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Série d’été : Siberia

SiberiaCe qui est bien avec l’été, c’est que le sentiment de vacances que peut procurer cette période – en particulier lorsqu’il fait 30° Celsius à l’ombre en Bretagne et que je me baigne à peu près tous les jours dans une eau bien fraîche – a tendance à me rendre plus tendre avec certaines productions. Je pense sincèrement que c’était le cas avec Under the Dome et je crois que c’est également vrai pour la série dont je vais vous parler aujourd’hui, Siberia.

Outre nous plonger dans une forêt dense et dangereuse, de quoi nous parle cette série ? Pour être honnête, de pas grand chose en vérité mais elle cache quelques petits bouts potentiellement intéressants qui suffisent à capter mon attention un soir de forte chaleur, un cabernet d’Anjou vidé gisant sur la table. Bon, c’est la deuxième fois que je vous parle de rosé mais c’est quand même bon, l’été, d’en boire.

Une télé-réalité en Sibérie

Si Siberia ne parle de pas grand chose, ce n’est pas par hasard. Son principe est simple : on y suit le tournage d’une télé-réalité de survie (théoriquement, donc, ça devrait être plus passionnant qu’une série de survie tournée sur le jeu vidéo Minecraft…). J’aurais pu faire une vanne foireuse sur le macabre tournage du dernier Koh-Lanta mais je n’ai pas trouvé de bonne formulation. Donc pour la peine, je vais plutôt prendre en exemple Pekin Express : 16 candidats sont envoyés illico-presto à Toungouska en Sibérie, là où un météorite s’est écrasé en 1908, créant un immense cratère. Ils sont suivis par un Stéphane Rotenberg américain qui parvient toujours à garder une chemise nickel chrome. Il conserve en outre toujours un visage qui s’accorde selon les circonstances : joyeux quand il s’agit de faire plaisir aux candidats mais grave la plupart du temps, essentiellement parce que Siberia, c’est trop HARD sa mère.

Bon, et justement, laissons-le expliquer le principe de la télé-réalité, comme il l’indique aux candidats dans le premier épisode : « Vous avez abandonné tout confort moderne. Vous allez tenter de vivre ici comme on le faisait il y a 100 ans. Votre but ? Survivre jusqu’à la fin de l’hiver. Ceux qui auront résisté jusque-là se partageront la somme de 500 000 dollars. » Et pour y arriver, pas de règles. Tout est permis : ceux qui veulent la jouer en groupe pourront le faire, ceux qui préfèrent gérer l’aventure en solo aussi. A tout moment, chaque candidat peut quitter définitivement le jeu en franchissant une ligne blanche au bout d’un chemin duquel il trouvera un bouton rouge pour appeler un hélicoptère qui le renverra chez lui. D’autres subtilités agrémentent le jeu également comme l’arrivée progressive d’outils fournis par la production…

Avec tout ça, pourtant, on ne fait pas forcément une série. Et c’est justement sur cet aspect que Siberia est éventuellement intéressante. 90% du premier épisode ressemble à une télé-réalité américaine ultra-classique : l’animateur pose les règles et fait le point à des moments clés, le rythme narratif est artificiellement accéléré au montage grâce à l’omniprésence des face-caméra où les candidats commentent leurs propres actions, certains caractères commencent à sortir du lot soit par leur excès de gentillesse ou par leur malice, notamment à l’occasion de la très nécessaire attribution des couchettes ou de la cueillette aux champignons.

Expérimentons la réalité

En fait, rien de bien neuf sous le soleil jusqu’à ce que les scénaristes nous rappellent, par petites touches au début, qu’il s’agit bien d’une fiction. Des cris d’animaux la nuit qui effraient tout le monde jusqu’à l’arrivée d’un événement qui va bouleverser le cours du jeu. Comme je certifie cette critique sans spoiler (ce serait dommage de vous gâcher l’éventuelle seule surprise de ce premier épisode…), je vais éviter de rentrer dans les détails. Et après avoir vu l’épisode, je peux vous assurer que la série semble vouloir peu à peu abandonner les caractéristiques de la télé-réalité pour nous plonger dans une fiction totale.

C’est de cet exercice pratique que je tire le principal intérêt de Siberia car il est pour moi vecteur d’expérimentation autour de la frontière réalité-fiction. Une frontière dont on est bien loin d’avoir exploré tout le potentiel à mon humble avis car je pense qu’elle est en train de redéfinir complètement notre rapport à la narration. On a ainsi vu récemment, côté fiction, sur France 2 un Chirac rêvant d’aider François Hollande en 2012. Mais l’exemple le plus frappant en France est certainement Secret Story, côté télé-réalité, qui l’a compris un peu tard, à partir de sa saison 3 (et qui refuse de l’exploiter pleinement, d’où sa stagnation, en particulier cette saison…).

Et pour en revenir à Siberia, s’agissant d’une série issue d’un network américain, et suite aux deux premiers épisodes, je ne me fais guère d’illusion. On se retrouve finalement face à une série qui cherche à créer l’événement comme l’avait fait l’horrible film Paranormal Activity par exemple, surfant artistiquement sur ce qu’avait proposé la série slasher de CBS, Harper’s Island, empruntant évidemment quelques éléments à Blair Witch. Et je n’oublierai certainement pas de citer le film La Cabane au fond des Bois… mais je ne préfère pas vous dire pourquoi. Dernière précision, et non des moindres : il y a, apparemment, un gros méchant dans le coin qui veut tuer tout le monde.

Siberia s’annonce comme un défouloir où tous les personnages semblent en danger. Si la fiction semble prendre de plus en plus le pas sur la télé-réalité, je ne suis pas sûr que la série exploite au maximum cette frontière. On a avant tout l’impression de se retrouver devant une série d’horreur basique bien que légèrement amusante – d’autant que, mine de rien, les personnages-candidats sont en fait moins caricaturaux que la plupart des télé-réalité françaises… ! Tout l’enjeu sera de voir l’évolution de la série au fil des épisodes : si elle parvient à transformer complètement sa narration au fur et à mesure tout en développant des personnages attachants, peut-être qu’on aura là un objet digne d’intérêt.

Siberia (NBC). 10 épisodes prévus. Diffusée depuis le 1er juillet 2013.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine