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Interview d’Alba Gautier, Dailymotion

HimandHer

Him & Her (BBC Three), l’une des quatre séries diffusée intégralement sur Dailymotion

L’hébergeur français de vidéos, Dailymotion, a toujours eu un pied dans le monde des séries, en particulier grâce à la créativité de ses partenaires. C’est notamment sur cette plateforme que l’on a pu découvrir Le Visiteur du Futur, qui aura une saison 4, entre autres. Mais depuis quelques semaines, Dailymotion est passé à la vitesse supérieure. Après avoir proposé des pilotes de séries les années précédentes, le site propose désormais quatre séries dans leur intégralité. Des séries inédites en France, et, s’il vous plait, en version originale sous-titrée en français :

  • The Booth at the End (les intrigants pouvoirs d’un homme mystérieux),
  • Him & Her (la vie de couple sans tabou),
  • Threesome (trois trentenaires inséparables),
  • Top Boy (le milieu des gangs et de la drogue dans le nord de Londres).

Comme nous l’explique Alba Gautier, responsable des contenus ciné et télé de Dailymotion, dans l’interview qui suit, il s’agit de simples achats de droit de diffusion. Car l’hébergeur français a une stratégie : puiser la créativité là où elle se trouve.

En un mot, ils entendent profiter tout simplement des lacunes de la télévision française que je mettais en exergue dans mon enquête sur la diversité (partie 1, partie 2, partie 3). Profiter de son incapacité à cibler un public précis et de son incapacité à programmer des formats divers. Tout en faisant jouer, bien entendu, la différence qui sépare Internet de la télévision : ici, pas de diffusion linéaire, tous les épisodes de chacune des séries sont accessibles en un clic.

Dimension Séries : Pouvez-vous présenter votre rôle au sein de Dailymotion. Qu’est-ce qu’une responsable des contenus Cinéma et Télévision fait au jour le jour ?

Alba Gautier : Sur Dailymotion à Paris, on a une équipe « Contenus » qui est composée de dix personnes. On est chacun responsables de thématiques et on gère le relationnel avec tous les partenaires éditeurs de contenus concernés par ces thématiques. Mon travail au quotidien, c’est de m’occuper de toutes les relations avec les partenaires du cinéma et télévision. Pour le cinéma, ce sera à la fois des sociétés de production et des distributeurs de films, et en télévision, ce sera la même chose, des producteurs télé ou des chaînes de télévision qui travaillent avec nous pour faire la promotion de leur antenne ou la promotion de leurs programmes. Donc on a deux missions : chercher tous les jours des nouveaux contenus et une fois que les partenaires sont chez nous, c’est de travailler avec eux leur stratégie vidéo, d’optimiser leurs vues, de faire en sorte qu’ils utilisent leurs vidéos au mieux.

Et en terme de choix éditoriaux chez Dailymotion, comment ça se goupille ? C’est collégial ou bien chacun fait sa tambouille dans son coin ?

Il y a deux choses. On est tous responsables de nos thématiques au sein desquelles on est plutôt généraliste. Aujourd’hui, on s’adresse au plus grand nombre et on a tendance à travailler avec tout le monde. On n’a pas de ligne éditoriale précise sur nos différentes thématiques. On est maître de ce qu’on met en avant. La page d’accueil de Dailymotion est totalement éditorialisée. Tout ce que l’on voit en home, c’est nous qui le mettons en avant. Et dès que l’on est dans nos chaînes respectives, on fait un peu ce qu’on veut en fonction de l’actualité de nos partenaires.

Et après, effectivement, on a des réunions de programmation où chacun expose les contenus qui lui sont proposés dans la semaine et on détermine ce qui est le plus pertinent pour la « vidéo à la une », c’est-à-dire la vidéo principale, qu’il y ait un mix de toutes les thématiques, de tout ce qu’on a en exclusivité, etc. Et on a, enfin, un responsable éditorial qui chaperonne tout ça.

