

Le concept est d’ailleurs simple et se résume au titre de la série. « Dates » est un terme que l’on peut traduire par « Rendez-vous« . Très vite, on comprend que la plupart des protagonistes de la série organise ces rencontres à l’aide d’un site Internet. Ce n’est pas systématique mais c’est en tout cas le point de départ de ces personnages qui, pour certains, finissent par se croiser, et même se re-croiser au fil des épisodes.

Le ton est donné : Dates s’inscrit dans une tradition de la fiction télé britannique, les séries romantiques. Vous avez certainement entendu parler des adaptations des romans de Jane Austen comme Orgueil et Préjugés (rediffusés du 18 juillet au 8 août sur Arte). Encore aujourd’hui, ce type de séries est à l’honneur au Royaume-Uni. En 2012, BBC One en produisait autant que de séries policières par exemple. Évidemment, les David, Mia et autres Jenny dans Dates ne se promènent pas en robe à paniers. La série étant contemporaine, ils ont troqué les ombrelles et le haut-de-forme pour la mode actuelle.

Concept éclair

Chaque épisode, se déroulant dans 2 ou 3 décors au grand maximum (un restaurant ou un bar habituellement), met l’accent en général sur deux personnages qui cherchent à se séduire. Mais sur les 9 épisodes composant la première saison, on part à la rencontre de 10 à 11 personnages tout au plus. Ce qui signifie que certaines idylles connaissent plusieurs développements.

Ce principe, à la fois limpide et complexe, offre ainsi au téléspectateur tout le temps nécessaire pour s’attacher ou non à ceux qui lui sont présentés. David est un routier qui veut refaire sa vie mais qui a perdu toute notion de séduction ; Mia est la beauté incarnée mais reste indécise dans une relation ; Jenny est une enseignante cleptomane un peu timbrée… La liste continue et je vous laisse la surprise de découvrir cette galerie de forts caractères qui partagent tous, au fond d’eux, malgré le dégoût que certains peuvent provoquer, l’envie de connaître l’amour véritable.

Une œuvre délicate et subtile

De cette candeur passionnée, tendre ou complètement cinglée transmise par l’interprétation des personnages, Dates parvient à moderniser un genre facilement raillé. Le potentiel dramatique des relations amoureuses n’est pas souvent pleinement exploité dans les séries télé, en particulier aux États-Unis où la maturité des productions qui abordent un peu le sujet semble conditionnées par la cible visée (généralement, les jeunes pour les séries à l’eau de rose de la CW produisant Smallville & cie…) et, en particulier, par le positionnement de la chaîne vis-à-vis de la religion (le cas d’ABC Family et de sa Secret Life of the American Teenager peut être cité ).

Pour faire une comparaison, j’ai ressenti à vrai dire la même tendresse dans Dates que dans une autre série anglaise, Him & Her, diffusée actuellement gratuitement en intégralité et en VOSTFR sur Dailymotion. Certes, dans cette dernière, le jeu de séduction n’est pas le même puisque le couple se connait déjà mais c’est surtout dans la qualité des interactions entre les deux personnages, brossant une relation sans artifices, que Dates s’en rapproche.

C’est comme si les scénaristes concluaient un contrat avec le téléspectateur, leur promettant de ne pas les prendre pour plus bêtes qu’ils ne sont. C’était justement sur ce même mode qu’à l’époque de Skins, Bryan Elsley et ses compères avaient communiqué. Ils voulaient rompre avec la série pour adolescents à l’américaine où des acteurs de 30 ans, bodybuildés et super bien épilés allaient incarner des personnages qui sont deux fois plus jeunes qu’eux. De ce point de vue, malgré des épisodes inégaux – qui, pour autant, restent toujours surprenants -, Dates remplit pleinement son objectif.

La série romantique n’est pas un type qui me parle particulièrement au premier abord. Pourtant, Dates est parvenue à me captiver dès son entame grâce à son concept (lieu presque unique, deux personnages qui apprennent à se séduire et à se connaître) et parvient à conserver mon attention grâce au développement de ses personnages dont certains sont récurrents. Elle pourrait même plaire aux célibataires les plus aigris qui recherchent, en vain, de la poésie romantique sur Youporn. A tester.

Dates (Channel 4). 9 épisodes diffusés entre le 10 juin et le 3 juillet 2013.

Catégories : Critique · Drama · Série anglaise