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Hatufim et Homeland, plans rapprochés

HatufimHomelandAlors que je vous prépare la semaine prochaine un récapitulatif de ma saison télévisuelle, je me penche aujourd’hui sur les liens tissés entre deux séries pourtant très différentes : Hatufim d’un côté et Homeland, son remake américain, de l’autre. Je vous propose ici un condensé un peu plus analytique de ce que j’ai publié en détails sur le site d’Arte.

Très fréquemment, le travail d’adaptation d’une série à partir d’une autre ne mérite pas beaucoup d’attention. Notamment parce que le résultat de remix ne produit que rarement une œuvre marquante. Dans notre cas, Homeland est une série qui, si elle a de nombreux défauts – j’en ai parlé notamment ici autour de la saison 2 – a tout de même été auréolée par la critique, en particulier à l’occasion des cérémonie des Emmy Awards ou des Golden Globes.

Il est d’autant plus intéressant de s’arrêter sur ce cas particulier car Homeland se détache très profondément de la série originale, Hatufim, qui vient d’être diffusée sur Arte. Les deux séries abordaient, certes, le retour au pays de prisonniers retenus captifs pendant de nombreuses années mais c’est sur le traitement de ce sujet qu’elles se sont radicalement différenciées : l’originale israélienne inscrivait sa réflexion autour de la réintégration des soldats alors que sa copie américaine, qui n’en est pas vraiment une du coup, plongeait le téléspectateur dans une vision paranoïaque du terrorisme intérieur.

Après avoir regardé une fois chacune des deux séries, je me suis lancé dans un truc très particulier : regarder les deux séries en parallèles (1). Très concrètement, je lançais les deux épisodes côte à côte sur mon écran d’ordinateur et je les suivais ainsi en parallèle. L’avantage d’avoir vu les deux séries, c’est que je n’avais pas à découvrir l’histoire mais simplement à repérer des points de comparaison (mise en scène, éléments d’intrigue ou intrigue complète, etc) qui pouvaient correspondre sur chacune des séries. Et le résultat, le voici…

Mise en scène

101-Cicatrices4Je retiendrai ce plan très touchant des deux premiers épisodes de la série. La découverte des cicatrices sur le corps des soldats est un choc pour leur famille et notamment leurs femmes. Mais plus que cette découverte, c’est la construction du plan qui m’intéresse. Il se trouve que les deux réalisateurs ont opté pour l’utilisation d’un miroir afin de mettre en avant cette scène. Sauf que déjà, l’ADN des deux séries est différent. Dans Hatufim, le miroir sert à mettre en évidence le choc de la femme d’Uri alors que dans Homeland, on y met en avant le spectacle de la torture.

103-DecouverteFastFoodGlobalement, Homeland a repris énormément d’idées d’Hatufim concernant la contextualisation des intrigues et donc leur mise en scène, et ce très tard dans la saison. Je pense à la culpabilisation exercée sur les femmes qui ont « trompé » leurs maris disparus respectifs à l’occasion de scènes dont le décors était, de manière insolite, relié à de la nourriture à emporter dans l’épisode 3 des deux séries. Je pense également aux nombreuses balades en campagne des personnages d’Hatufim qui trouvent écho en Homeland quand le soldat américain se confie à sa fille (épisode 3) ou, plus loin, à Carrie (épisode 7). Je pense aux scènes de joie familiale dans l’épisode 8 des deux séries. Et il y en a d’autres…

Intrigues

105-Doigts2Parfois, des bouts d’intrigues ou des intrigues entières ont été également reprises. L’élément mystérieux des doigts qui bougent, semblant être un code de prise de contact avec une cellule terroriste dans Homeland, était déjà présente dans Hatufim. Dans les deux cas, cette intrigue n’est qu’une diversion en vérité – mais elles aboutissent à deux explications différentes. Pour les soldats israéliens, c’était leur manière de communiquer sans avoir besoin de parler. Pour le soldat américain, c’est un tic de prière depuis qu’il s’est converti à l’islam.

105-ExcusesSi cette dernière est une intrigue marquante, d’autres, plus subtiles, sont pourtant présentes dans les deux séries. Et notamment celle qui soutient une tension entre les femmes des soldats. Car dans Hatufim, au lieu de se serrer les coudes, elles ont plutôt fini par se désolidariser – chacune ayant raison et tort à la fois. Même chose dans Homeland (puisque dans Homeland, deux soldats ont été capturés, dont l’un était présumé mort lors du retour de Nicholas Brody). Cette intrigue s’achève sur une scène d’excuse très similaires au cours de l’épisode 5 d’Hatufim et l’épisode 6 d’Homeland. Concernant la scène de cette dernière, elle est en revanche bien plus courte, et sonnait d’ailleurs presque hors sujet dans le cadre de la série.

Sur le fond, les deux productions se distinguent donc nettement mais il était intéressant de constater qu’elles partagent toutes deux un socle d’éléments narratifs commun assez forts finalement. Vous pourrez retrouver plus en détails tous les points communs, classés épisode par épisode, par ici.

Dialogues

STATS-Terrorisme3Par ailleurs, je m’étais également amusé, en amont de ce travail de visionnage assez long, à comparer les dialogues issues des deux séries. C’est ainsi que j’ai découvert que dans Hatufim, le terme terrorisme / terroriste n’était prononcé qu’une seule fois. Alors qu’il revenait à 46 reprises dans Homeland.

De même, tout le vocabulaire autour de la religion musulmane revenait par petites touches dans Homeland (59 fois) alors qu’il était presque totalement absent dans Hatufim (7 fois). J’ai vérifié les correspondances sur les religions juives et catholiques mais aucune des deux séries n’y faisaient allusion ou presque. Vous pouvez retrouver les résultats de cette étude de mots par ici.

(1) Homeland dure deux épisodes de plus qu’Hatufim. Regarder donc les deux séries en parallèle ne pouvait être possible, au moins numériquement. Il se trouve qu’en analysant rapidement le contenu des deux séries, l’épisode 3 d’Homeland n’a pratiquement aucune correspondance avec Hatufim et fonctionne comme en vase clos. A partir du dernier tiers de la saison, les deux séries se sont en revanche très différenciées, si bien qu’il était difficile de rapprocher des épisodes et leurs constructions scénaristiques entre eux. Seuls des éléments pouvaient communiquer d’une série à l’autre.

Catégories : Décryptage · Drama · Série américaine · Série israélienne