Mais pour le coup, les séries que vous diffusez pour l’occasion en intégralité, à savoir The Booth at the End, Him & Her, Threesome et Top Boy, sont éditorialement assez ancrées et ciblent notamment des jeunes plutôt urbains (Him & Her est diffusée sur BBC Three, la chaîne des jeunes, Threesome sur Comedy Central UK, une chaîne de l’humour, et Top Boy sur Channel 4, que l’on connait pour Black Mirror et Utopia notamment). Il y a donc un choix éditorial derrière ça…

Ce qui nous lie tous, peut-être moins la partie actualité ceci dit, c’est le divertissement. On sait que les gens viennent chez nous pour se divertir et c’est une priorité chez nous, que ce soit l’humour, le cinéma, la télévision, le sport. Et c’est vrai que ces séries nous plaisaient bien parce qu’elles parlaient autant à des jeunes mais à des moins jeunes aussi. Je ne sais pas ce que vous appelez jeunes mais moi je pense qu’on vise aussi un public de trentenaires…

Oui, je parlais des jeunes type 15-35 ans…

Exactement. Voilà, on espère que ça va plaire au plus grand nombre. Et la nouveauté des séries qu’on a, c’est qu’on en a deux, sans avoir de préjugés, sans dire de lieux communs, qui sont un peu plus féminines que ce qu’on fait jusqu’à présent. Him & Her et Threesome sont des histoires de couples, trentenaires et on adresse un contenu qu’on n’a pas l’habitude d’adresser sur Dailymotion, pas parce qu’on en a pas envie mais c’est pas ce qu’on nous propose en général. Les gens ont plutôt l’habitude de percevoir Dailymotion comme une plateforme masculine ce qui n’est pas forcément le cas.

Vous aviez déjà proposé des films gratuits en intégralité sur Dailymotion. En ce qui concerne les séries, c’est une première ?

Sur les séries, on avait déjà énormément travaillé mais on était plus sur des opérations ponctuelles. Donc on a fait pendant un an l’année dernière un rendez-vous qui s’appelait Samedi C’est Séries avec la Fox et Arte pour Les Invincibles. En gros, l’idée était de proposer des pilotes de séries en intégralité gratuitement à l’occasion de leurs sorties DVD. On avait commencé par les séries américaines comme 24 Heures Chrono ou How I Met Your Mother

On a fait ensuite un cycle de séries scandinaves parce qu’il y a énormément de choses intéressantes qui se passent là-bas. D’autant qu’on a eu un deal de catch-up avec Arte, on a eu Real Humans, on a eu Borgen qui a très bien marché chez nous. Donc on avait soit des premiers épisodes de séries, soit des séries qui étaient disponibles pendant 7 jours via Arte notamment ou France Télévisions. Ce sont des modes de consommation différents.

Là, ce qu’on a voulu faire, c’est vraiment s’adapter au modèle Internet. On sait que les gens, quand ils aiment une série, ils ont envie de tout mater d’un coup et c’est ce que fait Arte d’ailleurs tout l’été puisqu’ils viennent de proposer tout Fortunes (NDR : les 3 et 4 juillet), la semaine prochaine c’est Les Invincibles, la semaine d’après c’est Xanadu. On pense que les séries se consomment comme ça. Et du coup c’est ce qu’on voulait proposer : avoir des séries en intégralité gratuitement sur Internet dans un cadre légal.

Comment se passent vos relations aux distributeurs où vous vous fournissez. Est-ce un simple achat de droit de diffusion ou il s’agit d’une collaboration à double-sens ?

C’est un peu le même principe qu’en télévision. Je ne vais pas rentrer dans les détails contractuels puisque c’est confidentiel mais le principe est le même. On a acheté les droits de diffusion de ces séries chez nous. Ça s’est plutôt bien passé. Il faut savoir qu’il y a encore un an et demi voire deux ans, quand on parlait de ça avec les distributeurs, il en était encore hors de question, puisque ce sont des programmes qui se destinaient principalement à la télévision.

Oui, c’était justement aussi le sens de ma question : comment les distributeurs ont réagi en voyant débarquer un acteur comme Dailymotion sur ce marché ?

Finalement, ils réagissent bien. Ce qui s’est passé, c’est que je me suis au départ adressée à des distributeurs français qui réservaient leurs programmes en télévision. Et en s’adressant à la BBC, qui a un réservoir de séries assez impressionnant et ils ne peuvent pas en toute logique toutes les diffuser en France, l’idée était justement de se servir de ce vivier de séries pas diffusées encore chez nous pour leur donner une vie ici. C’est ce qui s’est passé avec la BBC pour Him & Her et Threesome (NDR : BBC Worldwide vend ces deux séries à l’étranger) et également avec DRG pour Top Boy. Pour Fox, c’est un peu différent parce que c’est un format qui a été créé par un studio qui s’appelle Vuguru. Sur une même série, dès l’écriture, ils envisagent plusieurs formats pour pouvoir les vendre sur différentes fenêtres, à la fois sur le web et en télévision. The Booth at the End existe en épisodes de 10 minutes et 26 minutes. Donc s’ils veulent le vendre en télé sur un autre format, c’est également possible. C’est assez intelligent d’ailleurs.

On peut avoir un ordre de grandeur du coût de ces épisodes ? On sait qu’en télévision, au maximum, le diffuseur peut dépenser de 150 000 à 200 000 euros par épisode…

Je ne peux pas vous dire mais c’est beaucoup moins. On n’a pas du tout du tout les moyens de la télévision.

Et ça ne vous étonnait pas finalement que l’immense catalogue de la BBC n’ait pas été repris, rien qu’en partie, par la télévision française ?

Oui, et c’était aussi pour ça que c’était facile de faire le deal. Et puis ce deal là a aussi pour eux une valeur de test. Eux aussi ont envie d’expérimenter de nouveaux modèles de consommation. Aujourd’hui, le web est une nouvelle fenêtre de diffusion, on n’a pas l’habitude de faire ça en Europe, on ne fait pas beaucoup en France en tout les cas. En France, ce qu’on observe beaucoup, c’est la reprise de formats qui ont été déjà beaucoup diffusés en télé mais il n’y a pas vraiment de programmes inédits proposés en France, sauf évidemment tout ce qui est websérie et ce qui a été créé pour le web au départ.

L’exemple de Netflix a beaucoup été cité cette année à l’occasion de la diffusion de leur première création originale, House of Cards. En ce qui concerne la stratégie de Dailymotion, est-ce que vous allez vous consacrer encore pendant un temps sur l’achat de catalogues ou vous comptez derrière investir dans la création ?

Nous, on aimerait beaucoup. Ce qui est sûr, c’est que ce sont des budgets assez impressionnants. House of Cards, c’est énorme. On aimerait beaucoup accompagner les créateurs de contenus sur ces sujets-là. Notre stratégie aujourd’hui, elle consiste plutôt à accompagner les gens qui ont déjà travaillé chez nous, nos partenaires, et à leur donner des moyens plus confortables de production. Plutôt que faire des apports en numéraires sur des programmes dont on ne sait pas trop ce que ça va donner, on a décidé de créer un studio de production vidéo qui sera dans Paris et qui va ouvrir en septembre et qui va permettre à nos partenaires de venir produire leurs programmes confortablement dans un environnement professionnel avec le matériel nécessaire.

Vous avez déjà des projets de séries qui pourraient profiter de ce studio-là ?

Pas encore, on discute avec plein de gens. Notre propos est d’abord d’expliquer que notre studio va être disponible. Après, on a déjà un relationnel très fort avec plein de producteurs de webséries qui ont commencé sur le web et qu’on sera ravi d’accompagner plus loin si le studio les intéresse. On a quelques projets en tête mais dont je ne peux pas vous parler pour l’instant puisque rien n’est fait et puis, voilà, ce n’est pas du tout du House of Cards.

L’une des séries emblématiques qui s’est fait connaitre sur Dailymotion est Le Visiteur du Futur. Pour le coup, c’est une série qui a été récupérée par France Télévisions. Est-ce que vous envisagez de développer à l’avenir une forme d’exclusivité avec certains créateurs qui profiteront de Dailymotion ?

Nous, on considère qu’Internet est un monde ouvert et on est ravi de voir des gens s’émanciper et aller en télévision, d’autant qu’on est le partenaire technologique de Studio 4.0. Toutes les séries qui appartiennent à France Télévisions sont diffusées via notre player donc on ne les a pas vraiment perdues. Au contraire, on leur a permis d’accéder à un niveau de production supérieur et à des partenaires professionnels. Ce qui est sûr, c’est que les gens qui utiliseront le studio devront utiliser le player Dailymotion lorsqu’ils mettront leur contenu sur Internet.

Suite au lancement de ces 4 premières séries, d’autres choses sont-elles prévues ou il s’agissait d’une première phase de test ?

C’est une première phase de test et, si tout va bien, il y aura normalement 4 séries américaines assez sympathique et inédites en France qui devraient arriver en septembre.

On peut avoir un petit indice ?

Ce que je peux vous dire, c’est qu’on reste dans le divertissement, exactement dans la même cible, c’est-à-dire plutôt jeunes mais qui s’adresse également à des trentenaires et plutôt des comédies.

Propos recueillis par Manuel Raynaud le 4 juillet 2013.

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