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ITV renoue avec les comédies

Fin avril, le diffuseur anglais privé ITV, deuxième chaîne britannique en part d’audience moyenne annuelle derrière BBC One, a lancé deux nouvelles comédies. L’une, Vicious, se concentre sur un couple d’homosexuels sexagénaires acariâtres et l’autre, The Job Lot, rapporte les tribulations d’une équipe d’un Pôle-Emploi anglais. Deux comédies sur la forme comme sur le fond – j’ai tout de même quelques réserves – qui incarnent la vivacité de la télévision britannique.

A l’occasion de mon enquête comparant les séries anglaises des séries françaises, je me suis entretenu par mail avec le fondateur du site Comedy.co.uk, la bible des programmes humoristiques télévisuels britanniques. Je lui faisais part de mon étonnement, ne trouvant pas plus de traces de séries humoristiques dans l’histoire récente d’ITV (à l’exception de Doc Martin). Ses explications étaient intéressantes : en réalité, la chaîne a enchaîné plusieurs bides sur ce terrain. Comme le divertissement coûte moins cher à produire que de la fiction, elle a rapidement décidé d’abandonner le champ de la comédie à la BBC et aux quelques autres chaînes privées concurrentes.

Sauf que depuis quelques mois désormais, l’option « divertissement » n’est plus réellement efficace. La chute d’audience de X Factor en est l’un des emblèmes. Ils ont donc réalisé que pour fidéliser l’audience, il fallait produire des séries – et particulièrement des sitcoms, dont le coût horaire est bien moins important qu’une série dramatique. Et c’est ainsi que Vicious et The Job Lot sont nées. Elles se partagent le créneau horaire du lundi soir de 21h à 22h.

Vicious

Sur la forme, il s’agit d’une sitcom très classique. Décors théâtral, rires enregistrés, entrées et venues de personnages à l’emporte-pièce… Jusque-là, on n’est pas perdu mais surtout, on n’est pas accroché. La BBC produit des tas de sitcoms « classiques » de ce type chaque année mais la majorité d’entre-elles sont oubliables (oui, je viens de dire du mal de la télévision anglaise… incroyable).

En revanche, c’est sur le fond que Vicious se détache. Cette comédie raconte la vieillesse de deux homosexuels âgés, dont l’un cache encore la nature de sa relation à sa mère, et l’autre vit sur la gloire de sa carrière d’acteur ratée (ironiquement, il est incarné par Ian McKellen, que l’on ne présente plus…). Les deux n’arrêtent pas de se charrier, parfois vulgairement, parfois plus subtilement. L’efficacité des dialogues est de mise. C’est le cas grâce à l’alchimie des deux acteurs qui se répondent dans un naturel confondant. A croire qu’ils ont fait ça toute leur vie.

L’une des autres forces de Vicious, c’est qu’elle parvient, malgré les contours castrateurs d’une sitcom, à parler en finesse de la société d’aujourd’hui et des soucis des personnes âgées en particulier, de leur incompréhension du monde – alors même qu’ils sont homosexuels et, du coup, encore incompris par une partie de la société. Cette lecture à plusieurs strates dote Vicious d’une profondeur inattendue et c’est aussi ce qui fait sa force.

Par Gary Janetti et Mark Ravenhill. Diffusion des 7 épisodes prévus depuis le 29 avril.

 

The Job Lot

Paradoxalement, si The Job Lot était la série qui me séduisait le plus sur le papier, je reste encore un peu déçu par cette mise en bouche. L’idée est pourtant grandement d’actualité, même en France (comment diable aucune chaîne française n’a pu encore faire de série sur l’emploi… ?), puisqu’on y suit une sorte de Pôle-Emploi anglais. Le cadre est théoriquement parfait pour faire une série sur le sujet : cela concerne tout le monde, la galerie de personnages à imaginer parmi les chômeurs est potentiellement très intéressante et cela permet de filmer dans un seul décor, celui de l’agence.

En effet, The Job Lot a pleinement choisi de s’inscrire dans la veine des comédies de bureau, de The Office à Parks & Recreation. Elle emprunte à la première son ton décalé, s’appuyant sur pas mal de silences (il faut dire que la série de Ricky Gervais a presque tout inventé du genre…) mais elle semble surtout s’inspirer de la seconde au travers, en particulier, de son personnage principal. Car il est difficile de ne pas voir en Trish Collingwood (Sarah Hadland) un peu de Leslie Knope (jouée par Amy Poehler). Dans sa façon de gérer de manière toujours ostensiblement positive les situations et les conflits par exemple. Dans sa manière de valoriser l’importance de leur travail également, notamment auprès de Karl (Russel Tovey) qui veut démissionner. Ou encore, plus humainement, en se confiant à une amie et en lui demandant des conseils (ça nous rappelle Ann Perkins).

Mais le problème, c’est que passé ce terrain connu, moderne et très charmant, la série manque pour l’instant d’ancrage sociétal pour être parfaitement pertinente. Les cas de chômeurs présentés dans les deux premiers épisodes ne sont pas particulièrement mobilisateurs ni rigolos – et la gestion du rire tient plus de la saison 1 de Parks & Recreation que de toutes les autres (pour les novices, la saison 1 de Parks & Recreation est largement dispensable… commencez la saison 2). Reste qu’avec ces deux séries, ITV lance un pavé dans la mare des comédies sociétales. Un type de séries qui est encore totalement inexistant en France mais qui est très répandu là-bas.

Par Claire Downes, Ian Jarvis et Stuart Lane. Diffusion des 6 épisodes depuis le 29 avril.

Catégories : Comédie · Critique · Série anglaise