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Fin d’une saison, début d’une nouvelle

BilanSaison

Image tirée de la bande-annonce de la saison 2 de The Newsroom

Eh ouais, ça y est, la saison régulière des séries télé est terminée, à peu près en même temps que Dimension Séries fête sa première bougie (le blog a été lancé mi-mai 2012). Une année finalement très riche, aussi bien en surprises qu’en confirmations ou en déceptions. Comme prévu, mes prédictions de l’année précédentes étaient à moitié pertinentes (et donc, pour l’autre moitié, à côté de la plaque). Bon, j’adoucis le ratio à mon avantage, mais peu importe : la saison 2012-2013 mérite qu’on la regarde désormais avec un peu de recul.

Con-som-mer

Entamons ce billet sur la consommation de séries. De mon côté, paradoxalement, elle a pas mal chuté. Mais c’est un mouvement que j’avais déjà initié à partir de la saison 2010-2011 où j’avais mis un terme, chez moi, à l’emprise psychologique des productions américaines sur les séries d’ailleurs. Successivement, j’avais dis adieu à Desperate Housewives, Grey’s Anatomy, Big Bang Theory et How I Met Your Mother. Aucune ne m’a manqué depuis.

Cette cure forcée, déclenchée essentiellement par l’impression que ces séries-là, issues des networks, ne racontaient pas grand chose d’intéressant dans le fond des choses, m’a en vérité libéré. A la place des 15 séries de networks que je pouvais suivre à l’époque chaque semaine, j’ai réservé ces créneaux à la découverte d’autres univers et d’autres sensibilités (je n’ai suivi véritablement et assidument qu’une seule série de network cette année, Last Resort – et j’ai vu plusieurs épisodes de 6 ou 7 séries de networks, grand maximum).

Le paradis de la saison : le Royaume-Uni

Celles qui ont gagné au change, ce sont les séries anglaises dont la créativité surpasse selon moi largement leurs cousines américaines. C’est aussi pour cette raison que je me suis tourné vers elles. En terme de formatage d’idées, de traitements des scénarios, de personnages atypiques et d’univers sensibles, la télé anglaise est devenue désormais mon eldorado.

En vrac, ce qui m’a marqué cette année chez nos amis anglais :

  • Utopia, une vision stylisée d’un thriller paranoïaque branché,
  • In The Flesh, qui m’a rendu profondément triste pour son personnage principal,
  • Dates, pour des situations et des dialogues d’une grande délicatesse,
  • My Mad Fat Diary, qui s’immisce en subtilité dans la vie d’une ado en surpoids,
  • Mais également quelques comédies (Derek, Twenty Twelve, Bad Education, Cuckoo) qui m’ont apporté pas mal d’éclats de rire.

Le choc de la saison : Rectify

J’en ai déjà longuement parlé précédemment sur le blog mais il est toujours nécessaire de rabâcher, surtout pour mettre en valeur une production aussi marquante. Rectify, c’est une série commandée par la chaîne américaine Sundance Channel et diffusée tout récemment, y compris sur Sundance Channel France. La saison 1 est courte, trop courte. D’autant que ses 6 épisodes s’avalent à une vitesse incroyable

On y suit l’incroyable parcours de Daniel, ancien condamné à mort, libéré au bout de 19 ans après avoir été disculpé des faits qui lui étaient reprochés (avoir supposément assassiné sa petite amie) suite à un prélèvement ADN qui n’existaient pas à l’époque… On pense à Dexter Morgan (les premières saisons, seulement…), on pense à Walter White, on pense à Tara Gregson, on pense à toutes ces séries qui ont la perspicacité de plonger le téléspectateur dans les méandres d’un personnage unique, dans ses faiblesses, dans ses contradictions, dans ses errements psychologiques. C’est purement fascinant.

La surprise de la saison : les séries françaises

Cela fait des années que je soutiens la production française. Et pas par pure servilité à un système. D’autant que je dénonce ses égarements – pour ne pas dire ses erreurs – dans mon enquête analysant les séries télé sous l’angle de la diversité (diversité de programmation, diversité de types, diversité de producteurs…). Je le fais essentiellement parce que je me rends compte que, d’une part, il existe les talents qu’on ne laisse pas s’exprimer et que, d’autre part, on ne peut laisser le marché télévisuel français devenir une fenêtre de rediffusion de la télévision américaine.

Aujourd’hui, c’est pourtant le cas en partie (regardez la grille de TF1 qui, étant donné son budget, est un exemple d’anti-création unique en Europe !), même si le service public s’est enfin désolidarisé depuis quelques années de cette stratégie perdue d’avance. Aussi bien économiquement que culturellement, ce serait une aberration ahurissante pour un pays qui se dit garant de l’exception culturelle.

Bref, cette année, entre Les Revenants décochée par Canal+ (et qui cartonne actuellement sur Channel 4, la chaîne anglaise) et Ainsi Soient-Ils diffusée sur Arte, je crois qu’on a senti un crépitement intéressant au sein de nos forces de production. Si la saison n’est pas aussi marquante qu’en 2009, elle reste tout de même plaisante. Je n’oublierai certainement pas l’avancée d’OCS dans le débat en diffusant ce que la télévision française refusait jusque-là de programmer : des comédies de 26 minutes de niche. Je pense en premier lieu à QI mais également à Lazy Company.

A côté de ça, je citerai l’éternelle Fais pas ci, fais pas ça, que j’ai tout de même de plus en plus de mal à conseiller, mais également l’étonnante Inquisitio (et surtout le débat très révélateur, et finalement sociétal, qu’elle a déclenché) ou la dynamique Main Courante. Deux séries remplies de défauts, assez éloignées du dernier choc sériel de France 2, Les Beaux Mecs, mais tout de même assez encourageantes sur la direction de la fiction de France Télévisions.

Pour la saison prochaine, j’ai plusieurs souhaits. Le premier, c’est de pouvoir voir la saison 2 de Rectify le plus tôt possible. Le second, c’est de voir une télévision française ambitieuse et créative. Elle a montré quelques éléments cette saison en ce sens mais elle est bien loin de ce qu’elle devrait pouvoir faire si l’on s’en réfère à la télévision anglaise. Le troisième, c’est de voir débarquer une série américaine issue d’un network à nouveau marquante, à l’image d’une The West Wing ou d’une Urgences. Parce que bon, pour l’instant, c’est surtout le câble qui accapare mon attention. D’ailleurs, on parlera certainement de la fin de Breaking Bad (Pfiou ! Je me retiens de pleurer rien que d’y penser…) dans le récapitulatif de la saison prochaine. Et peut-être même des conséquences des nouveaux entrants sur le marché de la fiction, à commencer par Netflix qui a fait l’événement cette année avec House of Cards.

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