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Rectify, prison à ciel ouvert

La découverte de séries est un moment particulier. Et plus je vieillis, plus j’ai l’impression d’apprécier une série à sa juste valeur sans avoir été souillé par une promotion excessive, un brouhaha marketing qui, dans de nombreuses situations, devient contre-productif. Rectify fait parti de ces séries-là : j’en avais lu quelques brèves lignes élogieuses, sur twitter notamment, mais sans jamais rentrer dans le détail. J’ignorais à la fois son synopsis, le nom du créateur et des acteurs, son traitement. Et la surprise n’en fut que plus belle.

Libéré mais surveillé

Certes, en introduisant cette critique de Rectify de la sorte, je vous épargne tout suspense. Vous aurez bien compris qu’elle m’a plu. Beaucoup. La difficulté est maintenant dans mon camp : comment rendre compte de ses qualités en toute subjectivité. Et c’est compliqué parce qu’autant, pour une série remplie de défauts, on les retient. Mais une série exceptionnelle me donne surtout envie de vous dire de vous jeter dessus pour en discuter après.

Bon, et du coup, ça parle de quoi, Rectify ? Après avoir passé 19 ans dans le couloir de la mort, en attendant son exécution, Daniel Holden est finalement libéré grâce à un prélèvement ADN qui l’a disculpé (en tout cas, momentanément puisqu’un nouveau procès est d’ores et déjà envisagé). Son retour au sein de la petite ville de Paulie, en Géorgie, n’est pas particulièrement apprécié par le voisinage – qui reste persuadé qu’il est le coupable – ni le sénateur actuel, procureur à l’époque des faits.

Un personnage mystérieux

Rectify, que l’on peut traduire simplement par Rectifier ou Corriger, c’est donc l’histoire de ce Daniel. Un mec paumé devenu par la force des choses un peu autiste pour survivre à l’emprisonnement et devant réintégrer une communauté qui l’exècre. Mais Daniel a une force, son intellect. « Depuis 20 ans, j’ai mis au point une routine stricte que j’ai suivie religieusement » dit-il dans les premières minutes de l’épisode pilote. Cette routine, c’est de s’être notamment plongé dans la littérature, avalant les classiques, s’imprégnant des œuvres majeures. Le problème, c’est que cette routine ne s’adapte plus vraiment au monde extérieur, où « trop de variables » l’empêchent de penser clairement.

A l’image, ce personnage est ainsi tellement énigmatique qu’il semble avoir perdu toute notion d’innocence et de culpabilité vis-à-vis du meurtre qui l’a plongé en enfer – mais si cette indifférence entraînée tiendra un moment, elle n’évitera pas au personnage d’évoluer presque nécessairement au contact de son nouvel environnement. La série joue ainsi de manière spectaculaire avec cette ambiguïté en s’appuyant sur les petites prouesses d’Aden Young, l’acteur qui interprète Daniel, pas si éloignées que ça d’un certain John From Cincinnati

Une Amérique peu reluisante

Autour du thème de l’intégration gravite également un questionnement sur la justice. Ce dernier permet notamment d’installer une ambiance de danger permanent où chaque individu est potentiellement un prédateur pour Daniel, cachant des motivations qui éclateront, le temps venu, au grand jour. On ressent cette méfiance au sein même de la cellule familiale que Daniel va bouleverser. D’autant que sa mère a refait sa vie suite à la mort de son mari avec Ted, qui a repris l’entreprise familiale, aidé de son fils, Ted Junior. Ce dernier va servir de miroir réfléchissant à la condition de Daniel : plus il se libère psychologiquement, plus Ted semble s’enfermer. Mais jusqu’où… ?

Rectify, enfin, c’est un rappel très frontal à la culture américaine rurale. Des drapeaux hissés sur un certain nombre de maisons, des armes à portée de mains, un rapport conflictuel à l’étranger, un besoin de donner un sens religieux à sa vie, l’envie d’éliminer les criminels… Tout autant de symboles et de normes qui vont servir de rempart et de passage initiatique à Daniel pour apprendre de nouveau à vivre.

Rectify est probablement l’une des séries à ne manquer sous aucun prétexte cette année. Le traitement du sujet, centré sur un personnage fort et surprenant, rappelle celui de Dexter ou de Breaking Bad (d’ailleurs, les producteurs exécutifs de la série, outre le créateur Ray Mckinnon, produisent également Breaking Bad…). Le mélange entre l’intégration de Daniel et le nouveau procès, impliquant une nouvelle enquête, permet de préserver une ambiance tendue toujours sur un fil comme n’importe quelle bonne série policière. Et la poésie visuelle de l’ensemble a su conquérir mes pupilles. Une pépite malheureusement bien trop courte. La saison 1 ne dure que 6 épisodes. Heureusement, une saison 2 est déjà prévue.

Créée par Ray McKinnon. Diffusion des 6 épisodes entre le 22 avril et le 20 mai sur Sundance Channel USA. Elle a été diffusée sur Sundance Channel France à partir du 9 mai.

A lire, l’interview du créateur sur le site de Télérama

Catégories : Critique · Drama · Série américaine